Liberté et communauté

Voici encore une autre réflexion de Carolyn Baker, extraite de la deuxième partie de son livre « L’effondrement ». Ces 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle sont publiées sous la rubrique « Carolyn Baker » du site internet du Réseau Transition Québec (0).

 

« La liberté est l’ultime désir spirituel d’un être humain, mais la liberté est seulement appréciée quand elle se situe à l’intérieur des paramètres d’un sentiment d’appartenance plus large. »

David Whyte

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« Avec l’écroulement de la société et de la culture, on peut éprouver plusieurs menaces réelles ou imaginaires pour notre liberté. Les lois et leur application peuvent se dégrader. Les systèmes peuvent se désintégrer et devenir des tas de cendres de l’ancienne modernité. Des gouvernements aux soins intensifs qui tentent de maintenir leur contrôle et leur légitimité pourraient devenir de plus en plus autoritaires.

Ou dans des zones plus reculées, où le long bras de la loi pourrait avoir été considérablement raccourci par l’effondrement économique, certains individus pourraient usurper le pouvoir dans des tentatives opportunistes de renforcer leurs propres possibilités de survie.

D’autre part, l’effondrement des grands systèmes pourrait apporter plus de liberté que beaucoup d’entre nous n’auraient pu imaginer, du moins pour un certain temps. Mais la nature a horreur du vide, et l’absence de structure civique pourrait à la fin aboutir à une sévère répression.

Quelle que soit la liberté dont nous jouissons, ou pas, il est bon de se rappeler les paroles de David Whyte concernant les paramètres d’un sentiment d’appartenance plus large. La civilisation industrielle a poussé beaucoup d’entre nous à l’exil, un exil de nous-mêmes, de la communauté et de la nature¹. Nous avons maintenant l’occasion et, je crois, l’obligation de découvrir ce que signifie d’appartenir². Sans communauté, nous ne pourrons survivre en ces temps troublés. Avec une communauté, il est possible d’expérimenter un nouveau niveau de sécurité, de soutien et de prospérité au-delà de la simple survie³. Pour plusieurs, ce sera leur première expérience d’appartenance depuis l’enfance ou, peut-être, la première tout court.

Peut-être n’aimons-nous pas tout le monde dans notre communauté ou ne raffolons-nous pas dans leur camaraderie (4), mais l’appartenance est un besoin humain qui doit être satisfait dans les temps difficiles si nous voulons naviguer parmi les écueils de l’effondrement et valoriser notre existence dans les ruines désordonnées de ce qui était autrefois une civilisation florissante.

Lorsque nous faisons l’expérience de paramètres sains d’appartenance (5), nous sommes vraiment libres. L’ancien paradigme soutient que c’est seulement l’esprit libre indépendant qui est pleinement libre d’être lui-même. Est-il nécessaire de chercher plus loin pour voir où cette vieille histoire nous a menés ? »

 

Cordialement

 

0 – Les initiatives de transition sont nées en Angleterre à l’initiative de Rob Hopkins. Il existe donc un site anglais, of course, mais aussi des sites français, belge, locaux …

La transition doit beaucoup à Ernst Friedrich Schumacher évoqué ici et .

Cette démarche intelligente, nécessaire et incontournable intègre la dimension psychologique, mais encore insuffisamment à mon avis la dimension première qui est spirituelle. La Vision du Soi selon Douglas Harding serait en mesure de venir combler cette lacune …

¹ – Une « civilisation » qui conduit ses membres à « un exil d’eux-mêmes, de la communauté et de la nature » n’en est tout simplement pas une. Globalement nous n’avons guère conscience de vivre un âge de fer, des temps de barbarie, d’oubli de l’Essentiel … Les Valeurs Monastiques peuvent nous aider à survivre à cette époque troublée ; moins leurs formes que leur essence à jamais d’actualité :

« Est moine celui qui tend à l’unité en lui-même, à l’unité avec les autres, à l’unité avec la planète qui le porte, à l’unité avec le réel qui le soutient dans l’être. »

Bernard Besret

² – La traduction laisse à désirer … et peut-être que l’expression initiale aussi. De quoi avons-nous réellement besoin ? D’« appartenance » à un ensemble plus grand que notre petit moi, pour le sécuriser et lui permettre de se valoriser ? Ou plutôt de la conscience claire d’être le contenant ultime, central, de tous les contenants périphériques ? « Tu es Cela », comme je le suis et comme nous le sommes tous. Que nous en ayons conscience ou pas, que nous le désirions ardemment ou que nous le rejetions avec vigueur, nous sommes construits ainsi. Quelques expériences de Vision du Soi suffisent à le Voir parfaitement … et changent absolument tout en termes de « communauté » et d’« appartenance ». Mais … essayez, vérifiez !

³ – C’est une « communauté » minimale qui nous est proposée là, certes essentielle en sa résilience pour les besoins du corps et de l’âme, mais encore très limitée, portant encore les germes d’un « effondrement » futur … Il me semble qu’une ambition spirituelle beaucoup plus grande est nécessaire, comme nous le précise Marie Balmary :

Ronde vue de l’intérieur, subjectivement

« La ronde est la première et peut-être aussi la dernière image d’une communauté humaine : la place égale de tous les danseurs autour d’un vide médian qu’ils dessinent ensemble et qui les réunit. Distincts et reliés. Notre désir peut-être le plus profond.

La figure est si juste qu’on ne sent même pas la loi qui la règle pourtant rigoureusement. Il suffit de respecter ce vide central, que nul ne viendra occuper et se donner la main autour de lui. Loi légère qui peut-être les représente toutes. Quant au milieu, nul n’a de savoir sur lui. »

Il me semble aussi que la Vision du Soi selon Douglas Harding nous donne les moyens d’entrer dans la ronde … Essayez, vérifiez !

4 – Encore une traduction qui laisse à désirer … Ce texte a-t-il bien été relu par le robot de service ?

J’en profite néanmoins pour signaler à quel point le mot « camaraderie » peut s’avérer dangereux. Je n’en étais pas suffisamment conscient jusqu’à ce que je lise « Histoire d’un Allemand – Souvenirs (1914-1933) » de Sebastian Haffner aux Éditions Actes Sud. En notre époque de succès des populismes les plus divers, il n’est pas inutile de (re)lire ce livre …

5 – Ces « paramètres sains d’appartenance », comme je l’ai précisé dans la note 2 ci-dessus, sont ceux qui nous permettent de réaliser qu’étant espace d’accueil illimité et inconditionnel au Centre, nous sommes en réalité toutes « choses » en périphérie, que nous sommes « Tout », l’univers entier … et que nous sommes responsables de « Tout »… Voilà le seul fondement d’une « civilisation florissante », même si de prime abord cela peut sembler un peu raide !

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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