Communauté – Douglas Harding

« Communauté (0)

Quelque part dans le Nouveau Testament¹ il est écrit :

« Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères. »

Les Frères en question sont, bien sûr les membres d’une famille spirituelle, d’une communauté partageant un même idéal. A l’époque médiévale, une telle communauté vivait dans des bâtiments spécifiques, en un ou plusieurs lieux particuliers. Cette communauté – avec toute la discipline, l’assistance mutuelle, et l’encouragement qu’elle suscitait – représentait un facteur crucial dans le développement spirituel de ses membres. Un facteur indispensable à l’époque et qui l’est tout autant aujourd’hui.

Dans le monde moderne nous ne vivons plus sous le même toit, ni ne mangeons à la même table pas plus que nous ne travaillons ensemble en tant que frères et sœurs spirituels. Néanmoins, nous sommes tout aussi véritablement et nécessairement membres d’une communauté assemblée de manière différente, à l’aide de multiples moyens modernes et quasi-instantanés de communication à l’échelle mondiale. Le magazine que vous lisez en ce moment « Vivre sans tête » est l’un d’entre eux².

J’ai la conviction qu’il peut nous offrir tout ce dont ces anciennes communautés soudées jouissaient, avec, en plus, une assistance et des encouragements particuliers dans notre aventure spirituelle commune.

Le Forum, par exemple, constituera le lieu d’échange de ces découvertes inépuisables et de ces inspirations qui sont les moteurs et le dynamisme de cette aventure. Il permettra la clarification et la dispersion des doutes et des peurs quant à la manière de pratiquer et de partager la vision béatifique de notre Essence³. Nous trouverons dans cette revue, des centaines d’outils différents pour notre édification commune et des idées sur la manière d’établir des relations de respect et de compréhension envers toute autre voie authentique menant à notre Origine Commune. Et il y aura bien sûr des annonces de rassemblements à venir de la communauté à travers le monde (4).

Je sais que dans cette grande entreprise de communion et d’établissement d’une communauté, l’équipe directrice de cette revue évitera les pièges d’une orthodoxie étroite d’une part, et d’un manque de direction d’autre part. De toute évidence, en la matière, l’insistance sera mise sur la pratique plus que sur la théorie (5). L’équipe directrice attendra de ses collaborateurs de la simplicité, de la sincérité et de la clarté plus que de l’élégance littéraire. En fait ils ne se tromperont pas de direction tant qu’ils seront guidés, non par des règles, mais par la vision de ce qu’ils sont vraiment, quel que soit le lieu où cette vision les mène (6).

Nous remercions chaleureusement nos amis qui ont si généreusement entrepris de lancer ce journal. Vous méritez bien toute l’aide que nous serons en mesure de vous donner sous la forme de contribution à l’édition ou pour les coûts d’impression et de distribution. Surtout, faisons de notre mieux pour faire parvenir ce magazine et son message simple mais crucial (7) là où il est le plus utile.

Nous sommes une famille grandissante et aimante de frères et sœurs spirituels ; nous aimons travailler ensemble et éprouvons le besoin de rester en contact. Nous sommes les membres d’une communauté essentiellement mondiale et largement ouverte qui n’est pas moins liée et sérieuse que n’importe quel ordre religieux médiéval (7). Vivre sans tête donne une forme et un enracinement à cette communauté et ce, actuellement en langue et en milieu français. Longue vie à cette revue ! »

Douglas E. Harding

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Douglas E. Harding – © Dominica H.

 

Cordialement

 

0 – (NB : je n’ai pas toujours été fidèle à cette petite règle simple et précieuse : la Première Personne compte à partir de 0 (zéro). Règle utile … ? Là encore, n’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez dès que vous vous retrouvez dans un groupe … de combien de personnes exactement !)

Depuis quelque temps il me semble qu’il serait opportun, dix ans après le départ de Douglas, de créer une sorte de bulletin de liaison des amis de la Vision du Soi (Sans Tête).

Non pas remettre sur pieds l’ambitieuse revue « Vivre Sans Tête », mais concevoir une lettre pdf de quelques pages que l’association des Amis de Douglas Harding adresserait régulièrement à ses adhérents et sympathisants.

