La Voie du guerrier

La Voie du guerrier (0)

« Il y a quatre ans le cancer¹ et son arrivée brutale m’a rappelé  dans la douleur une évidence à méditer pour toute personne engagée sur une voie spirituelle, quelle qu’en soit la forme :

l’Essentiel réside dans la pratique, maintenant.²

Jusque-là tout le monde est d’accord. Mais le secret de la pratique réside dans l’engagement et dans l’intensité de cette fameuse pratique. Dit autrement, de manière familière, il existe  une pratique « plan-plan », tiède, cool, peu exigeante, une pratique de « train-train » dont le mental arrive à nous persuader que c’est bien suffisant.³

La vraie pratique est toute autre. C’est celle où je joue ma peau,  celle qui s’impose quand l’incertitude et la mort rôdent, la pratique du guerrier sur le champ de bataille, « férir ou périr » selon l’expression du Moyen-âge. (4)

Le paradoxe est que cette pratique intense est une pratique de non action, d’abandon, de lâcher-prise, de détente, de simplicité, d’innocence, d’émerveillement et de Joie. Or nous associons généralement l’intensité du guerrier à l’action, l’affirmation, la tension, la volonté, l’héroïsme et le drame. (5)

Nous sommes dans une situation où l’incertitude et la mort rôdent, nous sommes donc dans une situation favorable à l’expérience de ce paradoxe. Nous sommes dans la meilleure situation pour une pratique intense et détendue,  une pratique connectée à l’Essentiel, une pratique joyeuse.

Nous sommes dans une situation – différente pour chacun  – qui est réellement favorable pour faire de notre quotidien un Ashram. (6)

Christiane Singer a écrit il y a presque trente ans :

Christiane Singer – 1943 & 4 avril 2007

« Le défi de notre époque n’est ni un défi économique, ni un défi politique, ni un défi scientifique, c’est un défi d’ordre à la fois psychique et mystique.

Si dans ce monde où elle menace de disparaître, nous ne réveillons pas en nous la dimension d’éternité, de contemplation, d’accueil, la dimension féminine et sacrée. Si nous ne créons pas ces enclaves de silence où la frénésie se trouve suspendue, nous aurons oublié nos vocations d’hommes et de femmes. » (7)

 

Imprégnons nos quotidiens d’Essentiel.

(8)

Courage. Confiance.

Alain et Corinne

Mardi 21 avril 2020

 

Cordialement

 

0 – Que ce ce titre martial ne vous rebute pas, surtout en cette période de pandémie de Covid-19 que d’aucuns assimilent – stupidement – à une « guerre ». L’indispensable mise au point concernant cette expression intervient juste en-dessous de la première illustration.

Il convient de ne pas se tromper de registre : le véritable « guerrier » dont il est ici question a toujours été, est et sera toujours celui qui s’engage dans « une transformation … totale du sens de la grandeur ». C’est un quidam extrêmement rare !

¹ – Les « happy few » proches d’Alain connaissent son histoire récente.

En lien direct avec celle-ci, quelques billets d’ipapy méritent toujours le détour :

Un des commentaires évoque également l’existence du blog « cancer je me soigne ».

Sur volte-espace :

² – J’avais été très heureux de mettre ici à disposition de tous un vieil éditorial (mars 1994) d’Alain Bayod  : « Les deux malentendus », qui traite de cette question, essentielle entre toutes, de « la pratique, maintenant », et contenant ce dialogue surréaliste :

« Est-ce que vous vous êtes entraîné souvent ? »

« Non très peu, pour ainsi dire pas du tout, mais quel rapport ? »

NB : l’insertion de la photo du visage d’Alain dans ce dessin du « Lotus bleu » doit dater plus ou moins de cette époque. J’ignore qui est le responsable de cette sympathique plaisanterie … en lien direct avec la Vision du Soi (Vision Sans Tête). C’est assurément le fait d’avoir rencontré cette dernière qui permettait à Alain de conclure ainsi :

« Alors si vous entendez quelqu’un remettre en cause des croyances comme le fait de mourir, le fait d’être incarné, si vous entendez, de plus, des gens vous dire que vous êtes parfait, que votre vraie nature est divine, que ce corps n’est qu’un véhicule terrestre, que vous êtes la pure conscience au delà du temps, de l’espace et de la causalité, est-ce que cela a un sens ou non  »

Vous connaissez sans doute cet adage zen, généralement attribué à Maître Dogen, qui dit, en gros : « la pratique c’est l’éveil, l’éveil c’est la pratique ». La traduction en termes de Vision du Soi selon Douglas Harding donne : pratiquer, c’est être espace d’accueil illimité & inconditionnel, être espace d’accueil illimité & inconditionnel, c’est pratiquer.

Est-ce qu’il est difficile de Voir – que nous sommes – cet espace ? Non, c’est au contraire l’évidence même. Parce que c’est « notre autoportrait », notre « visage originel », parce que nous sommes – tous – construits comme cela, d’une part. Et parce que nous disposons de la géniale panoplie d’expériences que Douglas nous a si généreusement léguée, d’autre part.

