« Il nous ment, il nous balade … » – Fabulous Trobadors.

C’est dans l’émission « Matières à penser » par Patrick Boucheron, intitulée Histoires d’adresses, et entendue partiellement lors de sa diffusion du 19 juillet 2020 que j’ai eu le bonheur de réentendre l’extrait musical choisi par l’invité, la chanson des Fabulous Trobadors : « Il nous ment ». (0)

 

L’animateur s’entretenait avec Mathieu Potte-Bonneville, philosophe, co-fondateur de la revue « Vacarme » et maître de conférence à l’ENS de Lyon¹. Tous deux se demandaient « d’où vient notre sentiment de dégradation haineuse de la parole publique, et comment ce durcissement s’accompagne-t-il paradoxalement d’un rétrécissement de l’espace de discussion ? » Et s’interrogeaient « sur les formes actuelles du débat public à la lumière de l’histoire des controverses. »

Pourquoi la parole publique est-elle – globalement -à ce point dégradée ? A cause du mensonge² – qui n’est pas véritablement une nouveauté en politique – mais qui semble être devenue une espèce de norme, la novlangue de l’effondrement démocratique. Un risque majeur pour les sociétés, une arme de destruction massive bien réelle.

A cet égard l’élection d’Emmanuel Macron – de très loin préférable, répétons-le, à celle de son adversaire – constitue un tournant décisif. Il semblerait qu’a été élu non pas un admirateur inconditionnel de Don Juan³ ayant déclaré :

« … il y a derrière ce personnage quelque chose qui relève de notre histoire et qui est fondamental, c’est cet amour immense pour LA LIBERTÉ ! »

… mais réellement un de ses disciples :

« Don Juan … celui qui fait éclater les alliances, se moque des fidélités, met le désordre dans les relations et les places sociales, le désymbolisateur par excellence. » (4)

L’amusante (enfin, pas tant que cela …) animation que vous trouverez à l’adresse qui suit : Bas les masques, n’est aucunement une invitation à ne pas respecter ce geste-barrière essentiel en période d’épidémie larvée. Juste un clin d’œil vu sur Médiapart suite à la constitution du nouveau gouvernement.

Question : le premier ministre, Jean Castex – qui comprend parfaitement le délicieux accent de ces deux troubadours et décode tout l’implicite toulousain – va-t-il continuer de servir cette novlangue « abracadabrantesque », sachant que même avec l’accent du terroir la novlangue reste la novlangue, un mensonge destructeur ? Au vu de ses premières déclarations, il semblerait que la réponse soit dans la question …

« Devinez ce qui se cache sous le mot remaniement ? »

 

Cordialement

 

0 – Les Fabulous Trobadors sont présents sur volte-espace avec le billet « Demain demain toujours demain ».

¹ – Mathieu Potte-Bonneville anime le site A Rabit hole.

« Cette émission, enregistrée début septembre 2019, n’avait pu être diffusée le 23 septembre 2019, comme prévu, pour cause de grève. »

² – Je n’ignore pas que nous vivons l’époque moderne de la « post-vérité », et que « le progrès y fait rage », mais je souhaite néanmoins exposer ici quelques « vieilleries » :

  • le Yoga sutra 2, 36 :

« Quand on est établi dans un état de vérité (« Satya« ), l’action porte des fruits appropriés. »

… replacé dans le contexte de 2, 31 :

« Les règles de vie dans la relation aux autres (« yamas« ) constituent une règle universelle, car ils ne dépendent ni du mode d’existence, ni du lieu, ni de l’époque, ni des circonstances. »

Le laconisme du genre sutra ne doit pas cacher que du mensonge ne peut résulter qu’une « dissociété« .

  • le proverbe « Entre quatre yeux pas de mensonge » … !

La Vision du Soi selon Douglas Harding montre – simplement, concrètement, joyeusement – qu’il s’agit sans doute là du plus gros mensonge, du générateur de tous les autres peut-être, et de toutes les difficultés qu’ils engendreront nécessairement : confrontation, affrontement … « rivalité mimétique » et « montée aux extrêmes ».

Vous – ni personne – n’avez jamais été « entre quatre yeux », dans l'(im)posture du face-à-face. C’est toujours face (visage) là-bas en périphérie à Espace Ici au Centre. Espace d’accueil illimité & inconditionnel, notre « autoportrait » à tous. Vérifiez !

  • Heureusement, comme disait Carl Rogers :

« Facts are friendly. »

(Toute la gent politique devrait lire & pratiquer Rogers ; cela éviterait beaucoup de souffrance, de désordre, de gaspillage, … Vœu pieux !)

³ – Pour reprendre cette histoire à son début, cf. le billet « L’avertissement du Président ?/1 – Marie Balmary ». Et éventuellement la suite de la série.

4 – Je colle ci-dessous un extrait d’un commentaire du billet indiqué dans le lien ci-dessus :

« Marie Balmary n’y va pas avec le dos de la cuillère, surtout quand on connaît – un peu – l’importance cruciale qu’elle donne aux mots et réalités suivantes : « alliance … relation … place symbolique … ». Elle éclaire ce qui est « fondamental » chez Don Giovanni & Don Juan : sa dimension dia-bolique à proprement parler, qui se situe bien au-delà du simple libertinage et qui donne toute sa puissance au mythe et aux œuvres qu’il a inspirées.

Étant lui-même dévoré par sa pulsion d’emprise, esclave du verbe avoir, dans l’incapacité d’être un sujet libre en relation juste avec d’autres sujets libres, Don Giovanni & Don Juan en est réduit à faire la seule chose qu’il sait & peut faire : « manger l’autre » qui pour lui n’est qu’un objet.

