« Il (Douglas Harding) a tout compris … » – John Blofeld

Alain Bayod, comme d’habitude, a une longueur d’avance. C’est donc sur ipapy que j’ai découvert le petit trésor ci-dessous … qui mérite bien de figurer aussi sur volte-espace, avec un zeste de valeur ajoutée !

Blofeld
John Blofeld – 2 avril 1913/7 juin 1987

« C’était en 1961. Rentrant d’une tournée de conférences dans les universités d’Australie j’avais prévu de m’arrêter à Bangkok pour parler avec John Blofeld¹ de sa traduction des Enseignements Zen de Huang Po et des Enseignements Zen de Hui haï².

Nous avions à peine entamé notre conversation que Blofeld, en référence à un point quelconque que je soulevais, s’empara d’un mince volume posé près de lui sur une table de rotin qui, me dit-il, lui était parvenu il ne savait comment.  Il s’agissait du livre « On having no head » de Douglas Edison Harding. Je ne me souviens pas du passage qu’il tenait à commenter, mais je me remémore avec la plus grand précision son enthousiasme pour ce livre.

“Je n’ai pas la moindre idée de qui peut-être ce Harding, ajouta-t-il, je ne sais rien de lui et il peut être aussi bien un chauffeur de taxi londonien, mais ce que je peux affirmer, c’est qu’il a tout compris !

Le lendemain, quand je pris congé de Blofeld, il s’empara à nouveau du livre, insistant pour que je l’emporte et le lise pendant mon vol de retour. Ma curiosité était telle que je n’ai même pas essayé de protester face à tant de générosité. C’est donc en volant au dessus du Pacifique que j’ai eu l’occasion de vérifier son affirmation. Il ne s’était pas trompé. Sans l’ombre d’un doute, Harding avait tout compris.

Ce qui ne veut pas dire que la révélation se produira pour tout le monde – on ne peut jamais être sûr que les mots produisent l’effet souhaité – mais je ne connais aucun texte aussi concis que le premier chapitre de ce livre, autant susceptible d’élever la sensibilité du lecteur à un différent niveau de perception. La raison en est simple. La compréhension s’appuie davantage sur les images que sur les raisonnements et l’image brandie par Harding est particulièrement puissante : « Je n’ai pas de tête…! »  Si révoltant qu’il paraisse au premier abord, l’auteur maintient son postulat, en fait le tour, y revient jusqu’au moment où (comme pour les koans qui semblent également absurdes) une barrière se brise et nous voyons, non pas quelque chose de différent, mais d’une façon nouvelle. »

Huston Smith,  philosophe

 

Si je suis, bien sûr, intégralement d’accord avec la conclusion de Huston Smith, quelque chose me chiffonne dans cette histoire. C’est comme si Blofeld, cette sommité de la recherche spirituelle, avait eu hâte, malgré sa conclusion et son enthousiasme, de se débarrasser de cet encombrant « Vivre Sans Tête » fraîchement paru (1961) en insistant pour qu’Huston Smith l’emporte loin de Bangkok … ?

Il est vrai que la Vision de son compatriote et contemporain, notre brave Douglas, était nettement moins exotique que les domaines du taoïsme, du zen et du bouddhisme tibétain, et si excessivement simple et pratique … En aurait-il été effrayé, aurait-il préféré rester sagement aux confins du nirvana plutôt que de plonger en son cœur … ?

HustonSmith
Huston Smith

Quant à Huston Smith, s’il a effectivement donné un petit coup de pouce à Douglas Harding, son site officiel ne semble pas mentionner ce dernier ni sa méthode … Il serait sans doute nécessaire de lire les nombreux ouvrages qu’il a publié de manière approfondie …

Bref, comme toutes les choses importantes, la Vision du Soi de Douglas Harding ne progresse que malgré, avec un manque de soutien loyal évident de la part de nombreux chercheurs et auteurs …

Lisez et relisez « Vivre Sans Tête » (Éditions Courrier du Livre, 2009) et les autres livres de Douglas, faîtes soigneusement les expériences, valorisez les et intégrez les à votre quotidien, participez à un atelier

Ne suivez surtout pas l’exemple de ces deux experts³, John Blofeld et Huston Smith !

Cordialement

 

¹ – John Blofeld : ce chercheur spirituel anglais n’est pas vraiment un inconnu pour le public francophone, même s’il reste difficile de trouver des renseignements sur lui dans notre langue.

  • [1970] Le bouddhisme tantrique du Tibet – Points Sagesses n°5
  • [1977] Le yoga de la compassion. Le culte mystique de Kuan-Yin
  • [1977] Les Mantras, ou la puissance des mots sacrés – Éditions Dervy
  • [1979] Taoïsme. La quête de l’immortalité – Éditions Dangles
  • [1979/80] Yogas, Porte de la Sagesse – Éditions Dervy
  • [1985] Thé et Tao. L’art chinois du thé Éditions Albin Michel, Espaces libres, n°73
  • Aux confins du Nirvana – Éditions Albin Michel, 1962
  • Le Taoïsme vivant – Éditions Albin Michel, Spiritualités Vivantes, n°120
  • … et bien d’autres en anglais, notamment sur les enseignements de Huang-Po et Pai Tchang Huai Hai, ainsi que sur le Yi-King.

² – NB :

³ – Pour Paul Valéry : « Un expert c’est quelqu’un qui se trompe selon les règles. »

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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