« L’homme qui marche » – Christian Bobin

J’ai récemment écrit tout le bien que je pensais du projet Hommes de Parole. Et voici la Phrase de la semaine que je reçois immédiatement après … !

L’homme qui marche
Alberto Giacometti

« Il va droit à la porte de l’humain. Il attend que cette porte s’ouvre. La porte de l’humain, c’est le visage. Voir face à face, seul à seul, un à un.

Celui dont je n’accueille plus le visage – et pour l’accueillir, il faut que je lave mon propre visage de toute matière de puissance – celui-là, je le vide de son humanité et je m’en vide moi-même. »

Christian Bobin
« L’homme qui marche » – Éditions Le temps qu’il fait

Vous n’imaginez guère à quel point j’apprécie l’œuvre de Christian Bobin, qui a déjà trouvé une petite place ici sur ce site.

Est-ce que la citation ci-dessus introduit le moindre décalage avec le projet de la Vision du Soi selon Douglas Harding, qui démontre de manière simple, pratique, ludique, que personne n’a jamais été face à face avec qui que ce soit depuis l’origine des temps … ? Et bien sûr, Jésus-Christ, cet « homme qui marche » magnifiquement évoqué par Bobin, moins que tout autre.

Absolument aucun décalage, sinon en apparence. Les trois premières phrases sont justes, mais l’écrivain tombe ensuite dans le piège tendu par la société, « le gros animal », en reprenant ce lieu commun du langage : « voir face à face ». Il essaye d’en sortir tant bien que mal avec la deuxième partie de la citation : « – et pour l’accueillir, il faut que je lave mon propre visage de toute matière de puissance – », mais c’est trop tard, le mal est fait, la confusion est installée, le langage – c’est à dire la société, le monde – a affaibli la portée du message.

La porte, de l’humain et de l’humanité, ne s’ouvre que lorsque se met en place consciemment le face à espace, seul moyen de faire le deux Un (Évangile de Thomas). Tant qu’il y a deux, il y a peur (comme l’expose la Brihadaranyaka Upanishad), et de cette peur peuvent naître la confrontation, l’affrontement, … mais en aucun cas une ouverture à la vraie rencontre, à la fraternité et à l’amour.

En rester au stade nécessairement dualiste du langage ne nous mènera pas très loin. Seul (au moins) un passage dans le tube inventé par Douglas sera utile. Vous pouvez découvrir de quoi il s’agit ici, ou dans un des livres de Douglas, José, Richard, Philippe … mais il vous faudra franchir le pas, faire effectivement l’expérience, plonger au cœur d’un atelier de vision du Soi. Sinon … ?

Sinon ? Eh bien regardez autour de vous dans quel état se trouve le monde. Ce « face à face » illusoire, que la société verrouille à l’aide du langage, que les sages de toutes traditions dénoncent depuis des siècles, que nous sommes encore trop peu nombreux à vouloir consciemment abandonner, poursuit son œuvre de destruction massive …

Cordialement

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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