… le sage vit un éternel orgasme !

Les voies du Seigneur étant impénétrables, c’est en entendant une interview de Catherine Millet sur France Culture à propos de son dernier livre : « Aimer Lawrence », que m’est venue l’idée de cet article.

Le Lawrence (0) en question est bien sur David Herbert Lawrence, l’immortel auteur de « L’amant de Lady Chatterley ».

Frieda et D. H. Lawrence, 1923

A l’entendre, il m’a surtout semblé que Catherine Millet « aime » essentiellement Catherine Millet … Mais en tous les cas, elle a su trouver les mots pour reconnaître la profonde compréhension que D. H. Lawrence avait des femmes en général et de l’orgasme féminin en particulier. Elle m’a donné envie d’aller relire quelques passages de ce magnifique roman. Et notamment cet extrait du chapitre dix¹ :

Parkin & Lady Chatterley Jean-Louis Coullo’ch & Marina Hands

« Alors, comme il commençait à bouger dans l’orgasme soudain où elle s’abandonnait, de nouveaux frissons s’éveillèrent en elle, qui couraient en elle en frémissant. En frémissant, frémissant, frémissant, comme le battement léger de douces flammes, douces comme des plumes, s’élevant parfois à des points éclatants, fines, subtiles, et qui la fondaient et la laissaient toute fondante au-dedans. C’était comme un son de cloche montant de vague en vague jusqu’à un point suprême. … ²

Cette voix sortie des plus profondes ténèbres de la nuit : la vie ! l’homme l’entendit sous lui avec une sorte de terreur. »

En fait c’est un retour à la vie – une  résurrection ! – que Lawrence nous donne à lire, ni plus ni moins. Il y est question de plaisir charnel³, certes, mais ce plaisir vécu simplement – na(t)ïvement – constitue une porte vers quelque (non) chose de beaucoup plus vaste, de total et d’absolu, qu’il est bien difficile de définir par un nom … l’Esprit … le Soi …

N’allez surtout pas colporter une incompréhension sexiste et limitée de ma lecture : je ne veux absolument pas dire que Constance « re-naît » grâce aux allers-retours du sexe de Parkin en elle … Non, tous deux renaissent à une vie infiniment plus vaste, qu’elle découvre, et que lui aussi redécouvre … à reculons, en maugréant, « avec une sorte de terreur » :

« – Quelles complications ? demanda-t-elle, déçue.

– C’est toujours ainsi. Pour vous aussi bien que pour moi. Il y a toujours des complications.

Il marchait à pas fermes dans l’ombre.

– Regrettez-vous ? dit-elle.

– En un sens, répliqua-t-il en regardant le ciel. Je croyais que j’en avais fini avec toutes ces choses. Maintenant j’ai recommencé.

– Recommencé quoi ?

La vie.

La vie, répéta-t-elle, avec un étrange frisson. » (4)

Elle est peut-être là, finalement, la grande différence entre (la plupart des) femmes et (la plupart des) hommes : elles ne peuvent pas s’empêcher de chercher & trouver le passage vers la vie, la Grande Vie, alors que, par peur des « complications », nous nous contentons souvent de « marcher dans l’ombre à pas fermes » avec un regard méfiant vers le « ciel ». Bénies soient toutes les femmes qui nous aident à sortir de cette sordide impasse !

Quel que soit votre sexe et votre genre, si vous êtes las de « marcher dans l’ombre à pas fermes », essayez donc la Vision du Soi selon Douglas Harding. Après les quelques « frissons » initiaux, et si c’est ce que vous voulez vraiment, il se peut que vous trouviez – enfin – une voie pour vivre en sage :

« Le sage vit un éternel orgasme. »

« Le sage a pour corps l’univers entier. »

Upanishads

Ces promesses étant considérables, comme d’habitude n’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez !

 

Cordialement

 

0 – Cf. aussi, surtout, l’article correspondant sur wikipedia anglais., qui est naturellement infiniment plus riche.

¹ – Pages 244 et 245 dans l’édition 2006 Folio Classique chez Gallimard.

² – Ce n’est pas par un excès de pudibonderie que je tronque ce magnifique passage. Il me semble qu’il y aurait une indécence certaine à le déballer brusquement hors contexte, que ce serait une maladresse qui nuirait à une véritable compréhension de ce grand livre. Je vous invite plutôt à relire tout le chapitre dix ou mieux, de trouver le temps pour lire & relire tout ce roman empreint de finesse et de profondeur de vue.

³ – Au sens de plaisir corps & mental, de plaisir corps & âme au sens de Michel Fromaget. Une conception anthropologique réduite et erronée de l’être humain entraîne assez logiquement une compréhension non moins réduite et erronée de l’activité sexuelle, ce que Lawrence appelait « le sexe dans la tête ». Vivre la dimension sexuelle de l’existence en dehors de la complétude « corps & âme – Esprit », c’est passer à coté de sa richesse … Ce serait bien dommage !

Un ouvrage de Clifford Bishop, « Le sexe et le sacré », paru aux éditions Albin Michel dans la collection Sagesses du monde s’efforce de donner un panorama de la question. Michel Cazenave écrit dans sa postface :

« De l’extase … Le mot est prononcé. Mot plus que religieux : mot profondément mystique, qui marque dès l’abord ce lien interne, organique, spirituel en même temps, du sexe et du divin ; où se traduit et s’accomplit à la fois le dialogue, l’échange, le processus de réunification de la créature à l’absolu de son principe. »

4 – Toujours dans le chapitre dix, mais un peu plus tôt, pages 221 et 222 dans l’édition 2006 Folio Classique chez Gallimard.

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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