Pour qui a un peu lu l’œuvre de Marie Balmary – et même pour qui en ignore tout – c’est là l’abomination de la désolation, le stade ultime de la dés-humanisation ! Ce n’est donc pas étonnant qu’elle ait écrit, à chaud mais avec sa prudence coutumière (deux questions dans la conclusion), cet article infiniment nécessaire : une « faute » est bel et bien « tapi (sic) à l’ouverture » du quinquennat Macron … Elle le guette comme elle nous guette aussi : nous voilà désormais citoyens de l’Éden ou de Thèbes autant que de la République française … de quoi s’inquiéter un peu … »

&

« Il nous ment, il nous ment
C’est du vent, il nous balade
Il nous vend que des salades
Y’en a marre des boniments

Regardez son nez s’allonge, il nous ment effrontément
S’il a l’air aussi sincère, c’est parce qu’il ment franchement
C’est rien que du blablabla, il a pas un seul argument
C’est à des fins bien précises qu’il nous parle vaguement
On fera pas de concessions, y’aura pas d’arrangements
Il nous promet des embauches, il y aura des licenciements
Pas question qu’on lui laisse faire ça impunément
Et méfions-nous des reculades quand il parle avancement
Ce qu’il veut, c’est nous casser purement et simplement
On va lui répondre « Merde », poliment mais fermement
Y’a trop de belles paroles, on veut de vrais changements
Pas de plans sur la comète, un plan de recrutement
Ce qu’on veut, ce qu’on exige, c’est de vrais engagements
Il nous parle d’arbitrage, mais vous avez vu comment
Qui c’est qui choisit l’arbitre, c’est lui arbitrairement
Plus il parle, plus il ment, il se croit au parlement

Écoutez ses jérémiades, il en fait tout un roman
Mon cœur se serre à ses sermons et à tous ses serments
Il nous raconte sa vie, il veut nous prendre aux sentiments
On s’en fout de son histoire, qu’il la raconte à sa maman
S’il croit qu’on va le croire et gober ça aveuglément
Il se met le doigt dans l’œil, qu’il se le mette au fondement
En un an, on gagne moins que ses frais de déplacement
S’il me donne son salaire, je veux bien ses embêtements
Qu’il ajoute son capital, et je prends tous ses tourments
On les connaît ses excuses et tous ses empêchements
Avec son flot de promesses, il soûlerait un régiment
Ça fait des mois qu’on réclame, et il feint l’étonnement
Il nous paye une misère et il veut des remerciements
Ce qu’il voudrait peut être c’est qu’on bosse bénévolement
Les heures supplémentaires, ça se paie en supplément
Qu’il nous parle un peu de pèse, on verra pour l’apaisement

Oh vraiment il est gonflé, parler d’épanouissement
Dévouement à l’entreprise, oui mais pas n’importe comment
Attachement à la boîte, oui mais pas enchaînement
On est OK pour le service, pas pour l’asservissement
Nous, on veut bien que ça change, mais c’est quoi ses changements ?
Pour lui les améliorations, pour nous les désagréments
Devinez ce qui se cache sous le mot redéploiement ?
Devinez ce qui se cache sous le mot remaniement ?
On va lui faire piger que nous, on voit les choses autrement
Il veut nous assassiner avec notre assentiment
Les coups en douce, les magouilles, il est dans son élément
Au plus grand menteur sur terre, on va lui faire un monument
Un monument qu’on payera avec ses émoluments
Mais vraiment il nous les brise, pour parler vulgairement
Maintenant moi j’en ai marre, faut qu’il nous traite autrement
Maintenant y’en a assez, virons-le sans ménagement

Non non non, faut rester calme, pas de signe d’énervement
C’est justement ce qu’il cherche, qu’on craque nerveusement
Pas de geste individuel, faut agir collectivement
Jusqu’ici, tout s’est décidé très démocratiquement
Ce qu’il faut, c’est tenir bon, tous ensemble dignement
On est là, et on y reste jusqu’à leur épuisement
Tiens voilà les petits chefs et tout l’encadrement
Costard noir et mine sombre, on dirait un enterrement
Regardez l’autre chochotte avec ses chuchotements
C’est son larbin « machin truc », on veut pas de son truchement
C’est pour nous faire maigrir qu’il est payé grassement
Il va venir nous prêcher la paix et le renoncement
Hé bé, on va l’envoyer paître mais très pacifiquement
Il peut plus pigeonner les jeunes avec ses roucoulements
Les voilà qu’ils s’approchent avec des toussotements
Qu’ils se préparent leurs phrases, va y’avoir de l’engouement

Prenons l’air de mine de rien, on va voir leur comportement
Cette histoire de courant dépasse leur entendement
À voir comment ils pointent le nez, on voit leur désappointement
Continuons à chanter en conversant tranquillement
Putain j’ai trouvé un sujet, j’vais vous parler d’instrument
Le tambourin, pour les manifs, c’est le top assurément
Ça accompagne la parole, sans la couvrir bruyamment
C’est pas lourd, c’est mobile, et ça se joue facilement
Oui messieurs, on peut répondre, mais chansonnièrement
Non messieurs, on reste là, pas d’autre fonctionnement
Totalement hors de question de nous prendre séparément
On marche pas dans ces trucs, c’est que des raisonnements
On veut parler de tout ici, devant tous, transparément
Tout à fait, c’est très possible, et pas démagogiquement
Ce qu’on veut, ce qu’on attend, c’est des éclaircissements
Oui d’accord, si vous voulez, appelez ça entêtement

Il nous ment, il nous ment
C’est du vent, il nous balade
Il nous vend que des salades
Y’en a marre des boniments »

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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