Le Procès … – Témoin à charge n° 17, l’athée

 » Seul le Tout, l’ensemble des choses, est en position de s’apprécier lui-même, dans sa propre unité, à partir de la Non-chose en son Centre. Position qui est la tienne – exactement là où tu es et ce que tu es en ce moment même, en tant que Première personne du Singulier. Quel veinard !

[…]

On m’accuse d’être un simple fragment du Tout qui prétend être le Tout et bouleverse ainsi les autres fragments. Ma défense consiste à prouver que c’est ridicule. Au mieux, c’est une vérité si partielle qu’elle équivaut à un gros mensonge.

[…]

La célèbre phrase de Gertrude Stein : « Une rose est une rose est une rose est une rose » peut sembler une vérité de Lapalisse poussée à l’extrême. En fait, c’est absurde. La rose n’est pas une rose, pas une rose, pas une rose. Elle n’est rien du tout sans le rosier et tout ce dont il a besoin pour exister, c’est-à-dire beaucoup de choses. Elle n’est rien du tout sans les feuilles, la tige, la racine, l’humus, l’air, la pluie et le soleil, et ainsi de suite, indéfiniment. Elle n’est rien sans le Tout. En vérité, elle n’est rien de moins que l’univers bourgeonnant et fleurissant, ce vieil univers si fruste parvenu à son éclosion, la plus belle des éclosions, de couleur rose et au parfum de rose.

Ce qui est vrai pour la rose est vrai pour moi. Je ne suis pas John a-Nokes, pas John a-Nokes, pas John a-Nokes.  Je ne suis rien sans tout ce qui est nécessaire à l’existence de John a-Nokes, ce qui revient à dire sans le reste du monde. Pour moi, prétendre que je suis John a-Nokes entier et complet dans ce petit bonhomme, ce fragment non viable, qui s’appelle John a-Nokes par pure commodité,  c’est de l’orgueil, c’est stupide et c’est un blasphème.Par contre, reconnaître que je n’apparais sous la forme de John a-Nokes qu’avec la gracieuse permission du Tout, de l’Un, de Celui que je suis vraiment, c’est une attitude humble, c’est le bon sens, c’est le remède contre le blasphème.

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Vu sous tous les angles et à toutes les distances, en tant qu’objet j’ai une variété infinie d’apparences, le tout-ce-que-l’on-peut-imaginer cosmique. Quelle différence avec ce que je vois de moi-même en tant que Sujet, à zéro distance de moi-même ! Ici je suis éternellement un et toujours le même. Ici et maintenant,  je suis Unique, je suis la Conscience Une et Indivisible qui n’est ni une chose, ni à l’intérieur d’aucune chose, ni la propriété d’aucune chose. Au contraire, toutes les choses sont en Elle et procèdent d’Elle.

[…]

La vision fausse, celle de l’œil humain, porte au monde un coup presque mortel. Elle le divise en deux : une partie appelée « moi » et une autre appelée « non-moi », une petite chose qui regarde, ici, et une grande chose regardée, là-bas. Pas étonnant qu’il y ait du sang partout !

[…]

La troisième conséquence de ce déplacement de mon Centre, c’est que j’ai soudain accès à des énergies indisponibles jusqu’à présent. Désormais je ne peux plus nier ma responsabilité par rapport au mal qui sévit dans le monde, je ne peux plus rester planté là sans rien faire. Dans la mesure où je m’appuie sur la Perfection au Centre, je trouve la volonté et l’énergie nécessaires pour combattre son contraire là dehors, à ma propre façon qui ne peut être qu’unique.  Les êtres éveillés sont des travailleurs, non des fainéants. Paradoxalement, c’est parce que la guerre est déjà gagnée ici, où nous sommes l’Un, l’Unique et où il n’y a Rien à faire, que nous pouvons nous mettre à l’ouvrage de tout notre cœur, là dehors, où nous sommes légion, tous différents, et où tout est à faire.

Mais à quoi bon parler de ce déplacement de point de vue qui transforme le monde; sans l’effectuer réellement et le maintenir ? »

 

Après ce long extrait, quelque chose de léger par notre pianiste préféré.

Cordialement

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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