Entrer dans l’intelligence du temps – Bernard Besret

« Pour comprendre sa vie, il faut, dans toute la mesure du possible, entrer dans l’intelligence du temps, “chercher l’or du temps¹”, comme disait André Breton. Subtile alchimie que celle qui fait émerger à la conscience le temps qu’il nous est donné de vivre.

Je suis né le 16 mars 1935. Au moment où j’écris ces lignes, je viens donc de passer le cap des cinquante-six ans. Collé par la force gravitationnelle à la superficie de la planète Terre, j’ai déjà parcouru cinquante-six fois le tour du Soleil. Cela représente à soi seul cinquante-six fois 950 millions, soit plus de 53 milliards de kilomètres parcourus. Encore faudrait-il y ajouter, si j’avais la manie du chiffre juste, les 365 tours de la Terre sur elle même que j’ai accompagnés chaque année depuis ma naissance, ce qui en fait déjà plus de vingt mille², sans compter le déplacement du système solaire dans notre galaxie et celui de cette dernière dans l’univers.

Si un voyage de quelques milliers de kilomètres à la surface de la Terre est considéré à juste titre comme un exploit digne d’être relevé, je m’étonne du peu de cas qu’il est généralement fait de cet exploit cosmique que chacun d’entre nous accomplit au fil des jours, des mois et des années, à bord du vaisseau spatial Terre sur lequel nous sommes embarqués.

L’âge ne se mesure pas seulement en temps réduit à l’accumulation de secondes anonymes et aseptiques, c’est-à-dire interchangeables, sans couleur, sans odeur et sans saveur. Il se mesure avant tout en espace parcouru à travers le cosmos.

A vrai dire, ce que nous appelons le temps n’est que notre manière de percevoir et de comptabiliser cette odyssée de l’espace. Il n’existe pas de temps quelconque, pas de temps indifférencié. Le temps que nous vivons est toujours qualifié par le déplacement cosmique dont il n’est qu’une dimension.

[…]

confiteorLe temps qu’il est donné à chacun d’entre nous de vivre est cosmologiquement singulier.

La société en prend acte, plus ou moins consciemment, en retenant notre date de naissance comme essentielle pour établir notre carte d’identité³ ou notre numéro de Sécurité sociale, parce que cette date spécifie le début du temps qu’il nous est donné de vivre sur terre. On ne saurait signifier plus clairement qu’à chacun appartient son temps.

Entrer dans l’intelligence de sa propre vie suppose donc avant tout d’entrer dans l’intelligence du temps. »

Bernard Besret

« Confiteor » (Éditions Albin Michel, 1991).

 

Cordialement

 

Un extrait du texte ci-dessus figurait déjà dans l’Offrande du 16 juillet. Mais, d’une part  son importance intrinsèque me conduit à le proposer de manière plus complète, et d’autre part il me semble compléter très utilement le thème « Voyage, Voyages » traitée dans la dernière revue « Sources – Pour une vie reliée ».

¹ – « L’or des temps – Où brillent les étoiles » (Editions Arthaud 1988) est le titre d’un bel ouvrage de Samivel, un voyage pour découvrir les trésors antiques (mais toujours actuels) de l’Égypte, de la Grèce et de l’Islande.

« Dans l’or du temps » est celui d’un roman de Claudie Gallay, où l’on retrouve André Breton.

² – Plus exactement 365,25 rotations annuelles multipliées par cinquante six années, soit 20454 tours d’un diamètre correspondant à la latitude de votre résidence. Si je retiens les 28336 kilomètres du 45° parallèle Nord, j’obtiens 579 584 544 km, arrondis à 580 millions de km. Il était effectivement possible de les négliger … ! Mais ce n’est pas le cas du déplacement du système solaire dans la galaxie, ni de celui de la galaxie dans l’univers … qui commencent à dépasser largement les capacités de représentation du commun des mortels.

Pour prendre réellement conscience de l’importance de cette réalité scientifique incontestable il faut peut-être avoir observé le vœu de stabilité monastique pendant une vingtaine d’années, comme ce fût le cas pour Bernard. Vœu dont la signification va peut-être retrouver toute sa pertinence dans notre monde qui valorise autant une agitation aussi vaine que destructrice … Espérons-le.

Vivre enraciné sans fuite ni dispersion, c’est, paradoxalement, ce qui permet l’ouverture, pas ce qui l’empêche.

NB : Comme je suis né en 1959, les calculs de Bernard Besret valent cette année pour moi. Faites ceux qui vous concernent pour constater quel immense voyageur, quel héros cosmique, vous êtes !

³ – Cette date de naissance permet à la société d’établir notre carte d’identification, pas d’identité. Notre identité véritable, cet espace d’accueil illimité et inconditionnel que Je Suis, que nous sommes tous, en-deçà du temps et de l’espace, les englobe tous deux, aussi infinis soient-ils … Nous n’appartenons ni au temps ni à l’espace, ce sont eux qui nous appartiennent.

Mais n’en croyez bien sûr pas un traître mot, venez vérifier dans un atelier de Vision du Soi selon Douglas Harding !

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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