Grave, et incontournable question … !

Zhuangzi-Butterfly-Dream« Les grandes vérités ne saisissent pas le cœur des masses. Et maintenant, comme le monde entier est dans l’erreur, comment serai-je, moi, bien que je connaisse la voie véritable, comment serai-je le guide ?

Si je sais qu’il me sera impossible de réussir, et que j’essaie néanmoins de forcer le succès, ce ne serait là qu’une autre source d’erreur. Mieux vaut donc m’abstenir et ne plus m’efforcer.

Mais si je ne m’efforce plus, qui s’efforcera ? »

Tchouang-Tseu

Cette grave et incontournable question appelle sans doute une réponse pleine d’humour. En voici une que j’ai trouvée sous la plume de Jacques Deperne* :

« L’homme qui enseignait la vérité

Le chef d’un village indien apprit un jour qu’un vieux sage fort réputé, aux connaissances infinies, méditait dans une grotte de la région. Il lui rendit visite et parvint à le convaincre de venir jusqu’à son village pour enseigner la vérité à ses administrés.

Le jour venu la place était noire de monde, et le chef ne doutait pas qu’un immense prestige rejaillirait sur sa personne des effets inévitables d’un beau discours de sagesse.

  • Savez-vous de quoi je vais vous parler ? demanda le sannyasin.
  • Oui ! … cria la foule.
  • Dans ce cas, dit l’homme, si vous savez, inutile que je me fatigue …

Et il s’en alla sans plus d’explications, laissant les villageois et leur chef médusés.

Le chef du village retourna dans la grotte et réussit, après plusieurs heures, à persuader le sage de revenir au village quelques jours plus tard.

Il y avait toujours autant de monde. Tous étaient silencieux, ils avaient été sermonnés par leur chef, et ils entendaient bien ne pas se laisser prendre aux questions du sannyasin.

  • Savez-vous de quoi je vais vous parler ?
  • Non ! … fit la foule.
  • Dans ce cas, dit le sage, si vous ne savez pas de quoi je vais vous parler, inutile que je dépense ma salive.

Et il disparut de nouveau dans la montagne.

Consterné, vexé au plus haut point, le chef du village attendit quelque temps avant de reprendre contact. Ce n’est qu’après plusieurs semaines qu’il osa retourner chez l’anachorète pour se jeter à ses pieds et le supplier d’accepter de revenir au village.

Cette fois il avait tout organisé, tout préparé, en exhortant les participants à rester muets quoi qu’il arrive. Lui seul ferait les réponses aux questions du maître.

Il y avait encore plus de monde massé sur la place.

  • Savez-vous de quoi je vais vous parler ? demanda le vieil homme.
  • Eh bien voilà, dit le chef en triomphant, la moitié sait, et l’autre moitié ne sait pas.
  • Dans ce cas, conclut le sage, que ceux qui savent expliquent à ceux qui ne savent pas …

On ne le revit plus jamais. »

Cordialement

* Dans « Méditer et agir » (Éditions Albin Michel, 1993, collection Espaces Libres, n° 39)

by-nc-sa

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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