Les deux malentendus – Alain Bayod

La lecture de l’éditorial d’Alain Bayod dans le « Journal d’Ardenne » n° 10 (mars 1994), alors que je séjournais dans ce haut lieu (0), m’avait particulièrement … frappé. Quel bonheur de rencontrer un ami de bien qui « cogne » fort et juste !

Ce texte aurait eu toute sa place sur volte-espace depuis fort longtemps, évidemment, mais où avais-je bien pu l’enfouir … ? Un peu comme la « lettre volée » d’Edgar Allan Poe, il était tout simplement (trop) bien rangé dans mon classeur « Douglas Harding » n°1  … Grrr, que de temps perdu !

Respirez profondément et tonifiez votre gainage, vous allez en avoir besoin pour encaisser … « Les deux malentendus » !

NB : tous les sur & sous lignages, liens, illustrations et commentaires relèvent de ma seule responsabilité. J’ai également fractionné quelques paragraphes un peu longs.

&

Voilà à peu près 12 ans maintenant que j’ai commencé à recevoir des gens qui souhaitent changer¹ et, pour cela, mettre en pratique le chemin que propose Arnaud [Desjardins]. Je me rends compte que c’est un métier « dangereux », pour lequel il faut disposer d’une « très grande capacité de contrôle ». Pourquoi ?

Il y a deux questions que je dois éviter de poser dans ces entretiens, cela pourrait avoir de graves conséquences. Je pourrais me faire agresser, peut-être même très durement.

La première question c’est :

« Et la mise en pratique dans tout ça ? »

Souvent cette question m’est venue aux lèvres en 12 ans et, Dieu merci, la plupart du temps, je me suis retenu au dernier moment. Cela m’a évité certainement nombre d’agressions. Bien sûr quelquefois cela m’a échappé, mais je m’en suis sorti.

La deuxième question c’est :

« Et Dieu dans tout ça, et le Soi², et la libération ? »

Peut-être que cette deuxième question est moins dangereuse que la première parce que chaque fois qu’elle m’a échappé, elle n’a pas attiré une réaction agressive mais un total étonnement.

Très souvent, vraiment très souvent, j’entends des personnes me parler de leurs difficultés et à aucun moment, et parfois c’est très caricatural, il n’est question de mise en pratique. Les quelques fois où cette fameuse première question m’a échappé, qu’ai-je récolté ? J’ai des exemples très récents : « Mais alors quoi il faut tout accepter ? » ou « Mais vous n’allez quand même pas me demander d’accepter ça » ou pire « Moi, je vous parle de ma souffrance et la seule chose que vous trouvez à me dire c’est : et la mise en pratique ? Vous vous moquez de moi ! » Vous conviendrez que c’est en effet une question dangereuse.

La deuxième l’est moins car quand elle m’a échappé, qu’ai-je eu en face de moi ? La plupart du temps : rien, pas de réaction, mais un regard étonné qui disait : « de quoi il parle ? »

Je peux dire que pour la grande majorité des gens qui viennent ici, il y a deux malentendus qui, malheureusement, se complètent et se renforcent. Le premier concerne la mise en pratique et le deuxième concerne le but. Ardenne à quoi ça sert, Alain à quoi ça sert, le chemin à quoi ça sert ?³

Premier malentendu : imaginez quelqu’un qui décide d’apprendre à jouer au tennis et va faire un stage avec un professeur connu, qui enseigne depuis plusieurs années. Après le stage la personne rentre chez elle, satisfaite de ses progrès. Elle revient six mois – ou un an – après et dit au professeur : « Je vois bien que je n’ai fait aucun progrès. Je joue même moins bien qu’après le premier stage ».

Le professeur s’inquiète (pour la forme) et pose l’inévitable question :

« Est-ce que vous vous êtes entraînée souvent ? »

« Non très peu, pour ainsi dire pas du tout, mais quel rapport ? »

C’est terrible. Je vous assure, les gens ici qui pratiquent quotidiennement ne sont pas majoritaires. Donc, là il y a un malentendu au niveau de la mise en pratique (4).