Dans un atelier, à moins de faire preuve d’énormément de mauvaise volonté, …

«… chaque participant ayant fait pivoter son attention de 180 degrés, et l’ayant portée sur ce qu’il est pour lui-même, selon sa propre expérience de l’instant présent […]  voit sa véritable nature, même si ce n’est que brièvement et provisoirement. »

Mais coïncider en permanence avec Ce que nous sommes nécessite cependant une « discipline assidue ». Les « imbéciles » qui, souvent sans même l’avoir testée, dénigrent une Vision du Soi qui serait trop « facile », pas assez « exigeante », dénuée de la « grandeur du combat spirituel » sont à cet égard dans l’erreur la plus totale.

« Ce qu’il fera ensuite de cette vision intérieure, s’il la pratiquera jusqu’à ce qu’elle devienne stable et naturelle, et donc parfaitement efficace, c’est là une autre question. »

« Dans notre méthode, méditer en vue de l’Illumination consiste à en jouir. »

³ – Ces mots, « engagement et « intensité », m’évoquent une phrase d’Arnaud Desjardins :

« Un OUI à 99 %, c’est un NON à 100 % ».

Comment parvenir à une certitude à 100 % concernant Ce que Je Suis ? Je colle ci-dessous un paragraphe de l’ancien billet accessible par le lien précédent :

Je suis certain que les expériences de Vision du Soi mises au point par Douglas Harding permettent à toute personne de bonne volonté de faire ce voyage essentiel, d’environ un mètre, depuis son apparence périphérique [« je suis humain »] jusqu’à sa réalité centrale [« Je Suis »]. D’en faire l’expérience physique immédiate, et pas de se contenter de descriptions de l’itinéraire de seconde main, aussi prestigieuses, précises, poétiques, exotiques, … soient-elles.

Qui nécessite au moins ces deux compléments  :

  • pour recueillir l’apport décisif de ce voyage d’un mètre lors d’un atelier de Vision du Soi, en plus de bonne volonté, encore faut-il être bien conscient de la réalité de sa situation dans la seule zone « je suis humain » de la carte ci-dessus, désespérée, et éprouver le désir farouche d’en sortir. Même si je suis en très bonne santé, aimé, comblé, … me contenter d’une part aussi réduite et limitée de la totalité constitue une impasse, la négation et l’échec de l’accomplissement d’une plénitude humaine promise et possible.
  • plus que d’une expérience immédiate seulement « physique », ce qui constitue déjà un fabuleux progrès par rapport à la simple consultation des récits de voyages de tierces personnes, cette expérience est véritablement totale, « corps & âme – esprit ». Seul ce déplacement – « the shortest way home » – permet à « l’âme », c’est à dire au mental, conscient & inconscient, de … reposer en paix ! Et c’est aussi, en notre époque moderne où un progrès « élan vers le pire » fait rage, un des très rares moyens efficaces d’accéder au … mystère de l’Esprit. N’en croyez bien sûr pas un traître mot, essayez, vérifiez !

Bref, la pratique de la Vision du Soi n’est en rien « une pratique « plan-plan », tiède, cool, peu exigeante, une pratique de « train-train » dont le mental arrive à nous persuader que c’est bien suffisant ».

En revanche, ce qui peut ressembler à ce « plan-plan tiède », c’est le partage de la Vision du Soi. Alain a fait le maximum, à Ardenne, dans l’entre-deux, puis au sein du contexte pas si facilitant que cela d’Hauteville. J’ai d’ailleurs du mal à imaginer un avenir florissant pour la Vision du Soi à Hauteville une fois qu’Alain s’en sera retiré … C’est surtout regrettable pour les chercheurs qui fréquentent cet endroit.

Est-ce que moi-même, avec la maintenance et le développement de ce site volte-espace, et sans engagement plus actif dans l’organisation d’ateliers réguliers, je ne serais pas en train de m’assoupir dans un « train-train bien suffisant » ? Je crois bien que si, et il va donc falloir réagir. Une fois de plus, merci Alain pour ce « little push ».

Est-ce que l’association des Amis de Douglas Harding agit au mieux de son efficacité, construit patiemment cette « communauté » spécifique des amis de la Vision … ?

4 – Faut-il que nous soyons profondément inconscients, si ce n’est idiots, pour ne pas voir que « l’incertitude et la mort rôdent » partout et toujours ! Et très précisément l’incertitude qui nous concerne personnellement et notre mort. En plus de toutes les maladies graves et de celles relatives aux soins, des accidents de circulation, domestiques et de loisirs, de la délinquance et du terrorisme, … il se trouve que nous sommes tous affectés par cette maladie mortelle, sexuellement transmissible et incurable appelée la vie. Douglas affectionnait la formule suivante :

« Naître, c’est entrer dans un long couloir de la mort ».

« Férir ou périr » : le verbe « férir » qui date du Xe siècle provient du latin « ferire » qui voulait dire « frapper ». Sans coup férir voulait initialement dire « sans frapper de coup », « sans combattre ».

