Commentaires à propos de la préface d’Alain Bayod

Cette préface est courte, claire, efficace … bref du Alain Bayod !

Mais, sans vouloir chercher la petite bête,  … je ressens néanmoins une espèce d’hésitation dans le paragraphe suivant, et entre celui-ci et la fin du texte :

« Mais soyons clair, l’éveil évoqué dans ce souvenir et proposé dans ce livre n’a rien de définitif ou de stable. C’est une découverte, une introduction à la « Nature de l’Esprit » selon l’expression tibétaine, un commencement, une initiation. Mais cette découverte est essentielle. La libération, la délivrance, la guérison, la dés-identification définitive, irréversible par rapport au moi, c’est bien « autre chose ». Et entre la découverte et l’établissement se situe la Voie, le Chemin, la pratique. »

Le plus important pour moi dans ces quelques lignes, « cette découverte est essentielle », me semble un peu escamoté entre des propositions restrictives qui nécessitent quelques compléments :

  • l’éveil, car c’en est bien un, n’a rien à voir avec décrocher un titre universitaire ou gagner au loto. En fait la vraie vie, les choses sérieuses commencent seulement à partir de là. A partir du moment ou l’ego voit clairement son caractère tout à fait périphérique et instable : « Le petit, la 3° personne, vous laissera toujours tomber » disait Douglas Harding. Qu’est-ce qu’il y a avant ce plus beau jour de la vie, cette nouvelle naissance …? Eh bien acceptons ce qu’en dit Thomas, même si c’est un peu raide :

« Les morts n’ont pas de vie … » (Logion 11).

  • Et souvent les emmerdements commencent aussi, tellement cette nouvelle naissance est contraire aux lois d’une société qui fait tout pour l’empêcher, qui s’efforce par tous les moyens de maintenir ses membres en état de néoténie. Cf. à ce sujet les belles pages de Michel Fromaget dans le chapitre 6 de  « Corps, Âme, Esprit ». Ce qui risque fort de devenir « définitif et stable », c’est le constat que cette société moderne, persuadée d’avoir jeté l’Esprit avec l’eau du bain des religions, est une immense imposture, une impasse.
  • « Les mots « introduction, commencement, initiation » pourraient laisser penser qu’un dévoilement partiel a permis de seulement entrapercevoir quelques % de notre Vraie Nature, de notre Réalité centrale. Non, les expériences d’attention mises au point par Douglas Harding vous offrent 100 % de ce que vous recherchez ; ou plus exactement, Ce qui cherche à Se révéler en vous vous apparaît en totalité. C’est une histoire de tout ou rien, et particulièrement dans cette extraordinaire centrifugeuse qu’est le tube. Ce n’est bien sûr pas vrai de toutes les expériences pour toutes les personnes qui les pratiquent : c’est pour cela qu’elles sont diverses et variées afin de convenir à des natures très différentes.
  • Quant à « l’autre chose », la Voie, le Chemin, la pratique, comment faire court alors que des bibliothèques entières ont été écrites sur le sujet ? Peut-être en renvoyant au beau texte d’Arnaud Desjardins évoqué ici. Et en rappelant aussi que la voie de Harding, Vision du Soi ou Vision Sans Tête, ne comporte qu’une seule règle appelée asymétrie, simple, concrète, utilisable toujours, en tous lieux et toutes circonstances. Elle est évoquée à la fin de ce compte-rendu d’un atelier.

Voici la fin de cette préface, entrelardée de quelques remarques :

« Les exercices de Douglas ont deux caractéristiques – certains diraient peut-être deux défauts – irréductibles et quelque peu effrayants pour l’ego. Ils sont simples et prodigieusement efficaces. La présentation de Philippe accentue ces caractéristiques. »

  • je suis convaincu que la diffusion plutôt laborieuse de la Vision du Soi est imagesdirectement liée à ces deux caractéristiques. Nous sommes tous, peu ou prou, des shadoks qui préférons des « solutions » compliquées et inefficaces, permettant de maintenir le statu quo tout en donnant l’impression de beaucoup nous activer. Et ce d’autant plus qu’il s’agit de LA question centrale de notre identité.
  • je me souviens de cette histoire racontée par Arnaud Desjardins dans la salle baptisée du nom de ce sage hindou à Hauteville : des disciples de Ramdas le pressent, justement, de leur révéler dès que possible leur véritable identité. Ramdas accepte, mais diffère le moment tant attendu jusqu’au soir … le temps que tous ces valeureux disciples aient trouvé un motif légitime d’excuse pour fuir prestement l’ashram !

« Simplicité, le grand mot est lâché. « Heureux les simples d’esprit car ils verront Dieu » nous dit Jésus ! L’accès à notre véritable nature n’est possible que par la curiosité et l’innocence. « Si vous ne redevenez pareils à des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume. » C’est la nécessité de l’esprit neuf, l’esprit du débutant si cher au Zen.

Cette simplicité nous est difficile. Nous sommes conditionnés à vouloir comprendre. Or il s’agit simplement de VOIR, de manière évidente et absolument enfantine. De voir, sans intermédiaire, sans concept. »

  • Je suis en train de terminer le premier jet de la traduction de « The Hidden Gospel – Games for the Kingdom », un manuel d’atelier rédigé par Douglas en 1974. La plus grosse difficulté de traduction en français sera sans doute « Games for the Kingdom » … ! Jouer … ! Pour entrer dans le Royaume, pour demeurer là où Jésus nous invite à le rejoindre … ! La plupart des adultes, c’est à dire des humains pétrifiés au stade de l’ego tout puissant, sont incapables de l’envisager ne serait-ce qu’une seule seconde. Et leur volonté de comprendre les enferme chaque jour un peu plus étroitement dans ce stade adulte, néoténique, incomplet, qui ne leur permettra jamais d’accéder à la paix et à la joie. C’est véritablement tragique.
  • Pourtant, rien de plus sérieux qu’un jeu d’enfant, comme le disait joliment Augustin à son père Alexandre Jollien :

« Arrête de rigoler papa, on joue ! »

  • Simple ne veut pas dire facile. La règle d’asymétrie évoquée plus haut est simple à voir, mais il n’est pas si facile de l’intégrer entièrement à son fonctionnement. Cela réclame de l’assiduité, de la patience et de la persévérance. La voie de la Vision du Soi n’est certes pas un raccourci* ni un produit discount*.

Venez donc jouer dans un atelier de Vision du Soi : rien de plus important ni de plus urgent.

* Cf. Svami Prajnanpad : « There is no short cut » et « You will have to pay the full price »

 

Cordialement

 

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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