QUI SUIS-JE ?

Deuxième malentendu : il concerne le But. Imaginez quelqu’un qui irait voir Alain Prost pour lui demander de lui apprendre à faire du patin à roulettes ; et lui, gentil, dirait : « Bien oui écoutez, je vais vous apprendre, mais vous savez … bon … on n’est pas là pour ça, mais … je comprends bien … il faut que vous vous fassiez plaisir ». (5) C’est un peu de cet ordre là. On en parle beaucoup avec Claudie depuis deux ou trois ans.

De plus en plus, il nous apparaît évident que beaucoup de gens ici pataugent à plaisir dans leurs émotions comme un enfant qui est dans un petit bassin avec de l’eau … avec sa pelle il tape sur l’eau, alors il est content … ça éclabousse … il est mouillé … il a du sable partout …quand ça lui pique trop les yeux … alors il se met à pleurer et il faut que maman vienne.

Comprenez bien qu’il n’y a pas ici une once de jugement … Parce que tout ce que je suis en train de dire ici, je l’ai vécu moi-même, donc je comprends bien que vous pouvez avoir ce passage … mais je suis ici pour faire mon travail, qui est de vous ouvrir les yeux, et non de vous bercer d’illusions. (6)

Le yoga de Swamiji porte un nom : l’Adyatma yoga (7). Arnaud depuis plus de vingt ans explique que Adyatma yoga signifie le chemin vers le Soi. Son premier livre fait à partir des causeries enregistrées au Bost (8), est intitulé « A la recherche du Soi », le troisième « Au-delà du moi ». Ah bon, il y a un Soi, il y a un moi … tiens, très intéressant. Le quatrième livre « Tu es cela » (9). Je n’ai fait, ni une enquête, ni un véritable sondage, mais je me suis aperçu que beaucoup d’anciens d’Ardenne n’avaient pas un seul instant réfléchi sur le sens de ces titres, et que ça leur paraissait tellement éloigné de leurs préoccupations, on verra beaucoup plus tard … (10)

Alors non seulement la pratique n’est pas suffisamment forte et intense, mais en plus, pour la majorité d’entre vous, elle est mal orientée. Elle est orientée dans l’illusion d’une super amélioration de l’ego qui ne se produira jamais. Certes, le chemin permet des améliorations dans le relatif, qui sont liées au personnage dans lequel la pure conscience un jour s’est incarnée en vous. Mais elles sont très limitées. Je souhaiterais que ces observations débouchent pour vous sur une réflexion positive et soient un aspect motivant de votre sadhana (11).

Comprenez bien que tout chemin consiste à se libérer des fausses croyances, des faux concepts, des fausses pensées. J’ai passé mes vacances de Noël (si je puis dire) avec Ramana Maharshi et Nisargadatta Maharaj, deux grands maîtres contemporains, absolument incontesté, du Vedanta (12). Pour eux, c’est très clair et très simple. Toute la souffrance humaine vient de la pensée « je suis le corps ».

Maintenant je vous pose une question : Avez-vous commencé à remettre en cause vos croyances et des pensées comme « je suis très imparfait » ? alors que tous les enseignements vous disent que votre vraie nature est parfaite. Avez-vous remis en cause la pensée « je suis incarné » ? alors que que tous les enseignements sans aucune exception vous disent « vous n’êtes pas ce corps, votre vraie nature est totalement libre du corps« . Et enfin une dernière : le véritable changement, ce n’est pas pour moi, ou alors dans beaucoup, beaucoup de temps. (13)

Tant que vous ne commencez à vous colleter avec la remise en cause régulière de ces concepts, de ces croyances, vous faites une psychothérapie qui a certainement une grande valeur mais vous n’êtes pas sur un chemin spirituel.

