Le simple est inépuisable – Christian Bobin

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Christian Bobin

« Le Christ sort au matin de la vieille maison fatiguée du monde¹.

Il a une trentaine d’années. Il n’emporte rien² avec lui.

Il commence sa vie buissonnière dont, après sa disparition, ses amis recueillent des lambeaux. …

Quelques paroles dont la plupart empruntent leur beauté à l’univers patient des bergers, des pêcheurs, des viticulteurs : voilà tout ce qui reste du passage sur terre du plus grand des poètes. Car c’est être poète que regarder la vie et la mort en face³, et réveiller les étoiles dans le néant des cœurs. Les commentateurs ont usé jusqu’à la corde ces paroles de l’errant. Elles résistent. Le simple est inépuisable (4). »

 

Cordialement

 

¹ – L’extrait ci-dessous de l’avant-dernier chapitre du « Très-Bas » précise les contours de ce qu’est le « monde » pour Bobin. Il est déjà bien présent sur volte-espace, mais je ne m’en lasse pas :

« Le monde veut le sommeil. Le monde n’est que sommeil. Le monde veut la répétition ensommeillée du monde. Mais l’amour veut l’éveil. L’amour est l’éveil chaque fois réinventé, chaque fois une première fois. Le monde n’imagine pas d’autre fin que la mort, cette extase du sommeil, et il considère tout à partir de cette fin. … L’enfant va à l’adulte et l’adulte va à sa mort. Voilà la thèse du monde. Voilà sa pensée misérable du vivant : une lueur qui tremble en son aurore et ne sait plus que décliner. C’est cette thèse qu’il te faut renverser. »

Ce que Bobin appelle le « monde » nous dépossède, et de notre vie véritable – de cette Grande Vie qui est notre droit de naissance et LA possibilité d’accomplissement qui nous est offerte – et de cet « éveil » qu’est la « mort » à une vision totalement fausse, réductrice, étriquée, … de nous-même. Ce « monde » n’est vraiment pas un cadeau !

La Vision du Soi selon Douglas Harding constitue un outil particulièrement puissant pour « renverser la thèse du monde ». N’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez … !

² – « rien » … ? Ou, peut-être et plus précisément, cette évidence du Rien & Tout, du contenant ultime rempli de tout l’univers, de l’espace d’accueil vide, illimité et inconditionnel qui est la Vraie Nature du Christ, et notre Vraie Nature à tous.

³ – Cet « en face » me pose décidément de plus en plus problème, au fur et à mesure que je m’inscris plus profondément dans la Vision du Soi. Et si, justement, « être poète » consistait à ne plus se poser « en face » de quoi que ce soit, à ne plus s’opposer, à tout accueillir im-médiatement et inconditionnellement de « la vie et de la mort », et dépasser ainsi tous les dvandvas, les paires d’opposés … ?

« Alors les paires d’opposés ne nous assaillent plus. »

« Tato dvandva anbhighâtah. »

Yoga-Sûtra II. 48

Cet « alors » renvoie à tout ce qui précède des Yoga-Sutras de Patanjali et, plus directement, aux deux sutras précédents, 46 et 47, que je vous laisse le soin de retrouver, découvrir, apprécier … Nous sommes là bien loin d’une conception étroitement réductrice du yoga. Si jamais vous sentez que « votre » pratique du yoga dérive un tantinet, un atelier de Vision du Soi serait susceptible de la réaligner, de retrouver un corps bien accordé. N’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez … !

4 – Cette notion de « simple » – si centrale dans la Vision du Soi – s’exprime assez souvent par cette exclamation de dépit entendue lors d’ateliers : « Mais non, c’est trop simple ! » Sous-entendu : la Vision du Soi est beaucoup trop simple pour être ça, pour constituer une voie d’accès sérieuse à Cela.

Et pourtant. C’est nécessairement simple puisqu’il s’agit de dé-couvrir notre Vraie Nature, notre « Visage originel », notre véritable identité en deçà de toutes les identifications. C’est cette (sainte) simplicité qui est justement (R)évolutionnaire. Mais que les stakhanovistes se rassurent, la force de plusieurs dizaines d’années d’identifications est si puissante, le conditionnement du « monde » si permanent, que l’ouvrage est toujours à remettre sur le métier ! L’agréable travail de retour Ici au Centre est … « inépuisable » ! Tout comme « ces paroles de l’errant », tout comme … l’œuvre de Bobin ! Tout comme Thomas :

« Le vieillard n’hésitera pas à interroger l’enfant de sept jours à propos du Lieu de la Vie et il vivra. »

Logion 4

N’hésitez pas à interroger la Vision du Soi !

 
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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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