À la fin du XIIe siècle, par extension, il a aussi signifié « se faire aimer de » ce qui s’explique par le fait que celui qui se fait aimer « frappe l’autre au cœur ». Plutôt intéressant ce glissement sémantique, non ? Et du plus grand intérêt pratique pour préciser le choix devant lequel chacun d’entre nous est placé : retrouver notre nature d’espace d’accueil illimité & inconditionnel, fondement d’un amour & agapé possible, ou périr.

5 – Cet oxymore d’une ascèse détendue n’est guère nouveau, puisque le Yoga-Sutra 1, 12 propose déjà cette combinaison paradoxale et indispensable :

« Abhyâsa-vaïrâgyâbhyâm tan-nirodhah »

« L’arrêt des pensée automatiques s’obtient par une pratique intense dans un esprit de lâcher-prise. »

Et Alain a longtemps été professeur de yoga au sens habituel du terme, et est toujours professeur de yoga au sens propre du terme. Son exigence tous azimuts l’a toujours tenu éloigné de toute forme de « yoga-spirine ».

La carte de la note n° 3 peut aussi aider à mieux comprendre le sens du lâcher-prise. « L’action, l’affirmation, la tension, la volonté, l’héroïsme … » qui conduisent nécessairement au « drame », se jouent dans l’étroite zone « je suis humain ». Seul le déplacement réel au Centre, en « Je Suis », constitue ce « lâcher-prise », généralement très mal compris. La seule action héroïque d’une vie humaine consiste à accomplir ce court voyage d’un mètre.

La Vision du Soi est un chemin difficile parce que pavé de « non action, abandon, … détente, simplicité, innocence », autant d’attitudes qui ne sont pas particulièrement valorisées par notre époque moderne. Mais il est en mesure de vous conduire sûrement à « l’émerveillement et à la Joie ». La Joie majuscule, la Joie sans objet, la Joie d’être la Source de l’Amour … Essayez, vérifiez !

6 – Toute situation est parfaitement favorable à l’expérience, à la fois paradoxale et évidente, aussi sérieuse que joyeuse, de l’asymétrie. Essayez, vérifiez !

« Faire de notre quotidien un Ashram … » ? Cette référence à l’ashram est bien sûr centrale pour Alain qui a étudié et travaillé dans plusieurs, dont Hauteville, et qui, avec Claudie et d’autres, en a créé et dirigé un : Ardenne. J’ai pour ma part une grande réserve envers toute structure collective de recherche spirituelle depuis que j’ai eu le bonheur de rencontrer Douglas et la Vision du Soi … Ça correspond aussi à ma nature qui, pour le meilleur et pour le pire, apprécie la « traversée en solitaire ».

7 – Les « happy few » lecteurs de volte-espace savent à quel point j’apprécie Christiane Singer. La citation provient d’une conférence prononcée à l’université de Cordoue en mars 1989, lors d’un colloque intitulé « Le futur de l’homme – un nouvel humanisme ? » Le texte intégral se trouve dans le recueil « Du bon usage des crises ».

Essayons d’actualiser ce texte : « Le défi de … la pandémie de Covid-19 n’est ni un défi économique, ni un défi politique, ni un défi scientifique, c’est un défi d’ordre à la fois psychique … retrouver le sens de la mesure … et mystique … réaliser que nous sommes cet espace accueil illimité qu’évoque toute la « Philosophie Éternelle » depuis .. toujours. Si dans ce monde où elle menace de disparaître, nous ne réveillons pas en nous la dimension d’éternité, de contemplation, d’accueil, la dimension féminine et sacrée. Si nous ne créons pas ces enclaves de silence où la frénésie … de production & consommation/compensation … se trouve suspendue, nous aurons oublié nos vocations d’hommes et de femmes. Et nous contribuerons activement à la destruction du monde. »

En complément du petit jeu d’insertion ci-dessus :

  • l’aspect mystique précède nécessairement l’aspect psychique : ce n’est qu’en réalisant notre vraie nature d’espace d’accueil illimité que nous retrouverons, naturellement, le sens de la mesure dans nos divers comportements.
  • la dimension sacrée est-elle nécessairement « féminine » … ? Vaste débat ! N’est-elle pas plutôt spécifiquement humaine ? N’est-ce pas en retrouvant « la dimension d’éternité » – le « Je Suis » central & la totalité de la carte ci-dessus – notre dimension « divine » si cela vous convient de la nommer ainsi, que nous devenons pleinement humain ?
  • il n’y a en fait rien à « créer » : nous sommes construits comme le montre la carte de la note n° 3 ci-dessus. Plutôt une bonne nouvelle, non ?

8 – Ces trois petits points … concernent dans l’article d’origine les « rendez-vous quotidiens » proposés par Alain & Corinne. Durant cette période de confinement, je me suis personnellement contenté, à tous les sens du terme, d’un « Please, continue zazen ».

&

Un commentaire au billet d’Alain sur ipapy mentionnait cette belle citation de Rabbi Nahman :

« Tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas. »

Il y aurait quelque chose à développer sur le thème : Tu ne vois pas à quel point tu ne vois pas ce que tu ne vois pas … !

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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