En septembre 91 lorsque nous attendions la venue d’Amma (14) à Ardenne, j’ai dit, avec certitude, à plusieurs : « Il est pour moi tout à fait clair que si cette femme totalement lumineuse que je n’ai pas encore rencontrée, vient à Ardenne, c’est très certainement le signe que la pratique de l’ashram doit se modifier considérablement dans le sens d’une véritable spiritualité ». Elle est venue. Elle est revenue, et Elle va revenir cet été. Amma à Ardenne, cela signifie que ce lieu est consacré à la recherche du but ultime et non pas au pataugeage dans les émotions, comme beaucoup le font.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas un travail à faire sur ce chapitre là, mais il faut que ce soit éclairé par une vision infiniment plus large (15). C’est aussi le sens de la venue de Lee Lozowick qui revient cette année. Si vous avez lu son livre « L’alchimie du réel », vous savez que pour lui, il ne s’agit pas de bricoler mais de vraiment se diriger vers l’ultime, vers la libération, vers l’éveil. C’est aussi le sens de la venue de Douglas Harding. Bien que non rattaché à une tradition, il est tout aussi percutant et clair quant au but. (16)

Ces questions se résument à une seule en fait, que de tout temps on a appelé la question existentielle ; celle à laquelle le Maharshi – et le Maharaj – renvoyaient leurs visiteurs :

« Qui pose la question, qui souffre, qui suis-je ? »

Cette question ne vous obsède peut-être pas encore, et si votre désir est d’être mieux dans votre peau pour le temps qu’il vous reste à vivre, il n’est pas indispensable de vous la poser (17). Mais si vous avez vraiment le désir, je dirais l’ambition d’un chemin authentique, cette question est absolument essentielle. « Qui suis-je, qui écoute en ce moment, qui vient à Ardenne, qui médite, qui souffre, qui suis-je et que suis-je ? » Deux phrases attribuées à Gandhi m’ont toujours beaucoup touché : « la vérité est devenue erreur parce que personne ne la voit » et « l’erreur est devenue vérité parce qu’elle s’est propagée et qu’elle s’est multipliée. » (18)

Alain Bayod

Alors si vous entendez quelqu’un remettre en cause des croyances comme le fait de mourir, le fait d’être incarné, si vous entendez, de plus, des gens vous dire que vous êtes parfait, que votre vraie nature est divine, que ce corps n’est qu’un véhicule terrestre, que vous êtes la pure conscience au delà du temps, de l’espace et de la causalité, est-ce que cela a un sens ou non ?

Réfléchissez, situez-vous (19), questionnez, pratiquez. Aujourd’hui est la plus belle des journées.”

Causerie du 2 février 94

 

Cordialement

 

0 – La belle demeure d’Ardenne n’existe plus comme centre relié à l’enseignement d’Arnaud Desjardins et de Swâmi Prajnânpad.

Cf. « La bombe, ou comment être un avec le monde », où Alain Bayod relate sa participation, décisive, à l’atelier de Vision du Soi tenu à Ardenne le 1° novembre 1993.

¹ – « Des gens qui souhaitent changer … ». Il s’en croise encore pas mal, et tous auraient grand intérêt à s’inspirer de ce bon conseil de Nisargadatta Maharaj : « Vous n’avez pas besoin de changer ». Deuxième bon conseil : participer à un atelier de Vision du Soi avant de lire Nisargadatta … Histoire de vérifier si cet expert a bien pigé le truc !

² – Le « Soi » inclus (si j’ose m’exprimer ainsi) par Alain dans sa question correspond au « Soi » de l’expression « Vision du Soi ». Concernant le choix de cette dernière, je vous renvoie au billet : « Vision du Soi(Vision Sans Tête) ».

Peu importe le nom, même s’il est assez pratique de pouvoir en utiliser un. La seule chose qui compte c’est l’expérience : Voir le Soi comme fondement de notre être, Lui transférer notre entière confiance, Le laisser apprivoiser l’ego, nous établir sur ce « terrain solide du Voir » grâce, notamment, à la Vision du Soi. … Les « jeux » qu’elle propose pour parvenir au but ne sont pas les moins efficaces. Essayez, vérifiez !

³ – Il me semble qu’il y aurait intérêt à inverser ainsi la présentation d’Alain : le premier malentendu concerne le but et le deuxième concerne la mise en pratique. En effet, si le but n’est pas absolument clair, autant ne pas commencer à mettre en pratique quoi que ce soit. Si d’aventure une mise en pratique erronée contribuait à renforcer « l’illusion d’une super amélioration de l’ego » et qu’elle commençait à donner quelques résultats, la tâche deviendrait quasi impossible !

