Dimitri

Dimitri
Dim

 

Dimitri Messina est décédé accidentellement le 28 novembre 2014, sur le chantier de la via ferrata d’Amélie les Bains.

C’était un ami proche de mes deux fils, mais je le connaissais personnellement assez peu et je n’avais profité de sa belle présence qu’en de trop rares occasions. A chaque fois j’avais cependant été frappé par l’entièreté de ce garçon, chez qui il semblait ne pas y avoir de place pour « deux ». Il émanait de lui une gravité¹ et une maturité certaines, soigneusement cachées sous une fantastique aptitude à ne pas se prendre au sérieux.

Qu’est-il bien possible d’écrire quand un garçon disparaît dans la plénitude de ses vingt-cinq ans ? … Comment se résoudre à ne rien dire … ?

Quand, comme devant cette disparition tragique, je suis perdu, dépassé, je me retourne généralement vers cette femme remarquable qu’est Marie Balmary pour trouver dans ses écrits des mots porteurs de sens et de réconfort. J’espère que les emprunts ci-dessous en apporteront aussi à ceux qui les liront.

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Son livre « Abel ou la traversée de l’Éden » se clôt sur une ouverture en évoquant une prière du pédiatre et psychanalyste anglais Donald Winnicott :

« O God, may I be alive when I die. »

« O Dieu, puissé-je être vivant quand je mourrai. »

 

… Le rayonnement de Dimitri auprès de sa bande de potes, et, plus largement, auprès de la plupart de ceux qu’il a rencontré, me semble venir de là, de cette Grande Vie – « qui n’a rien à voir avec la mort » – qu’il vivait ici et maintenant à 100 %.

Vivre ainsi, ce n’était sans doute pas plus facile pour lui que pour n’importe lequel d’entre nous, mais c’était son choix et sa grandeur. C’était tout sourire qu’il nous offrait sa propre « ouverture », ce cadeau fantastique vecteur de joie et de gratitude. Gardons le souvenir de ce précieux trésor, essayons d’en être aussi porteurs à notre manière.

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Dans un autre livre, « Le moine et la psychanalyste », voilà ce que dit Ruth, la psy, à Simon, le moine :

« Or, s’il y a de la parole, de l’âme, de l’esprit dans cette vie, quel que soit le mot² par lequel on essaie de l’évoquer, c’est que quelque chose échappe à la prise dans la vie des hommes. Je crois que cette parole, cette âme, cet esprit ne sauraient tomber dans une tombe parce qu’ils n’appartiennent pas à ce qui tombe. »

Je crois – ou plutôt comme Ruth, je « sais » d’expérience³ – que « Cela » existe et portait Dimitri, le soutenait dans l’être, jusqu’au bout … Exactement comme c’est en fait le cas pour nous tous ; oui, mais chez lui je le percevais comme vraiment manifeste.

DimCoteIvoire
Côte d’Ivoire septembre 2014

Il « savait » pertinemment que « Le seul but de la vie humaine est d’aimer de manière si totale que l’on arrive à voir tous comme un. », que « Serrer chacun contre son cœur comme s’il était un membre de sa propre famille, cela seul est digne d’un homme. » Et il le prouvait, comme tout récemment en Côte d’Ivoire avec EMSF.

 

 

Dim, merci pour tout ce que tu as donné si généreusement. Nous ne t’oublierons pas.

Essayons de nous souvenir de ce qu’a chanté Renaud lorsque nous étions réunis pour te dire adieu :

« … il faut aimer la vie et l’aimer même si le temps est assassin … »

 

Cordialement

 

¹ – Au sens où ce garçon « faisait » le poids.

² – Qu’on ne se méprenne pas : je ne cherche pas ici à relier le départ cruel et prématuré de Dim à telle ou telle famille de mots, qu’elle soit religieuse, psy, Prajnanpad ou Vision du Soi. Les mots, dualistes par nature, sont inaptes à exprimer correctement des expériences de non-dualité, d’ouverture … Mais nous sommes humains dans et par le dialogue, et il me semble essentiel de le tenter.

³ – Tout comme tes ami(e)s ont su, sûrement, inventer un dernier adieu pertinent avec ce vol de montgolfières miniatures : des couleurs, de la chaleur, de la lumière qui montent dans le ciel de Saint-Étienne de Cuines. Ce n’était peut-être pas un rituel des plus « orthodoxes », mais comme c’était juste !

 

 

by-nc-sa

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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