L’avertissement du Président ? – Marie Balmary

L’avertissement du Président ?

Les Orwelliens, 23 juin 2017

« Marie Balmary (0), psychanalyste et écrivain, publie régulièrement des recherches sur les fondations de la parole dans nos mythes et récits d’origine. Elle se penche ici sur le dernier morceau musical choisi pour l’investiture d’Emmanuel Macron à l’Élysée, « l’Air du champagne » du Don Giovanni de Mozart¹, dont le personnage éponyme « finit mal ». Faut-il interpréter cela comme un avertissement ? »

&

« Notre Président, en homme particulièrement cultivé et attentif aux symboles², avait soigneusement composé le programme musical de son investiture à l’Élysée. Programme parfaitement approprié, avec cependant un dernier choix qui a étonné ceux qui connaissent cet air, l’un des plus brillants de Mozart.

Voici le détail de ce programme dans le commentaire de Laure Mézan, Radio Classique :

« J’ai l’impression qu’Emmanuel Macron a choisi à la fois des musiques assez institutionnelles et protocolaires – […] Cyprès et Lauriers de Saint Saëns, […] et la musique de Berlioz (« L’Apothéose »), […] A côté de cela on a pu entendre des œuvres assez légères et pétillantes, que ce soit la musique d’Offenbach, avec l’Ouverture d’Orphée aux enfers, la Danse hongroise N°5 de Brahms et surtout « l’Air du champagne » de Don Giovanni de Mozart. »

Surtout ? En tout cas, le seul air chanté de ce moment solennel. Des paroles, donc, une histoire. Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il choisi de nous emmener au premier acte de Don Giovanni ? Certes, ce morceau était particulièrement adapté à la circonstance puisque, dans l’opéra même, il ouvre une fête³.
Cependant, il y avait sans doute plus que cela dans ce choix puisque la journaliste de Radio Classique poursuit :

« C’est d’ailleurs le choix qu’Emmanuel Macron avait fait dans le cadre des Élections Classiques 2017 organisées par Radio Classique ! »

« C’est l’un de mes opéras préférés » avait-il dit. « J’aime beaucoup ce personnage de Don Juan qui est un homme de liberté (4). Il y a derrière ce personnage quelque chose qui relève de notre histoire et qui est fondamental, c’est cet amour immense pour la liberté ».

Si l’on examine maintenant les paroles qui ont été chantées, leur contenu donne à réfléchir. D’abord resituer l’air dans ce premier acte : Don Juan a déjà séduit plus de « mille e tre » femmes et tué le Commandeur, un père qui voulait défendre sa fille et sa maison. Au passage d’une noce de campagne, il entreprend à présent de séduire la mariée, Zerline, qui tout d’abord proteste :

«- Mais seigneur, je lui ai donné ma parole de l’épouser.

– Une telle parole ne vaut même un zéro. Vous n’êtes point faite pour être paysanne … »

Avec l’aide de son serviteur, il fait éloigner le futur mari par des paroles, puis en le menaçant de son épée. Don Juan esquive les rencontres avec les personnages qu’il a gravement offensés et retrouve son valet. Celui-ci, qui songe à le quitter lui a tout de même bien préparé les choses : il a fait boire les gens de la noce, bref, préparé le poulailler pour le renard (5). Don Juan l’en félicite :

« – Bravo, bravo, archibravo ! L’affaire ne peut aller mieux. Tu l’as commencée, je saurai la terminer. Ces petites paysannes ne me plaisent que trop ; je veux les divertir (6) jusqu’à ce que vienne la nuit. »

C’est alors qu’il chante cet air, une coupe à la main :

« – Jusqu’à ce que du vin ils aient la tête échauffée, une grande fête tu feras préparer. Si tu vois sur la place quelque fille, avec toi elle aussi tâche de l’amener. Sans aucun ordre que la danse soit ; qui le menuet, qui la follia, qui l’allemande tu feras danser. Et moi pendant ce temps sur un autre chant avec celle-ci ou celle-là je veux batifoler. Ah, ma liste demain matin d’une dizaine tu devras augmenter ! » (7)

 

Don Juan est celui qui fait éclater les alliances, se moque des fidélités, met le désordre dans les relations et les places sociales, le désymbolisateur par excellence (8). La danse même n’obéira à « aucun ordre ». Émancipé de toute loi, il veut, par séduction ou par force, les avoir tous sous son emprise. Ses paroles d’amour : ruses de chasseur. Il parvient à faire changer d’avis certains personnages, leurs désirs s’égarent ou sont impuissants – le valet voudrait partir mais ne le peut, Zerline d’abord assez séduite, puis consciente du danger, n’arrive plus à être crue et ne peut plus qu’avoir peur de cet homme qui dira plus tard :

« Je ne souffre pas d’opposition. »

Finalement, la seule opposition que Don Juan ne pourra ni séduire, ni fuir, ni supprimer, ce sera la mort. (9)

L’effet Don Juan ?