Ces « deux malentendus qui, malheureusement, se complètent et se renforcent » se voient aujourd’hui à l’œuvre dans le domaine terriblement confus qu’est devenue la « méditation ». A mon humble avis, mieux vaut ne pas pratiquer activement une « méditation & développement personnel » qui se trompe radicalement de sens …

4 – C’est effectivement terrible. Et ça l’est peut-être encore plus dans le strict cadre de la Vision du Soi. Dans un atelier, à moins de faire preuve d’énormément de mauvaise volonté,

«… chaque participant ayant fait pivoter son attention de 180 degrés, et l’ayant portée sur ce qu’il est pour lui-même, selon sa propre expérience de l’instant présent […]  voit sa véritable nature, même si ce n’est que brièvement et provisoirement. »

Mais si la première étape qu’est cet éveil, cette libération, n’est pas suivie d’une « discipline assidue », même cette extraordinaire étape n’aura été que temps perdu, agréable divertissement … Avouez que c’est quand même un peu (trop) gros et (trop) grave !

« Ce qu’il fera ensuite de cette vision intérieure, s’il la pratiquera jusqu’à ce qu’elle devienne stable et naturelle, et donc parfaitement efficace, c’est là une autre question. »

Douglas E. Harding

Je vous l’assure aussi, les gens qui pratiquent quotidiennement la Vision grâce aux outils – variés, simples, concrets, joyeux –  découverts lors d’un atelier ne sont pas majoritaires non plus.

NB : le dessin provient de « L’homme sans tête », la bande dessinée biographique consacrée à Douglas Harding. Helen a été la première personne avec laquelle Douglas a pu partager sa Vision. Dans la bulle suivante elle déclare : « Ayant disparu, je joue mieux. » Mais elle devait sans doute aussi s’entraîner souvent !

5 – Alain Bayod a aimé les sports mécaniques, ainsi que vous l’avez peut-être déjà découvert avec « Le truc d’Ayrton Senna ». Même si votre truc à vous c’est plutôt le patin à roulettes, je vous invite à jouer sincèrement le jeu du billet ci-dessus : installez-vous bien confortablement dans l’espace d’accueil que vous êtes, puis dans le siège du bolide et appréciez ce tour de circuit comme un outil d’éveil parmi d’autres. « … il faut que vous vous fassiez plaisir » certes, mais vitesse aidant, vous pourriez tout aussi bien découvrir que Ce que vous êtes vraiment n’a jamais bougé du moindre millimètre. Et cette découverte essentielle vous sera toujours des plus utiles … une fois retourné à vos chers patins à roulettes.

6 – En ce monde dit moderne où le progrès fait rage, lorsque l’on s’intéresse sérieusement à la spiritualité, on se trouve d’office rangé dans la catégorie des Bisounours. Il devient alors très difficile de convaincre qu’on est plus un Grosréveil qu’un Groscopain ou un Grosdodo censé faciliter votre sommeil !

Alain écrit fort honnêtement : « Parce que tout ce que je suis en train de dire ici, je l’ai vécu moi-même, donc je comprends bien que vous pouvez avoir ce passage … » Il me semble nécessaire d’ajouter que rien ne garantit que tout retour partiel et temporaire à la « pataugeoire » soit définitivement exclu … Pas même l’exceptionnelle Vision du Soi !

7 – L’Adyatma yoga est le nom de la voie transmise par Svami Prajnanpad. L’orthographe couramment admise est plutôt « adhyatma yoga ».

8 – Le Bost est le nom du premier lieu de transmission animé par Arnaud Desjardins de 1974 à 1983, sur la commune de St-Gervais d’Auvergne. Le lieu est devenu le centre bouddhiste Dhagpo Kundreul Ling.

