Méditation dans l’esprit du Zen – 18/19-1

Juste quelques mots pour garder la trace d’un ou deux points importants évoqués par des participants à cette première séance 2018/2019.

« J’ai du mal à méditer ainsi & ici … C’est beaucoup plus facile pour moi devant & dans la nature … »

C’est vrai que la nature et les grands espaces – dont nous avons la chance de disposer ici en Maurienne – nous inspirent, nous invitent à nous souvenir de la « joie spacieuse » qui nous fonde – tous -, à nous connecter à elle, à l’être … Mais je rappelle que ce qui nous rassemble comporte deux temps qui ont vocation à se soutenir mutuellement, à enclencher un cercle vertueux de pratique continue :

  • Un premier temps de « pratique formelle », d’assise immobile & silencieuse, d’une régularité soutenue et d’une durée suffisante. En clair : tous les jours c’est l’idéal, et Dogen insiste sur le fait que « zazen [la pratique assise] est affaire de quotidienneté ». Pour y parvenir sans trop de mal, il est préférable de se tenir à l’horaire choisi et ne pas mettre la barre trop haut pour commencer : quinze minutes c’est déjà bien. Quand la durée fixée au départ est devenue régulière, il est possible de l’allonger progressivement, jusque vers trente minutes. Plus … ? A vous de voir comment ce premier temps s’articule alors avec le suivant.
  • Vous remarquerez que j’évite soigneusement d’utiliser les mots « routine » ou « habitude ». Veillons à toujours entrer bien « frais » en méditation (et à en sortir encore plus rafraîchi !), à conserver un éternel « esprit de débutant ». Vous aurez aussi remarqué ce « formelle » entre guillemets : si la posture respecte nécessairement une forme particulière – celle du zen n’étant pas la plus mauvaise -, elle n’a d’autre sens que de permettre de « s’abandonner » au « sans forme ». Beaucoup trop de guillemets, désolé … !
  • Ce premier temps peut s’avérer difficile, voire ingrat … mais plusieurs millénaires de textes spirituels dans diverses traditions semblent concorder pour affirmer qu’il n’est guère possible de faire sans …

  • Un deuxième temps de « vie méditative » : toutes nos activités quotidiennes diverses lestées, teintées, orientées, … par le premier temps. Si ce quotidien se passe vraiment plus mal qu’avant, c’est le signe incontestable que quelque chose est mal réglé …
  • La relation entre ces deux temps peut s’avérer très paradoxale : assise semblable à un combat de rue et vie quotidienne facilitée, ou l’inverse … Ce qui importe c’est de toujours bien savoir où j’en suis concernant cette relation, cette dynamique.
  • Au terme de l’intégration de ces deux temps, on n’est plus « devant » ou « dans » la nature ou quoi que ce soit. Tout – sans exception – se retrouve en nous, dans l’espace d’accueil inconditionnel et illimité que nous sommes – tous. Nous sommes (re)devenus ce que nous n’avons jamais cessés d’être autrement que par illusion : Contenant ultime. Quand on en est là, on ne médite plus « formellement » que pour le plaisir … !
  • K. G. Dürckheim savait plutôt bien où il en était : « Méditer … Quand ? »

 

« J’éprouve des difficultés à méditer les yeux ouverts … J’ai l’habitude de pratiquer les yeux fermés … »

  • Commençons par dire que le zen & la Vision du Soi selon Douglas Harding ont justement pour vocation de remettre en question toutes nos « habitudes » … !
  • Le zen classique propose de pratiquer en gardant les yeux entrouverts – ou mis-clos, si vous préférez – pendant les … trente premières années de méditation ! Ensuite vous faites comme bon vous semble.
  • Il est vrai que le réglage de ce regard léger, posé devant soi à 1 mètre/1 mètre 50 environ selon la hauteur d’assise, sans rien regarder en particulier, n’est pas si facile à ajuster. Cela peut prendre un peu de temps.
  • Ce « rien » nécessite d’être précisé : dans le zen on ne regarde ni la flamme d’une bougie, ni un bouquet de fleurs, ni une statue ou un objet rituel, rien … Juste ce qui se trouve là, généralement un sol : plancher, lino, tapis, … Et dans ce support on ne cherche pas à découvrir quoi que ce soit non plus …
  • Mais, garder les yeux entrouverts (je préfère cette formulation à mi-clos) aide à rester éveillé, alerte, vigilant, … A ne pas s’endormir. A moins se laisser happer par une idée qui va surgir inopinément pour se transformer en cours métrage sur notre écran intérieur.
  • Les yeux entrouverts facilitent aussi cette liaison entre la posture et la vie quotidienne, ce projet d’ouverture globale qu’est véritablement la méditation.
  • La Vision du Soi – que pour ma part j’associe totalement à la méditation dans l’esprit du zen – s’appuie tout particulièrement sur le sens de la vue … qui est effectivement plus facile à utiliser les yeux entrouverts. Voir, tout simplement, l’asymétrie entre la périphérie et le Centre :

formes diverses là-bas en périphérie, accueillies dans & par l’espace d’accueil central, le vide central, le ? central, …

couleurs variées là-bas accueillies dans & par la transparence centrale

  • Et voir, subitement ou peu à peu, en fonction de notre résistance à l’évidence, que nous sommes cet espace d’accueil, cette transparence, (et aussi ce silence, cet en-deçà du temps, …)
  • Ces deux aspects, formes et couleurs, sont incontestables. Mais vous pouvez toujours essayer ! La Vision du Soi m’a équipé de bons outils de déconditionnement.
  • Dernier point : vous avez sans doute remarqué qu’il est important pour moi de relier notre pratique avec le fond judéo-chrétien qui est celui de l’Europe où nous vivons. Nos racines culturelles. Et il se trouve qu’à mon avis un assez bon résumé du christianisme peut être trouvé dans l’évangile de Jean :  une question suivie de deux réponses, l’une conjuguée au pluriel par Jésus, l’autre au singulier par Philippe. Le christianisme, c’est d’abord et essentiellement cette expérience fondatrice consistant à Voir le lieu de liberté et de paix où il est ensuite possible de « demeurer ». Voir … et pas croire.

« Rabbi, … où demeures-tu ?

Il leur dit : « Venez et voyez. » [traduction d’André Chouraqui] « Venez et vous verrez. » [TOB] Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui ce jour là. »

Jean 1, 38-39

« Philippe lui dit : « Viens et vois » [TOB et Chouraqui …]

Jean 1, 46

Ceci dit, il existe bien entendu d’autres formes de méditation qui privilégient les yeux fermés et les visualisations. J’en ai pratiqué quelques unes autrefois dans le cadre du yoga, mais je ne les ai pas retenues. Il me semble avoir trouvé plus simple et plus efficace. Mais comme d’habitude : à vous de … voir !

 

Cordialement

 

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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