Dans la marche qui doit permettre à la France de dépasser le clivage gauche-droite et le chamboulement qui l’accompagne, on peut voir un bénéfice, celui qui était recherché : une sortie du vieux système des partis, une heureuse recomposition du paysage politique, la liberté pour des responsables de changer d’avis, un regroupement des personnes qui ont plus en commun que le système précédent ne permettait de le voir. Un nouveau rassemblement pour une action nouvelle (10).

Cependant, on peut aussi, librement, s’interroger : n’y aurait-il pas « en même temps » un effet Don Juan ? Parmi les acteurs politiques, certains semblent non seulement rompre des fidélités à d’autres, mais encore à eux-mêmes, disant aujourd’hui publiquement le contraire de ce qu’ils ont publiquement professé hier et, pour rejoindre le Président, modifier les engagements donnés à ceux qu’ils représentaient hier encore ?

Une question : quel rapport entre Emmanuel Macron et Don Juan ?

Pour cela, on peut revenir, en l’écoutant cette fois, à l’interview d’Emmanuel Macron menée par Guillaume Durand (Radio Classique). J’en retiens deux moments :

Emmanuel Macron. – … Mais en même temps, qu’est-ce que la France ? c’est une aspiration à l’universel, c’est une volonté d’autonomie des indi … , c’est un pays qui a son histoire, qui a d’abord été judéo-chrétienne, qui s’est émancipée de celle-ci, qui s’est nourrie … mais à chaque instant la France, elle est elle-même quand elle aspire à l’universel, à un peu plus qu’elle. […]

Guillaume Durand : – Voilà la musique que vous avez choisie, comme tous ceux qui viennent nous voir ce matin. (Radio Classique fait alors entendre le début de l’Air du champagne.)

GD – Pourquoi vous avez choisi ça ?

EM – Parce que c’est l’un de mes opéras préférés, parce que j’aime beaucoup le personnage de Don Giovanni ou de Don Juan. Qui est un homme de liberté. Ça, c’est ce qu’on appelle l’air du champagne. Il y a… il finit mal, hein ? …

GD – C’est pour ça. Je trouve ça bizarre que vous ayez choisi ça …

EM – Mais parce qu’il y a dans le personnage de Don Giovanni quelque chose …

GD – … parce qu’on a beaucoup dit : Macron, c’est un séducteur, c’est Don Juan …

EM – Non mais ça, ça ne m’intéresse pas tellement, vous savez … mais parce qu’il y a … dans la politique … on confond la séduction et la conviction, la volonté de convaincre. Mais il y a derrière ce personnage quelque chose qui relève de notre histoire et qui est fondamental, c’est cet amour immense pour LA LIBERTÉ !

 

Cet air inscrit dans les réjouissances de l’élection présidentielle peut-il aussi nous avertir d’un danger, puisque c’est le chant d’un homme qui « finit mal » (titre original : Il dissoluto punito ossia Don Giovanni) d’après celui-là même qui nous le fait entendre ?

Si c’est un avertissement, comment le déchiffrer et lui répondre ?

Le président nous dit-il : ne me laissez pas aller au devant de la punition de Don Juan, ne me laissez pas vous défaire ? Si tel est le cas, merci, Monsieur le Président, merci de nous prévenir. Car ce n’est pas Don Juan qui a été élu Président de la République française, c’est vous. » (11)

 

Cordialement

 

0 – Les articles de volte-espace en lien avec cette femme remarquable sont accessibles par l’étiquette Marie Balmary.

¹ – Bien que sa fiche wikipedia, des plus succinctes, ne le mentionne pas, Marie Balmary a une formation & une pratique de la musique et du chant, qu’elle utilise fort à propos. Par exemple dans « Le moine et la psychanalyste », où Mozart apporte quelques magnifiques « réponses » aux interrogations & doutes de Ruth et Simon. Pages 55 et suivantes de l’édition Albin Michel 2005 notamment, avec un air, « Dove sono », commun à la Messe du Couronnement et aux Noces de Figaro.