9 – Arnaud Desjardins a écrit quatre livres sous le titre générique « A la recherche du Soi », dont la lecture (et relecture-s) s’avère toujours des plus utiles :

J’apprécie tout particulièrement les passages ci-dessous :

« Allez tout droit, et commencez par où j’imaginais que je devais finir. Immédiatement, à l’instant même, installez-vous dans la paix des profondeurs, et voyez combien de temps vous pouvez y demeurer. … Partez de là où on cherche d’habitude à arriver. Vous allez constater que cela ne dure pas, mais vous aurez découvert ce qu’il y a d’essentiel à découvrir. (« Le Vedanta et l’inconscient », page 114 de l’édition de 1978)

[…]

Je vous souhaite à tous de découvrir, pendant deux secondes, cette plénitude. Vous la découvrirez si vous y pénétrez directement, pas si vous essayez des techniques lentes qui vous donneront cette paix en un quart d’heure, une demi-heure ou une heure de méditation. Rentrez tout droit au plus profond de vous-même, dans le silence total, l’immobilité totale, l’absence de formes. …

[…]

Prenez le But, c’est-à-dire la plénitude, comme le point de départ. … Le point de départ c’est que vous êtes la Conscience et, par dessus, il y a les formes de conscience. C’est un retournement et c’est ce retournement qui fait le vrai Chemin. » (« Le Vedanta et l’inconscient », page 120 de l’édition de 1978)

10 – « Beaucoup plus tard … » : c’est un peu l’équivalent de « Demain, demain, toujours demain » qui risque fort de conduire à vivre « Un jour sans fin ». Cinéma mis à part, nous ne disposons que d’une seule vie …

11 – Cette « pratique mal orientée » est une superbe occasion d’afficher une fois de plus ci-dessous la « boussole » de la Vision du Soi : « low technology » certes, mais « highest concept » assurément. Essayez, vérifiez !

L’ego – le complexe corps & mental – est périphérique, dans le sens du doigt qui pointe vers l’extérieur. A la longue il sera certainement un peu « amélioré » indirectement, en fonction de l’intensité de votre retour en ce Centre que vous n’avez jamais quitté autrement que par illusion. Misez donc d’abord sur la Pure Conscience, « située » très exactement à 180° de ce premier doigt.

Ce « située » est faux, bien évidemment. Mais rappelez-vous le paradoxe de Paul Valéry : « Ce qui est simple est faux, ce qui ne l’est pas est inutilisable. » Douglas Harding avait l’immense ambition de construire & partager des outils utilisables. Ils sont aujourd’hui à notre entière disposition ; qu’attendons-nous pour nous en saisir et … œuvrer ?

Ce deuxième index pointé vers le Soi – vers ce non-lieu d’où sort votre regard – ne vous empêche aucunement de continuer à diriger votre regard vers l’extérieur. Bien au contraire ! Tout est mieux perçu ainsi : les formes à partir du vide, les couleurs à partir de la transparence, les sons à partir du silence, … Quelle occasion pourrait vous interdire de maintenir ce geste ?

La « sadhana » proposée par la Vision du Soi selon Douglas Harding se limite ainsi au respect d’une seule règle, l’asymétrie. Ne vous y trompez pas : c’est une ascèse, au sens d’un « exercice bien ordonné sur soi-même », une vivification aussi détendue que joyeuse,   et pas une mortification. Essayez, vérifiez !

12 – Nisargadatta Maharaj et Ramana Maharshi (extraits) – Alain Bayod – Revue VST n°7/06-2000

13 – Le présent texte date du tout début de la rencontre d’Alain Bayod avec la Vision du Soi selon Douglas Harding. Depuis il a eu d’innombrables occasions d’utiliser la carte ci-dessous, carte maîtresse de la Vision du Soi, pour expliciter – aisément – la nécessaire remise en question des croyances et pensées erronées

« Je suis très imparfait » : oui, en périphérie, dans la zone « je suis humain ». Mais en tant que « Je Suis » central, « votre vraie nature est parfaite ».

« Je suis incarné » : oui, en périphérie, dans la zone « je suis humain ». Mais en tant que « Je Suis » central, « vous n’êtes pas ce corps, votre vraie nature est totalement libre du corps ».

