La parole entre les hommes … ou d’abord la Vision ?

« La parole entre les hommes », l’article figurant sur la page d’accueil du site de Bernard Ginisty mérite d’être lu, relu, commenté, médité, transmis, …

Socrates_Louvre
Socrate – Musée du Louvre

« L’histoire philosophique de l’Occident commence non par le traité d’un penseur en chambre méditant sur l’odyssée de l’esprit, mais par les “Dialogues” de Platon tenus dans les jardins d’Académie. C’est autour de l’existence et de la mort de Socrate, qui n’a rien écrit, que la pensée occidentale, à travers ces «Dialogues», ouvre son histoire. Il en est de même du christianisme. Jésus n’a rien¹ écrit, mais sa vie et sa mort ont conduit à plusieurs textes cherchant à le comprendre qui constituent ce qu’on a appelé le Nouveau Testament.

L’origine de ces deux grands ébranlements de l’esprit² occidental passe par la confrontation de points de vue à partir de la vie et de la mort d’hommes perçus comme exceptionnels. Dans le débat avec leurs contemporains, ces êtres ont préféré être victimes de la violence que de l’exercer. Depuis lors, les institutions scolaires ou religieuses ne cessent d’avoir la tentation de clôturer l’expression de ces ébranlements à travers des «pensées uniques». À l’appel à la responsabilité de devenir sujet de sa parole dans un échange allant du dialogue à l’amour³, les pouvoirs institutionnels tentent de substituer des savoirs clos qu’ils peuvent contrôler.

Nous sommes là au cœur de la problématique de l’évolution de nos sociétés. L’égalité de la «voix» de tous dans le débat public, quel que soit son niveau de richesse ou de savoir (c’est le sens du suffrage universel non censitaire, que le cens soit l’argent ou le diplôme), fonde la démocratie(4). Chaque point de vue est reconnu comme ayant une valeur a priori. Non pas valeur en termes d’expertise, mais de capacité de sens (5). Ce qui suppose un rapport non-violent entre les humains.

Pour le philosophe Emmanuel Levinas, l’acte fondateur de la possibilité de penser, c’est le “tu ne tueras pas” de la Bible. On ne discute pas pour arrêter la violence, car la discussion est impossible tant que règne la violence, mais on décide d’arrêter la violence pour ouvrir un espace à la discussion (6). De même la pensée est seconde par rapport à la décision de ne pas tuer l’autre. La vie spirituelle consiste essentiellement à lutter contre l’oubli de ces ouvertures premières (7).

À partir du moment où l’être renonce à la violence pour gérer le vivre ensemble et se tient dans sa capacité permanente à naître, l’espace politique ouvert ne peut être que celui de l’éthique de la discussion. En effet, dire que chaque être humain est porteur de signification ne veut pas dire que tout se vaut et qu’il suffit d’une vague tolérance pour vive une société. Il s’agit d’un engagement, parfois douloureux, dans la confrontation avec l’autre, par des personnes ayant renoncé à la violence pour surmonter leurs conflits et décidées à inventer ensemble un espace public plus humain.

La crise que traverse nos sociétés ne cesse de susciter une angoisse qui peut devenir source de violence. Plus que jamais, il nous appartient de faire vivre cette Parole entre les hommes qui peut seule nous préserver de la barbarie. »

 

Cordialement

 

¹ – Lors de l’épisode de la femme adultère, Jésus aurait écrit du doigt sur le sable, mais nous ne savons pas quoi … Plutôt que nous souvenir que Socrate et Jésus n’ont « rien » écrit, ne serait-il pas préférable de garder à l’esprit qu’ils ont justement vécu et parlé à partir d’un espace vide de tout concept, un espace de liberté absolue, cet espace d’accueil illimité et inconditionnel que nous sommes tous, même si assez peu d’entre nous en sommes encore conscients … ?

Plutôt que de nous souvenir de leur « mort », ne serait-il pas préférable de garder présent à l’esprit leur nouvelle naissance, chacun à sa manière, à une dimension de conscience située en-deçà de la mort … ? Nouvelle naissance qui est notre droit à tous, notre dignité et sans doute aussi notre devoir.

« Rabbi, où demeures-tu ? Venez et voyez. »

Évangile de Jean 1, 38-39

Ce « rien », lieu absolument central du Nouveau Testament, ce « tombeau vide », ne serait-il pas nécessaire et urgent d’y revenir et d’y demeurer … ? C’est en tous cas le projet de la Vision du Soi selon Douglas Harding.

² – L’âme peut être ébranlée, mais pas l’esprit & Esprit. Référez-vous aux travaux de Michel Fromaget pour voir clairement l’importance, décisive, de la conception anthropologique trinitaire Corps & Âme – Esprit.

³ – Cette belle proposition me fait bien sûr immédiatement penser aux travaux, essentiels,  de Marie Balmary.

4 – Pour Paul Valéry, « Démocratie n’a de sens non absurde que celui de possibilité de formation continuelle d’une aristocratie. » (« Cahiers », tome 2, Histoire-Politique, page 1498)

Une aristocratie du cœur, bien entendu. Le cœur au sens large, incluant cette intelligence du cœur dont nous aurions & avons tant besoin. Toutes les autres « aristocraties » ne sont-elles pas plutôt des nomenklatura, de simples « élites » esclaves de leur avidité d’argent, de pouvoir, de renommée …  ?

5 – Cette « capacité de sens » est-elle vraiment suffisante ? Ne serait-ce pas plutôt notre vraie Nature – de Bouddha, de Jésus, ou de mystère – qui fonde réellement la démocratie ? En fait le mot « capacité » se suffit à lui-même : nous sommes en effet essentiellement « capacité », contenant ultime.

Une démocratie sans spiritualité n’est-elle pas qu’un leurre, qu’une impasse totale, comme il devient malheureusement possible de le constater en bien des endroits du monde ? Vous trouverez matière à réfléchir à ces graves et passionnantes questions notamment du coté de l’association « Démocratie et Spiritualité ».

6 – Cet espace d’ouverture, à la discussion et bien au-delà, c’est pour moi l’espace d’accueil, illimité et inconditionnel, l’ultime contenant, que nous sommes, tous. Seules des personnes ancrées dans cet espace peuvent échapper à tout risque de contamination par la violence mimétique.

Il y aurait là matière à d’immenses travaux entre la « Troisième Voie » de Douglas Harding et les travaux de Lévinas, de René Girard, et de bien d’autres … Tout cela viendra en son temps : l’histoire de la Vision du Soi ne fait que commencer et elle promet d’être passionnante.

Mais il est vrai qu’il serait sans doute assez intelligent d’exploiter sans tarder toutes ses ressources pour éviter de plonger dans une barbarie qui se fait chaque jour plus pressante, plus oppressante.

7 – La vie spirituelle consiste essentiellement à lutter contre l’oubli de cette Ouverture première que nous sommes tous. La Vision du Soi selon Douglas Harding offre des outils simples et efficaces pour mener à bien cette lutte. Mais, n’en croyez pas un traître mot, venez plutôt tester et vérifier tout cela dans un atelier !

 

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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