Les experts ont-ils bien « pigé le truc » – 2/5 – David Lang

Cf. la courte introduction à cette série dans la première partie.

« Les experts ont-ils bien « pigé le truc » – 2/5 – David Lang

[…]

Ramana Maharshi, lincontestable expert hindou de la recherche du Soi au XXe siècle, a déclaré : «Voir Qui vous êtes est plus évident que voir une groseille dans la paume de votre main. » Quoi de plus évident que de voir une groseille, ou un fruit équivalent selon l’endroit où vous vivez, dans la paume de votre main ? À peu près rien.

Ramana avait-il raison ? Vérifions avec l‘une des expériences¹ de Douglas Harding. S’il vous plaît :

1 . Désignez de l’index vos pieds et observez-les attentivement là-bas.
2 .
Désignez de même vos genoux et observez-les attentivement là-bas.
3 .
Désignez de même votre poitrine et observez-la attentivement là-bas.
4 .
Désignez de même votre tête et voyez l’absence – oui, parfaitement, l’absence – de toute tête ici.

dessin doigt qui pointeDoigtNet

Rien de plus simple que ça, non ?

Bien évidemment je ne vous demande pas d’imaginer quen désignant du doigt votre tête vous allez voir son absence et/ou la votre. Je vous demande de prendre le temps et de faire l’effort (aussi minime soit-il) de regarder réellement. Vous connaissez l’analogie de la différence entre lire le menu et déguster le repas, ou entre feuilleter une brochure touristique d’Hawaï et y passer deux semaines allongé sur des plages de sable blanc en sirotant des margaritas (houps … du jus de fruits !) ? Il en est de même avec les expériences. Se contenter de lire la description du geste de pointer votre absence de tête – la croire sur parole ou l’imaginer – reste très éloigné de l’expérience de la voir réellement². C’est la vision, la perception visuelle, qui compte, et absolument pas le concept ou la représentation. Donc, si vous n’avez pas effectué réellement ce geste auparavant, vous pourriez peut-être le faire maintenant. Lire ce texte sans vérifier par vous-même ses propositions ne vous apportera pas grand chose.

Peut-être penserez-vous que je confonds notre incapacité à voir nos têtes directement, du fait de la présence des organes de vision à l’intérieur³, avec la perception de leur véritable absence. En d’autres termes, l’absence que nous voyons n’est qu’une simple tache aveugle physique. Nous avons tous des têtes où nous sommes ; nous sommes seulement particulièrement mal placés pour les voir.

Pour lever cette réserve, il s’avère utile de distinguer la façon dont les autres nous voient de notre propre perception de nous-mêmes. Lorsque nous nous imaginons tel que les autres nous voient (ou quand nous nous regardons dans un miroir, ce qui en principe revient au même), nous avons évidemment une tête. Il s’agit du point de vue extérieur, indirect, celui de la troisième personne sur nous-même, le point de vue de là-bas, à distance, et en tant que tel il est parfaitement légitime. Mais ce n’est pas le seul. Le point de vue intérieur, direct, en Première personne, le point de vue d‘ici à zéro distance, révèle assez clairement l’absence de tête, et il est tout aussi valable. Ce n’est que lorsque nous avons choisi l’option retenant le point de vue extérieur comme seul valable, décidant que si nous pouvions réellement nous voir nous nous percevrions exactement comme les autres nous voient, à savoir couronné d’une tête sur les épaules, que ce point de vue intérieur semble déficient.

douglas-hardingNoHead

Mais, du point de vue de la Première personne, c’est justement cette hypothèse que nous sommes dans une tache aveugle quand il s’agit de nous voir nous-mêmes qui constitue le véritable angle mort. Le maître zen Huang-Po est limpide à ce sujet. Se référant à la vision directe de l’absence, il déclare sans ambiguïté :

« C’est ce que vous voyez devant vous ; commencez à raisonner sur cela, et vous voilà aussitôt dans l’erreur. »

Lorsque nous raisonnons, que nous appliquons à nos vies lhypothèse erronée que nous ne pouvons pas nous percevoir immédiatement, que les autres disposent du seul point de vue légitime, que nous ne pouvons que l’imaginer dans un deuxième temps, alors nous commettons l’erreur fatale de fermer les yeux à la vision authentique de notre absence, cette évidence qui nous pend au nez.

[A suivre …] »

Cordialement

¹ – Un atelier de Vision du Soi n’est rien d’autre qu’une suite bien ordonnée de ces expériences d’attention mises au point par Douglas Harding.

² – Cf. les fortes paroles de Svami Prajnanpad : « Vous pensez que vous voyez, et vous ne voyez pas que vous pensez. » et « On voit rarement, on pense que l’on voit et la première exigence pour être vraiment Homme est de se libérer de la pensée et de s’établir sur le terrain solide du voir. »

³ – David Lang écrit : « … our inability to see our heads directly, due to our being inside them, … ». Comme je ne suis pas dans ma tête, j’ai fait quelques acrobaties de traduction pour préserver le sens …

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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