Complément aux Commentaires de John Wren-Lewis sur « Le petit livre de la vie et de la mort »

Lors de l’atelier de Vision du Soi selon Douglas Harding tenu le 2 août 2015 à Pierre-Châtel, il a été question au moment du repas, très brièvement, des relations entre, pour faire court, « Cela », et « les universitaires ».

Il y a sans doute beaucoup à dire sur le sujet, même si je doute qu’il soit réellement possible de penser utilement une catégorie aussi large que « les universitaires ». Mais une telle aventure dépasse de loin mes compétences.

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John Wren-Lewis – 1923/2006

Cette brève discussion va néanmoins me permettre d’apporter une correction nécessaire à un article précédent publié ici en octobre 2013 : « Le petit livre de la vie et de la mort – Commentaires de John Wren-Lewis – Revue VST N°2/02-98 »

A la fin de ce texte, j’avais écrit ceci, sans doute énervé par le coté un peu restrictif de la conclusion :

« Sacrés universitaires asservis à leurs foutues publications ! L’œuvre véritable de Douglas Harding ce sont : 1° ses expériences, 2° ses expériences et 3° ses expériences. »

Même si le contexte permettait de comprendre aisément que la critique visait spécifiquement John Wren-Lewis, ainsi que quelques-uns de ses collègues anglo-saxons ayant croisé, vainement, Douglas et la Vision du Soi, ce pluriel pouvait aussi signifier que je me laissais aller à une généralisation … totalement abusive. Ce n’est bien évidemment pas le cas, que tous les autres universitaires se rassurent.

NB : en guise de « dédommagement », voici l’adresse des archives de John Wren-Lewis. Mais … n’oubliez pas que les expériences de Vision priment …!

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Avons-nous d’ailleurs en France beaucoup d’universitaires, hors du champ proprement religieux, qui ont choisi Cela comme « objet » de recherche et d’enseignement¹ ?

Et Cela pourra-t-il jamais être réduit à ce statut d’ob-jet ? Souvenons-nous de cette géniale mise en garde de Daisetz Teitaro Suzuki², dans une réponse à Karlfried Graf Dürckheim qui lui demandait comment il voyait la différence entre le savoir et la sagesse :

Doigt dans les 2 sensJPG« Le savoir regarde au-dehors, la sagesse regarde au-dedans ! Mais si vous regardez dedans comme vous regardez dehors, vous faites du dedans… un dehors ! »

Combien d’universitaires sont en mesure de regarder dedans « comme un petit enfant », de suivre le conseil avisé du quatrième logion de l’évangile de Thomas …

« Le vieillard n’hésitera pas à interroger l’enfant de sept jours à propos du lieu de la vie et il vivra³. Beaucoup de premiers se feront derniers et ils seront un. »

… alors que leur histoire, leur statut, leur activité, … reposent sur une accumulation de connaissances de plus en plus pointues sur un champ de plus en plus étroit ? Est-ce que les travaux sur la complexité ou sur la simplexité permettent réellement de se dégager de cette tendance lourde ?

Dans « Certitudes » j’écrivais que le regard adulte, capable de prodiges dans le monde des choses, est inopérant dans le monde de l’Ouvert. Quelques « poètes » mis à part, quels universitaires seraient d’accord avec cette proposition ?

Je me réjouis néanmoins que de plus en plus de personnes, y compris des universitaires, s’intéressent à Cela. Mais je doute que l’uni-versité s’oriente de sitôt plus délibérément vers le Un, l’Unique, et c’est peut-être mieux ainsi. Elle pourrait cependant réfléchir plus activement à sa propre transformation, ainsi que Bernard Ginisty l’y appelait dans un texte important : « Faire Université au début du 21° siècle », paru dans le premier numéro de Alliance pour une Europe des consciences (2004).

 

Cordialement

 

¹ – Ceux que je pratique et apprécie, Marie Balmary, Michel Fromaget, bien d’autres … semblent d’ailleurs avoir totalement repris leur liberté – s’ils l’ont jamais perdue – face à une institution qui, globalement, les ignore.

Et Cela est-il mieux loti au sein d’institutions comme domuni ou l’université bouddhique, par exemple … ?

Je pense avoir plus « compris » Maître Eckhart grâce aux expériences de Douglas Harding que par toutes mes lectures et aux travaux, remarquables, de l’Équipe de Recherches sur les Mystiques rhénans.

² – « Daisetsu Teitaro Suzuki – L’intellectuel non mental », une beau texte de Alan Watts. Notez ce judicieux conseil à la fin du texte :

« L’homme est un roseau pensant, mais il accomplit ses plus grandes œuvres lorsqu’il ne calcule ni ne pense ; il faut reconstituer “l’innocence de l’enfant” par de longues années d’entraînement dans l’art de s’oublier soi-même. Lorsque ce but est atteint, l’homme pense et pourtant il ne pense pas. Il pense, comme la pluie qui tombe du ciel ; il pense comme les houles qui déferlent sur l’océan ; il pense comme les étoiles qui illuminent les cieux nocturnes ; il pense comme les pousses vertes dans la paisible brise du printemps. En fait, il est la pluie, l’océan, les étoiles, la verdure. »

³ – Comme je l’ai déjà souvent écrit, dit et constaté, il se trouve que, généralement, la dimension « vieillard » que nous portons tous en nous hésite énormément … ! John Wren-Lewis a par exemple « hésité » de 1952 à 1983, soit trente et un ans, et il aurait sans doute persévéré dans l’erreur sans cette bénéfique expérience de proximité de la mort suite à un empoisonnement !

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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