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6 - Lectures essentielles

Le travail spirituel est le travail de vivre – Christian Bobin

« Il n’y a pas de vie spirituelle. C’est toute la vie qui est esprit, ou bien elle n’est qu’une affaire digestive ou culturelle. (0)

L’esprit est un travail de soi sur soi. Même en dormant il se poursuit.¹

J’ai vu les éclats tremblés d’une prairie, comment chaque fleurette tordait son cou, suivait les mouvements de l’astre dépensier, ne perdait pas une seule goutte de lumière. Ce que fait une fleur est du même ordre que ce que fait un chartreux dans sa cellule boisée, posant ses mains sur une bible d’avant Gutenberg, lourde taupe de langage au cuir jauni. Le travail spirituel est le travail de vivre, tout simplement.²

Un fou est quelqu’un centré sur une blessure ancienne. Il la chérit. Il nous faut lui voler la puissance de sa concentration et la déplacer, la lancer sur ce qui nous fait face aujourd’hui, maintenant. Fou est celui pour qui celui rien n’arrive que du passé. Saint est celui pour qui tout est éternellement neuf.³

Les vitraux de Conques au matin déchargent les joyaux d’un gris normand, polonais, russe, cette douloureuse et maternante kyrielle du gris qui va en suspens au-dessus des plaines, des haies, ce hurlement silencieux des hommes déserts. Un pas dans l’abbatiale et toutes les nourritures nous sont données. » (4)

Christian Bobin

« La nuit du cœur », Fragment 61

Éditions Gallimard

 

Cordialement

 

0 – Comme j’apprécie ces puissantes provocations de Christian Bobin : le « culturel » qui n’ouvre pas à l’Esprit n’a pas à être placé plus haut que le « digestif » ! Malgré, ou à cause de sa prolifération actuelle, le « culturel » reste globalement assez loin de cette mission. Pas étonnant que Bobin ne soit guère apprécié des « cultureux » fermés à l’Esprit.

Et comme j’aime sa rigoureuse exigence, son intransigeance même : l’Esprit irrigue la totalité de la vie, est la Vie, ou bien il n’est pas. Ici il faut bien entendu entendre ce mot & cette réalité au sens traditionnel, efficace et transformateur tel que l’évoque par exemple Michel Fromaget dans « Corps & Âme – Esprit ».

La Vision du Soi selon Douglas Harding peut aider à ce que « toute la vie » soit « esprit ». Essayez, vérifiez !

¹ – « L’esprit »  souffle certainement pour attiser cette collaboration de soi et du Soi, qui sait ? Et Nisargadatta Maharaj conseillait à ses auditeurs de s’endormir chaque soir dans les grands bras du Soi, les grands bras du « Je Suis » central, notre véritable nature d’espace d’accueil illimité & inconditionnel …

² – Ne pas laisser perdre « une seule goutte de lumière » … Vaste programme ! Cette lumière est bien celle évoquée & invoquée par Jean dans le Prologue :

« En lui la vie la vie la lumière des hommes.

La lumière luit dans la ténèbre, et la ténèbre ne l’a pas saisie. »

Traduction d’André Chouraqui

[εν αυτω ζωη ην και η ζωη ην το φως των ανθρωπων

και το φως εν τη σκοτια φαινει και η σκοτια αυτο ου κατελαβεν]

Fleur & moine : quelle fantastique analogie ! J’espère qu’elle sera parvenue jusqu’aux maisons cartusiennes du monde entier et qu’elle y sera appréciée à sa juste valeur.

Et quel bonheur que cette « lourde taupe de langage » ! Se laisser creuser, aérer … par la Parole. Ceci dit … je préfère avoir un tarin (habitant de la vallée de la Tarentaise) comme voisin qu’une vraie taupe dans mon jardin !

Oui, c’est aussi évident qu’incompris & méprisé par le monde « moderne » : « Le travail spirituel est le travail de vivre, tout simplement. » Dans « Les mouvements du silence », Gregorio Manzur relate ce propos de Gu Meisheng, son maître de Tai Qi Chuan :

« Il n’y a qu’une seule chose à faire : s’éveiller et aider les autres à s’éveiller. »

Vous remarquerez peut-être que cela en fait deux de « choses ». Mais pas dans la logique de l’éveil & de l’Esprit ou deux est la moitié de Un et pas l’inverse !

³ – « Un fou est quelqu’un » qui préfère « chérir sa peine » plutôt que « s’en consoler ». Qui préfère demeurer dans l’obscurité, la maudire & la nourrir plutôt qu’accueillir la lumière … Ce monde moderne est donc très majoritairement un monde de « fous ». Allumez donc plutôt la petite chandelle de la « Vision », et voyez ce qu’il advient. La zone périphérique « je suis humain » du dessin ci-dessus peut bien regorger de « blessures anciennes », mais « ce qui nous fait face aujourd’hui, maintenant » c’est … l’Espace – la Joie spacieuse – que nous sommes ! Notre autoportrait à tous.

La Vision du Soi selon Douglas Harding peut nous aider à découvrir ce « festival of newness » évoqué par Swâmi Prajnânpad, et à y demeurer. Essayez, vérifiez !

4 – Je ne peux pas vous transporter en Aveyron d’un coup de baguette magique … mais presque ! Allez-donc faire « un pas dans l’abbatiale » … virtuellement pour commencer. Et si c’est le tympan qui vous passionne, vous pouvez désormais vous y immerger. N’hésitez pas à faire connaître ces prouesses photographiques d’Ecliptique.

 

Par Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 62 ans, marié, deux fils.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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