Douglas Harding … le Père Noël ? Of course !

José Leroy avait relevé la parution d’un article consacré à Douglas Harding dans le supplément du Guardian du 11 avril 2010, l’un des quotidiens les plus respectés du Royaume-Uni.

Son auteur, Oliver Burkeman, établit une ressemblance notable entre Douglas et le Sacré Père Noël de Raymond Briggs … Si l’on met de côté le costume rouge et ses accessoires, c’est tout à fait cela ! Jugez par vous-même :

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Douglas Harding – © Dominica H.
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Sacré Père Noël

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je vous propose ci-dessous une traduction de l’article d’Oliver Burkeman, intégralement consultable ici.

« Un beau jour du début des années 1940, un architecte anglais peu banal, Douglas Harding, se promenait sur un chemin de crête au sud des Himalaya lorsqu’il réalisa soudainement qu’il n’avait pas de tête. “Ce n’est pas un jeu de mots, une boutade pour susciter l’intérêt coûte que coûte”, écrit-il dans son petit livre “Vivre Sans Tête”  [On having no Head], dont la première édition va bientôt avoir cinquante ans et qui est l’une des choses la plus ridicule ou la plus sage que j’aie jamais lu. “Je l’entends tout à fait sérieusement : je n’ai pas de tête.”¹

Des photographies de Harding, décédé en 2007, suggèrent pourtant le contraire : vu de l’extérieur, il a incontestablement une tête, chauve, avec une barbe blanche en dessous, ce qui le fait  ressembler au Père Noël dessiné par Raymond Briggs.

douglasSansTeteMais  quand il se considère avec attention², il voit “Deux jambes de pantalon couleur kaki aboutissant à une paire de bottines brunes, des manches kaki amenant de part et d’autre à une paire de mains roses, et un plastron kaki débouchant en haut sur… absolument rien ! Certainement pas une tête.

En louchant un peu, il aurait pu voir son nez ; et s’il avait eu un miroir, il aurait pu voir son reflet. Mais que vit-il en retournant son attention directement vers l’endroit au-dessus de son cou où tous les autres ont une tête ? Rien : un “vide hors du temps, sans limite, clair, un vide intégral”. Cela le sidéra. Je m’arrêtai de penser … J’oubliais qui j’étais, ce que j’étais, mon nom, ma nature humaine, animale, tout ce que je pouvais appeler mien.”

Comme bien d’autres récits “d’éveil” qui garnissent les rayonnages les moins recommandables des librairies, “Vivre Sans Tête” vous convaincra … ou pas soit il vous bousculera dans une toute autre perspective, soit vous aurez l’impression d’avoir gaspillé plusieurs heures de votre vie. (Les proches de Harding ont certainement pensé qu’il perdait son temps : “Quand certains commencent à voir des choses que les autres ne peuvent pas voir, les sourcils se froncent, les médecins sont appelés à la rescousse.”)

Cependant, à la différence de la plupart de ces récitsHarding est un extraterrestre qui demeure délicieusement terre-à-terre. Son propos mystique, épuré de tout charabia new-âgeux, s’adresse aux sceptiques. Contentez-vous de voir les faits, dit Harding. Bien sûr, vous pouvez faire naître diverses sensations en vous grattant le menton ou en tapotant votre front, mais cela arrive difficilement à constituer un faisceau de preuves suffisant surtout en comparaison de l’évidence que vous avez de la tête des autres.

DoigtNetIl propose une expérience : Pointez successivement du doigt vos pieds, vos  jambes, votre ventre, votre poitrine, puis ce qui se trouve au-dessus. Continuez d’observer ce vers quoi votre doigt pointe maintenant. D’observer quoi ... ?” (Vous trouverez d’autres expériences sur headless.org.)

Oui, quelque chose cloche, je le sais bien. Une manière de s’en sortir consiste peut-être à penser la chose suivante³ : lorsque Harding dit : “Je n’ai pas de tête”, c’est plus le “je” que la “tête” qui l’intéresse. Ce sentiment  d’être un moi séparé, enfermé dans une tête, est la source de tous nos maux : le stress, la tristesse et les problèmes relationnels proviennent tous de la façon dont ce moi interagit avec les autres. Ce moi est le fondement de toute expérience. Pourtant, lorsque nous tournons notre attention directement vers là où nous supposons qu’il se situe, juste derrière les yeux, on ne sait pas vraiment ce qui est là, ni même ce que “là” pourrait bien signifier. Ceje” doté d’une tête ne semble pas être du tout une chose qu’il est possible de situer et d’examiner. Plutôt étrange, n’est-ce pas ?

Suivez ces idées dans un sens et vous arriverez au bouddhisme zen, dans un autre et vous parviendrez à la philosophie contemporaine de l’esprit. Ou bien alors cela vous semblera être du bourrage de crâne, ce que je peux aussi admettre !

Personnellement, “Vivre Sans Tête” m’a époustouflé. Ce livre m’a réellement donné l’impression que ma tête allait exploser ce qui était troublant à double titre, puisque en réalité, selon Harding, je n’en ai pas ! »

oliver.burkeman@guardian.co.uk

 

Cordialement

 

¹ – Les diverses citations de « Vivre Sans Tête » sont principalement extraites du premier chapitre, « Vision ».

« … une des choses les plus ridicules ou les plus sages que j’aie jamais lues ». Pour choisir entre ces deux options, vous n’avez pas d’autre solution que de faire loyalement les expériences inventées par Douglas. Se contenter d’en lire la description s’avère généralement insuffisant.

Comme la plupart d’entre elles sont dépourvues d’échappatoire, du moins pour les gens de bonne foi, il est effectivement compréhensible que certains optent pour la folie de ne pas les faire … Notre modernité nihiliste s’entête (!) à préférer le Père Néant au Père Noël ! [Ces deux com-pères sortent tout droit de l’ouvrage de Marie Balmary, « Le moine et la psychanalyste ».]

² – Oliver Burkeman a écrit : « … when he studied himself ». En fait le coup de génie de Douglas, très bien décrit dans « Vision », c’est justement, après une période d’intenses recherches, d’avoir cessé d’étudier, de creuser, de chercher, … pour se contenter de simplement voir ce qui était donné, l’évidence. C’est très simple, et du coup terriblement difficile pour la plupart. Il est plus qu’utile de ne pas avoir coupé tous les ponts avec « l’enfant de sept jours » évoqué dans l’Évangile de Thomas pour y parvenir.

³ – Mais pourquoi donc vouloir échapper à l’évidence de la Vision Sans Tête ? Le spectacle du monde est-il si délicieusement paisible qu’il ne faut surtout pas modifier quoi que ce soit ? Je pense personnellement que l’effondrement en cours nécessiterait de se pencher enfin sérieusement sur la source d’à peu près la quasi-totalité des problèmes : l’illusion d’un moi séparé.

Et pourquoi s’entêter (!) à faire prévaloir « penser » et « sentir », fonctionnements globalement assez peu fiables, sur « voir » ? « Voir » est trop clair, puissant, sans échappatoire. Impossible après avoir vu de ne pas agir …

Merci beaucoup pour cet article Oliver. Mais je vous conseille de vous rapprocher sans tarder de David ou de Richard Lang pour participer à un de leurs ateliers. Ils ont Un merveilleux cadeau dans leurs hottes respectives !

 

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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