Récemment, alors que j’utilisais le mot « communauté » en discutant de ce projet avec des amis, ils m’ont indiqué que ce qu’ils appréciaient plus que tout dans la Vision, c’était justement cette  liberté totale découlant de l’absence de toute obligation communautaire.

Je me suis alors rendu compte :

  • d’une part que « Communauté », le texte écrit par Douglas pour accompagner les premiers pas de la revue française, ne figurait pas sur volte-espace … Impardonnable oubli certes, mais qui est désormais réparé …
  • d’autre part qu’un débat sur ce mot et ses implications s’avérait nécessaire … A vos commentaires !

¹ – Cette citation provient de la Première Lettre de Jean 3, 14 :

« Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. »

ἡμεῖς οἴδαμεν ὅτι μεταβεβήκαμεν ἐκ τοῦ θανάτου εἰς τὴν ζωήν, ὅτι ἀγαπῶμεν τοὺς ἀδελφούς. Ὁ μὴ ἀγαπῶν μένει ἐν τῷ θανάτῳ.

Et 3, 15 enfonce le clou … si j’ose m’exprimer ainsi :

Quiconque hait son frère est un meurtrier, et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui.

Πᾶς ὁ μισῶν τὸν ἀδελφὸν αὐτοῦ ἀνθρωποκτόνος ἐστίν: καὶ οἴδατε ὅτι πᾶς ἀνθρωποκτόνος οὐκ ἔχει ζωὴν αἰώνιον ἐν αυτῷ  μένουσαν

NB : TOB pour la traduction française, Nouveau Testament Interlinéaire Grec/Français de l’ABU (Carrez, Metzger et Galy) pour le Grec.

² – La revue « Vivre Sans Tête » est morte, vivent les sites internets, leurs ressources démesurées, leurs possibilités d’interaction, leurs propositions d’ateliers, … :

³ – Whaouh … « la vision béatifique de notre Essence » !

Comme « entre deux mots il faut choisir le moindre » (Paul Valéry), disons simplement : voir ce Que Je Suis vraiment – cet espace d’accueil illimité et inconditionnel – et en éprouver une paix et une joie très profondes.

« Essence » renvoie à ce passage de Shakespeare que Douglas citait souvent :

« L’homme, l’homme fier …

Drapé dans sa petite autorité passagère,

Et le plus ignorant de ce dont il est le plus assuré,

Son essence transparente comme le cristal,

comme un singe en colère

Joue de si invraisemblables tours devant le Très-Haut

Qu’il fait pleurer les anges. »

4 – Tous les sites listés ci-dessus indiquent bien sûr de nombreux « rassemblements ». Mais il faut bien constater que le départ de Douglas a été suivi d’un certain vide en ce qui concerne la tenue régulière d’ateliers.

Ce vide semble assez logique si l’on considère d’une part l’intense activité déployée par Douglas & Catherine en France et en Belgique entre novembre 1994 et décembre 2004, comme évoquée dans l’article Trésor.

Le creux de vague ultérieur semble assez logique d’autre part si l’on considère dans les milieux « autorisés » – vous savez, ces fameux « experts », ceux « qui se trompent toujours selon les règles » (encore Valéry) – que Douglas était une espèce d’éveillé sauvage, situé en dehors de toute chaîne (… !) de transmission traditionnelle – instituée dans la nuit des temps par un fondateur mythique, divin ou quasiment, et transmise depuis de maître à disciple … – et que son enseignement était condamné à disparaître avec sa personne.

Rien n’est plus faux dès que l’on connaît, au sens biblique du terme c’est-à-dire par l’expérience, la nature de la Vision. Douglas aimait répéter aux participants d’un atelier qu’ils étaient désormais des « experts » (mais pas au sens que Valéry donne ci-dessus à ce mot) au bout d’une journée, parfois même à l’issue de la première expérience.

La « percée » décisive que constitue la Vision du Soi en matière de transmission spirituelle finira par s’imposer dans un monde qui mendie désespérément des outils efficaces. Non seulement j’en suis certain, mais j’y travaille ardemment chaque jour.