² – Qu’est-ce qu’un « homme particulièrement cultivé et attentif aux symboles » ?

Certes le parcours d’Emmanuel Macron est tissé de culture depuis son plus jeune âge, et notamment de musique. Certes il a été formé dans un établissement jésuite, avant d’étudier la philosophie et d’approfondir les pensées de Machiavel et de Hegel. Certes il a assisté Paul Ricoeur et participé à la revue Esprit. Certes son histoire d’amour avec sa femme Brigitte s’ancre sans doute dans la joie d’un intense partage culturel. Et je dois commencer par dire que je me félicite de l’existence de ce solide fondement culturel : E. Macron n’est pas qu’un banal « produit » Sciences-Po/ENA/Inspection des finances/Cabinets ministériels … Le sujet de cet article semble d’ailleurs confirmer que c’est un homme … plein de surprises !

Mais … est-ce que cet homme là – et tout homme en fait – peut être qualifié de « cultivé » sans la connaissance de, pour faire court, « L’hypothèse de travail minimale » d’Aldous Huxley, sans la prise au sérieux de cette hypothèse « spirituelle » et la pratique nécessaire pour parvenir à l’incarner au quotidien ? (NB : ce texte court résume une vie d’études, de recherches, de pratique et de partage dans la continuité de « La philosophie éternelle ».)

Est-ce que cet homme apparemment accompli dans la dimension corps & mental, c’est-à-dire « cultivé » tel qu’on l’entend généralement, est, non seulement ouvert à la dimension de l’Esprit, mais conscient de l’importance décisive de la complétude « corps & âme – esprit » (Michel Fromaget) aussi bien dans une perspective individuelle que sur le plan social ? Je l’espère vivement, mais je vais m’autoriser à douter encore un peu …

Quelques extraits d’un Rendez-vous politique sur le thème « Foi, laïcité, Europe » sur le site de La Vie, en date du 15/12/2016, sont de prime abord plutôt rassurants :

La place de la religion dans la société :

« Chaque individu est libre de croire de manière très intense. Je ne demande à personne d’être discret dans sa pratique religieuse, ou modéré dans ses convictions intimes. Mais en tant que citoyen, l’attachement aux règles républicaines est un préalable. C’est notre socle commun. (…) Ceux qui veulent réduire l’histoire de France à l’affrontement entre un monothéisme et d’autres religions font fausse route, tout comme ceux qui veulent lutter contre toute forme de spiritualité. Je ne crois ni à la République érigée en croyance religieuse ni à l’éradication des religions. »

Son rapport intime à la religion :

« Je me suis fait baptiser à l’âge de 12 ans. C’était un choix personnel, ma famille étant de tradition plus laïque. Je l’ai fait au moment de mon entrée à la Providence, une école de Jésuites d’Amiens, qui m’a apporté une discipline de l’esprit et une volonté d’ouverture au monde. Après j’ai moins pratiqué. Aujourd’hui, j’ai une réflexion permanente sur la nature de ma propre foi. Mon rapport à la spiritualité continue de nourrir ma pensée mais je n’en fais pas un élément de revendication. »

La déchéance de nationalité :

« C’est un rapport philosophique au bien et au mal qui a déterminé mon positionnement. Penser rassurer le peuple en prétendant chasser le mal radical en dehors de la communauté nationale est une promesse dangereuse et intenable. Car il y a du mal radical en nous et il continuera à vivre. La clé c’est éduquer et prévenir, même si c’est très dur dans ces moments-là. (…). »

L’Europe :

« Nous renouons actuellement avec la guerre des religions qui oppose l’Europe catholique et l’Europe calviniste et qui historiquement a toujours conduit l’Europe à sa perte. Les pays de culture protestante reprochent à certains États de ne pas avoir fait les réformes. Ils disent : « Ils ont failli, il faut qu’ils paient jusqu’au bout. On ne reviendra à aucune politique de solidarité. » Les pays de culture catholique, dont la France fait partie, disent : « Certes, certains pays ont commis des erreurs pendant 10 ans, mais ils ont payé le prix. Il faut revenir à de meilleurs sentiments. » Cela fait quatre ans qu’on s’use dans cette guerre de religion et de culture. C’est ce qui a chaque fois a tué l’Europe. »

³ -Une « fête » … ? Plutôt un moment très ambivalent, puisque le mariage de Zerlina et Masetto n’est pour Don Giovanni qu’une occasion de prédation un peu plus excitante qu’une autre.Cet « air du champagne » préfigure en quelque sorte les soirées « au bonheur des dames »

Est-ce que derrière la « fête » de l’investiture, moment solennel des « épousailles » de la Nation et du Président, se cacheraient des prédateurs à l’affût, bien décidés à passer à l’acte ?