« Le véritable changement » consiste à voir son équation écrite noir sur blanc comme ci-dessus. Ça peut advenir … maintenant !

14 – Amma, c’est Mata Amritanandamayi.

N’ayant pas l’expérience de son « câlin », je ne sais pas trop quoi penser de ce « phénomène ». J’avoue que sa récupération, au moins partielle, par le nationalisme hindou m’inquiète … Narendra Modi n’a guère pratiqué le câlin jusqu’à présent, et ça ne semble pas parti pour s’arranger …

Je préfère de loin l’approche de Svâmi Prajnânpad :

« Ébranlez et faites tomber tous les murs qui divisent. Serrer chacun contre son cœur comme s’il était un membre de sa propre famille, cela seul est digne d’un homme. »

Cet article du Monde Diplomatique : « Amma, l’empire du câlin » ne fait pas dans la dentelle, mais permet de rééquilibrer une vision souvent un peu trop hagiographique d’Amma.

Lee Lozowick

15 – « Une vision infiniment plus large », ce peut être « The big, voire biggest, picture ». Essayez, vérifiez !

« Don’t see the big picture as real until you experience it. »

« Il n’y a pas de réelle vue d’ensemble tant que vous n’en avez pas fait l’expérience. »

16 – Je rappelle que le présent texte date du tout début de la rencontre d’Alain Bayod avec Douglas Harding. Il reste attaché à cette notion de transmission traditionnelle de maître à disciple, attestée, validée … J’imagine que la pratique de la Vision du Soi l’a convaincu (comme moi) que ce qui est vraiment « traditionnel » c’est la transmission parfaite de l’expérience. Et que dans cette perspective la Vision du Soi non seulement remplit son office, mais qu’elle est beaucoup plus efficace que bien des balbutiements soi-disant « traditionnels ». Cela contrarie bien du monde, mais c’est ainsi …

« L’esprit souffle où il veut, et tu entends sa voix ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. »

[Τὸ πνεῦμα ὅπου θέλει πνεῖ, καὶ τὴν φωνὴν αὐτοῦ ἀκούεις, ἀλλ’ οὐκ οἶδας πόθεν ἔρχεται καὶ ποῦ ὑπάγει: οὕτως ἐστὶν πᾶς ὁ γεγεννημένος ἐκ τοῦ πνεύματος.]

Évangile de Jean 3,8

17 – Je ne suis pas persuadé que la question « Qui & Que suis-je ? » soit optionnelle dans le cadre d’une vie véritablement humaine. Comment le « petit » humain périphérique pourrait-il être « bien dans sa peau » dans l’ignorance de sa vraie nature, de son identité, de sa complétude … ?

« La plupart de nos tensions et de nos frustrations proviennent de notre besoin irrésistible de jouer le rôle de quelqu’un que nous ne sommes pas. »

Hans Selye – « Le stress de la vie »

Nous ne sommes pas seulement le « petit » de la zone « je suis humain » de la carte ci-dessus (note n° 13). Si nous nous réduisons à ce « rôle », nous ne serons jamais bien, jamais heureux.

18 – Ces citations de Gandhi mettent au premier plan le fait de Voir. Ce qui n’est guère étonnant puisque :

« La grandeur de l’Inde c’est d’avoir mis en valeur le fait de voir (drsti) et non pas croire, non pas imaginer, non pas spéculer mais voir directement ce qui est. »

Svami Prajnanpad

Grâce aux outils de la Vision du Soi tout un chacun peut désormais Voir « la vérité » – simplement, concrètement, joyeusement. Et par la suite assumer sa responsabilité d’empêcher la propagation de « l’erreur ». Pour la deuxième partie du programme, ce n’est pas gagné …

19 – Pour répondre à l’invitation « situez-vous », il est bien plus utile de Voir que de « réfléchir ». Voir grâce à la règle simple de l’asymétrie qu’il n’existe qu’un seul non-lieu pour être … La bonne question à se poser est donc au moins autant « Où suis-je ? » que « Qui & Que suis-je ? » Essayez, vérifiez !

 

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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