« En même temps, toute la terre et tout le ciel » – Ruth Ozeki

Voici une quinzaine de jours, mon épouse m’a demandé de lui procurer un roman pour l’été : « En même temps, toute la terre et tout le ciel », dont elle venait de lire un excellent compte-rendu.

Je ne connaissais pas le nom de l’auteur, Ruth Ozeki, n’avais pas lu ce compte-rendu, mais le titre me plaisait bien¹ et le détail de « Sous la vague au large de Kanagawa » de Hokusaï (sans la boite à bento qui flotte …!) en couverture de l’édition Belfond m’a convaincu de l’intérêt de commander ce livre.

OzekiVague

Le livre nous parvient, Sylvette lit la citation placée en exergue de la première partie et me dit : « Si tout le livre est comme cela,  je sens que je vais avoir un peu de mal à aller au bout … »

Il est vrai que ça commence très fort avec cet extrait du onzième chapitre, « L’être-temps », du Shobogenzo² ou Trésor de l’œil du vrai dharma, le maître livre de l’immense maître zen Dogen³.

« En même temps, gravir les pics les plus élevés,

En même temps, marcher dans la profondeur des océans,

En même temps, trois têtes et huit bras,

En même temps, seize pieds de haut, le corps doré du Bouddha,

En même temps, le bâton d’un bonze ou un chasse-mouches,

En même temps, un pilier ou une torche,

En même temps, Untel ou Unetelle,

En même temps, toute la terre et tout le ciel. »

 

Cela tombait bien, nous étions quatre autour de la table, et je n’ai donc eu aucun mal à faire voir ces trois têtes et huit bras ! Les expériences d’un atelier de Vision du Soi conduisent systématiquement à voir cela, cette évidence, en groupe de quatre, tout comme elles amènent à voir une tête et quatre bras lorsque l’observation se fait à deux, etc … Cette expérience visuelle éclaire assez simplement les autres propositions de ce premier paragraphe du Shobogenzo, sans pour autant prétendre épuiser les significations de l’ensemble de son onzième chapitre.

Une fois de plus comment ne pas être époustouflé par le génie de Douglas Harding qui nous permet grâce à quelques expériences d’attention de rentrer simplement au cœur du cœur du zen. Pas dans les « cendres » du zen certes, puisqu’il ne s’encombre d’aucune forme traditionnelle, mais bien au cœur de la « braise » zen, au cœur de « … son esprit éternel et universel … »

Ruth-Ozeki
Ruth Ozeki

Ruth Ozeki a par ailleurs été ordonnée nonne zen en 2010, et elle est rattachée au Centre Zen de Brooklyn.

Être nonne, moine ou simplement pratiquant zen ne garantit nullement une écriture de qualité. Et le filon du zen alimente depuis déjà trop longtemps le flot de (japo)niaiseries, tant dans le domaine du développement personnel que de nombreuses autres propositions commerciales. Mais ce roman, aux antipodes de ces déviations là, est une œuvre originale, foisonnante (parfois un tout petit peu trop à mon goût …), émouvante et passionnante.

Et s’il vous donne en plus l’envie de creuser un peu du coté du zen en général et de Dogen en particulier, ce sera un super bonus !

Cependant n’oubliez pas, avant de partir éventuellement pour un long périple pour savoir à quoi ressemble le zen, que la Vision du Soi peut vous permettre de voir clairement et simplement ce qu’est le zen. Mais n’en croyez pas un traître mot, venez vérifier dans un atelier !

Venez notamment vérifier que la fin du Sutra du Cœur :

« Gate, gate, pâragate, pârasamgate, bodhi, svâhâ! »

« Passé passé, passé de l’autre côté, entièrement passé de l’autre côté, enfin éveillé ! »

… n’est pas réservée aux seuls rites funéraires. Elle célèbre, d’abord et essentiellement, la mort de l’illusion fatale d’un moi central et tout puissant, assurément la meilleure bonne nouvelle qui soit !

 

Cordialement

 

¹ – C’est un euphémisme ! Ce titre est une pure merveille poétique et spirituelle, ce qui n’est guère étonnant puisqu’il est emprunté à Dogen. Cette totalité bien ordonnée, tant dans la verticale de la terre et du ciel que dans l’horizontale de la durée, avec l’intersection dans l’instant, comment la condenser mieux que dans cette formule, comment mieux donner envie d’y demeurer, de voir qu’en réalité nous n’avons jamais été autre part, autre (Non-) chose … que dans un ailleurs de toute manière illusoire nous ne sommes pas.

² – Le site « Un zen occidental » propose une introduction au Shobogenzo.

Il existe également un Atelier d’étude du Shobogenzo avec Yoko Orimo, qui vous renseignera sur ses diverses traductions. Cf. notamment « La Vraie Loi, Trésor de l’œil, textes choisis » aux Éditions du Seuil 2004, collection Points-sagesses, qui propose notamment une traduction de l’ensemble de « L’être-temps ».

³ – Concernant Dogen vous pouvez lire en ligne une excellente introduction sur le site d’Eric Rommeluère ; elle vous donne accès à une biographie en dix chapitres, de nombreuses traductions, … Ce site est un vrai trésor, faites-le connaître.

Vous avez aussi les remarquables ouvrages de Jacques Brosse : une présentation de Dogen dans « Les maîtres zen », mais aussi « Maître Dogen – Moine zen, philosophe et poète » et « Polir la lune et labourer les nuages », tous trois aux éditions Albin Michel dans la collection Spiritualités Vivantes. Le dernier ouvrage cité propose aussi une traduction de l’ensemble de « L’être-temps ».

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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