4 – Impossible de séparer le Don Giovanni de Mozart du mythe de Don Juan. Et cet homme là me semble plus épris de libertinage que de véritable liberté. Il se situe à mille lieues de la proposition : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (καὶ γνώσεσθε τὴν ἀλήθειαν, καὶ ἡ ἀλήθεια ἐλευθερώσει ὑμᾶς.) Jean 8,32

Cette « vérité » étant bien entendu celle de l’amour – Agapé (ἀγάπη) – que tous les Don Juan semblent craindre et fuir plus que la peste ! Très étonnant que cette évidence ne saute pas aux yeux d’E. Macron, censé être un homme « cultivé ». Un dommage collatéral de cette culture trop unidimensionnellement « corps & mental » sans doute …

Sans nul doute il y a bien là de l’inconscient que l’écoute avisée – musicale & psychanalytique – de Marie Balmary a relevé. Cette performance, très éloignée des registres de la critique politique et de la triste jalousie qui alimentent le buzz depuis les élections présidentielle et législatives, va peut-être lui apporter la célébrité qu’elle mérite, qui sait !

Il me semble que les philosophes ont parfois bien du mal à évoluer de l’amour de la sagesse à la sagesse de l’amour … ! La Vision du Soi selon Douglas Harding pourrait les y aider. Il leur suffirait d’un peu d’audace !

5 –« Noce de campagne … paysanne … poulailler … renard » : quelques mots qui évoquent un contexte rural. J’ai la chance d’habiter la campagne, de croiser des renards en maraude très régulièrement, de prendre soin d’un potager et d’un verger … Je n’irai pas jusqu’à ressortir cette vieille exagération, voire sottise : « la terre, elle, ne ment pas » (Emmanuel Berl), mais je suis persuadé que bien des illusions propres à une certaine hypermodernité urbaine engendrent un désordre croissant, du langage et des actes, qui menace la civilisation. La ville dépend des campagnes qui la nourrissent au moins autant que le chef a besoin de ses subordonnés. La ville hors sol n’existe pas, n’existera jamais. « L’avenir sera rural … » de Pierre Gevaert et, plus récemment « L’humanité en mal de terre ».

6 – « Je veux les divertir  jusqu’à ce que vienne la nuit. »

Don Juan a le « mérite » d’annoncer clairement son programme et, dans le cadre de ce « dramma giocoso », pourquoi pas … Mais cette réplique ne décrit-elle pas aussi la réalité du monde actuel, où une surpuissante industrie du divertissement et de la publicité, conjuguée au théâtre en continu de la vie publique, détournent continuellement l’attention de ces nombreuses crises qui forment système, et nous rapprochent peu à peu de la « nuit » de l’effondrement civilisationnel, des ténèbres … ?

7 – Le wouèbe n’offre pas un grand choix de vidéos de « l’air du champagne ». Espérons que cet article de Marie Balmary l’étoffe un peu ! Mais Teddy Tahu Rhodes, chanteur d’opéra néo-zélandais né en 1966, me semble mériter ici son nom maori qui signifie « allumer le feu ». Il incarne bien la vulgarité foncière et l’égocentrisme de Don Giovanni … un chippendale pré-moderne.

Ci-dessous les paroles en italien et une traduction très légèrement différente :

« Fin ch’han dal vino Calda la testa, Una gran festa Fa’ preparar.
Se trovi in piazza Qualche ragazza, Teco ancor quella Cerca menar.
Senza alcun ordine La danze sia, Chi’l minuetto, Chi la follia, Chi l’alemanna Farai ballar.
Ed io fra tanto Dall’altro canto Con questa e quella Vo’ amoreggiar.
Ah, la mia lista Doman mattina D’una decina Devi aumentar. »

« Tant que le vin Leur échauffe la tête, Fais préparer Une grande fête.
Si tu trouves sur la place Quelque fille, Tâche de l’amener Elle aussi avec toi.
Que la danse n’obéisse À nulle ordonnance, Tu feras danser À l’une le menuet À l’autre la contredanse, À celle-ci l’allemande.
Et moi pendant ce temps,  De mon côté À celle-ci et à celle-là Je veux faire la cour.
Ah ! demain matin Ma liste devra Être plus longue D’une dizaine. »

« Ordonnance », « ordonnance » … vous avez bien dit « ordonnance » ?!

