Deux anges couillus … Menuhin et Oïstrakh

 » Deux anges couillus descendus sur terre pour remettre de l’ordre : Menuhin et Oïstrakh dans un vieux film noir et blanc jouent un concerto de Bach¹. Les deux violonistes jouent si intensément qu’on dirait qu’ils ne jouent pas et ne font plus qu’entendre.

 

 

Oïstrakh écoute son violon plus fébrilement qu’une mère guette la respiration de son nouveau-né. En smoking, ces deux employés du ciel soulèvent le monde comme on ramasse une pierre qui encombre le chemin, pour la jeter au loin. Leurs mains blanches s’envolent des manches noir corbeau. Menuhin ferme ses paupières sous le poids d’une pensée, lève son aristocratique visage vers le maître du silence tout là-haut dans les cintres. Je vois le bec de cygne de la main, je vois l’archet brutalement rejeté par les cordes qu’il caresse, je sais que Bach est fou, je l’entends, il est fou d’une folie d’angoisse. Sa musique se rue vers Dieu comme un enfant en bas âge se lance d’un coup sur ses jambes novices, misant que la chute arrivera juste au creux des bras de la mère, dans leur demi-cercle accueillant. Et l’enfant poussé par des mains d’angoisse court sur l’abîme, recueilli à temps par les bras maternels du silence.

[…]

Les mains d’Oïstrakh et celles de Menuhin tiennent semblablement la main divine de la vie, la retiennent de passer du rouge au noir puis au glacé. La beauté a puissance de résurrection². Il suffit de voir et d’entendre³. C’est par distraction que nous n’entrons pas au paradis de notre vivant, uniquement par distraction. »

Christian Bobin

« L’homme-joie »

Cordialement

¹ – Concerto pour deux violons, filmé Salle Pleyel à Paris en 1958, avec l’Orchestre de Chambre de la RTF dirigé par Pierre Capdevielle.

² – Le mot commence ici avec une minuscule, mais il y a toujours – et plus prou que peu – sa majuscule en arrière plan. Un mot-valise, que certains pourront trouver un peu trop chargé …

Le (superbe) terme grec anastasis (ανάστασις) signifie littéralement « re-lèvement » ou action de se lever ou d’être levé une nouvelle fois, c’est-à-dire à partir d’une position couchée, évoquant le sommeil, la latence ou l’abandon.

La beauté a effectivement puissance d’éveil, de verticalisation, de recouvrement de notre dignité d’homme et de femme debouts, …

³ – « Il suffit … » Oui, il suffirait, mais avouons que ce n’est pas si simple … La Vision du Soi selon Douglas Harding peut s’avérer une aide exceptionnellement efficace pour vous permettre de sortir du sommeil de la distraction et d’entrer au paradis de votre vivant … !

Mais n’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez !

by-nc-sa

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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