5 – Impossible d’échapper ici à la célèbre citation, généralement attribuée à Albert Einstein :

“La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi. Ici, nous avons réuni théorie et pratique : rien ne fonctionne… et personne ne sait pourquoi !”

J’ose écrire ici que la Vision du Soi prend complètement à contre-pied cette citation :

  • il n’y a pas de théorie possible sur cet espace d’accueil illimité et inconditionnel que Je Suis, que nous sommes tous. Cet espace est rigoureusement régi par une loi de « non-savoir » :

« … La figure est si juste qu’on ne sent même pas la loi qui la règle pourtant rigoureusement. Il suffit de respecter ce vide central, que nul ne viendra occuper et se donner la main autour de lui. Loi légère qui peut-être les représente toutes. Quant au milieu, nul n’a de savoir sur lui. Et ce non-savoir est lui-même loi de relation à autrui. »

La ronde, extrait de « Freud jusqu’à Dieu », de Marie Balmary

  • et si la pratique prouve, avec un minimum de sérieux et de valorisation obstinée de cette Vision, qu’effectivement « tout fonctionne » et même plutôt bien, et dans tous les domaines, il est possible de voir clairement pourquoi, notamment grâce à la carte ci-dessous :

CarteDouglas1En résumé : tout est en ordre et la Première Personne sait parfaitement … comment !

6 – « … quel que soit le lieu où cette vision les mène » : la Vision est fondamentalement ouverte, et c’est sans doute pour cela qu’elle n’a pas encore rencontré le succès qu’elle mérite. « Se libérer du connu » (Krishnamurti), débuter ce « festival of newness » (Svâmi Prajnânpad), … c’est aussi pénétrer dans un espace de « bienheureuse insécurité » (Alan Watts), qui inquiète bien du monde … surtout les soi-disant « experts » :

« Le monde veut le sommeil. Le monde n’est que sommeil. Le monde veut la répétition ensommeillée du monde. Mais l’amour veut l’éveil. L’amour est l’éveil chaque fois réinventé, chaque fois une première fois. »

On ne le redira jamais assez, un atelier de Vision su Soi n’est qu’un commencement. Décisif pour certains, mais rien qu’un commencement ; les choses vraiment sérieuses peuvent venir ensuite, pour parvenir à intégrer ce commencement jusqu’à ce qu’il devienne une première nature. C’est le processus génialement décrit par Grégoire de Nysse ainsi :

«… de commencement en commencement, par des commencements qui n’ont jamais de fin ».

C’est aussi le sens du livre de Shunryu Suzuki : « Esprit zen, esprit neuf », et l’esprit du zen dans son ensemble.

NB : La Vision m’a ainsi amené à me préoccuper du thème « Actualité des Valeurs Monastiques », et à écrire qu’il me semblait, de prime abord, plus éloigné des préoccupations de Douglas … L’article « Communauté » prouve qu’il n’en est rien ! Cette proposition n’ayant jusqu’à présent rencontré aucun succès, je continue de la pratiquer en … solitaire et relié à la communauté évoquée dans le point suivant !

7 – C’est assez difficile d’en faire prendre réellement conscience en dehors d’un atelier ou d’une méditation, mais Voir ce que Je Suis vraiment – cet espace d’accueil illimité et inconditionnel, ce contenant ultime – c’est agir pour et au nom de ces 7,5 milliards de « de frères et sœurs spirituels ». Et également au nom de ces innombrables « êtres sensibles » que tout bodhisattva fait vœu de délivrer. C’est possible, et même évident, dans et par l’Éveil. Et, à dire vrai, je ne vois absolument pas comment cela pourrait être possible autrement …

Remettre indéfiniment l’Éveil à demain tant qu’ils ne sont pas tous délivrés constitue, bien que ce soit dit, écrit et colporté à peu près partout & par tous, une erreur manifeste.

Mais bien sûr n’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez !

Important : le superbe portrait de Douglas est l’œuvre de Dominica H.

Il figure dans son ouvrage « Perles de Conscience – A la rencontre d’Êtres remarquables », magnifique recueil de portraits d’enseignants spirituel publié chez Aluna Éditions.

Pour commander le portrait de Douglas ou le livre :

perlesdeconscience@gmail.com

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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