8 – Whaou ! Marie Balmary n’y va pas avec le dos de la cuillère, surtout quand on connaît – un peu – l’importance cruciale qu’elle donne aux mots et réalités suivantes : « alliance … relation … place symbolique … ». Elle éclaire ce qui est « fondamental » chez Don Giovanni & Don Juan : sa dimension dia-bolique à proprement parler, qui se situe bien au-delà du simple libertinage et qui donne toute sa puissance au mythe et aux œuvres qu’il a inspirées.

Étant lui-même dévoré par sa pulsion d’emprise, esclave du verbe avoir, dans l’incapacité d’être un sujet libre en relation juste avec d’autres sujets libres, Don Giovanni & Don Juan en est réduit à faire la seule chose qu’il sait & peut faire : « manger l’autre » qui pour lui n’est qu’un objet.

Pour qui a un peu lu l’œuvre de Marie Balmary – et même pour qui en ignore tout – c’est là l’abomination de la désolation, le stade ultime de la dés-humanisation ! Ce n’est donc pas étonnant qu’elle ait écrit, à chaud mais avec sa prudence coutumière (deux questions dans la conclusion), cet article infiniment nécessaire : une « faute » est bel et bien « tapi (sic) à l’ouverture » du quinquennat Macron … Elle le guette comme elle nous guette aussi : nous voilà désormais citoyens de l’Éden ou de Thèbes autant que de la République française … de quoi s’inquiéter un peu …

« La danse même n’obéira à “aucun ordre” : c’est pire, puisque le désordre est construit soigneusement par cette programmation de danses d’origines et de caractères (tempo, technique, …) différents voire opposés. (Comme mes compétences dans ce domaine sont limitées à la « danse » à skis dans la poudreuse … je ne développerai pas !)

L’actualité nous offre d’ailleurs un bel exemple de ce  « Je ne souffre pas d’opposition » avec la polémique concernant les 850 millions d’euros d’économies réclamées cette année aux armées :

« La république ne marche pas comme cela. Si quelque chose oppose le chef d’état-major des armées au président de la République, le chef d’état-major des armées change »

E. Macron – Journal du dimanche du 16 juillet 2017

9 – Cette remarque a le mérite de poser clairement l’alternative : seule la « mort » de l’ego permet l’accès à la Vie véritable, à la vie de sujet parlant en son nom propre, au Soi, au Royaume, … La Vision du Soi propose plutôt de remettre l’ego à sa juste place, qui est seconde. Mais ça revient presque au même pour l’ego, puisque céder sa première place est encore pire que la mort …

10 – Marie Balmary détaille ici ce qu’on appelle communément une « crise ». La mutation a bien du mal à advenir car tout ce qui est « vieux » refuse de mourir et que ce qui est « neuf » peine encore à naître. Dans cet « interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés », et il faudra bien toutes les ressources de ses analyses, des expériences de la Vision du Soi et « une réflexion autrement exigeante, un effort de patience, c’est-à-dire d’intériorité » pour trouver une sortie humaine honorable  …

11 – Un citoyen averti en vaut deux … qui se mettent en marche : merci Madame Balmary !

Merci de nous avoir prévenus qu’Emmanuel Macron, « un jeune homme si parfait », conserve une inquiétante part d’ombre, et merci de nous avoir aidés à lire cet acte manqué si bien réussi.

A nous désormais de veiller à ce que sa rhétorique ne s’éloigne pas de l’éthique simplement mais clairement formulée par la devise républicaine : « Liberté & Égalité & Fraternité », ou approfondie par Paul Ricœur (« Soi-même comme un autre », …), Jürgen Habermas (« Théorie de l’agir communicationnel », …) et quelques autres.

A nous de faire en sorte que la République (en marche) fasse sienne cette sage, modeste et réaliste réflexion d’Albert Camus :

« … Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »

Discours de réception du Prix Nobel de littérature, Oslo le 10 décembre 1957

A nous de nous approprier les concepts et outils qui permettent de « convaincre sans manipuler ».

A nous de faire connaître largement cet « avertissement du Président ? ».

 

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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