Cherchez la faute – Marie Balmary & François Rancillac

Voici quelques informations et critiques, très positives à propos d’une pièce de théâtre déjà ancienne (2000 …), mais intemporelle et qui a la bonne idée de venir faire un petit tour dans les Alpes :

« Cherchez la faute » (0)

de Marie Balmary¹

&

Mise en scène

François Rancillac

Avec

Danielle Chinsky, Daniel Kenigsberg, François Rancillac, Frédéric Révérend

 

&

« La faute d’Adam et Eve ?

Lue ou pas lue, tout le monde connaît l’histoire : malgré l’expresse recommandation du divin jardinier, Adam et Eve osent manger de l’arbre interdit ! Chassés du paradis terrestre, ils sont condamnés pour les siècles des siècles à la douleur, au dur labeur et à la mort … Amen ? Mais de quoi nos ancêtres ont-ils été coupables ? Qu’est-il vraiment écrit sur leur faute ? Et si on refaisait l’enquête ?

Assis tout autour d’une grande table aux côtés de trois « exégètes », le spectateur est invité à rouvrir le récit biblique et à lire … comme si c’était la première fois, comme s’il ne savait rien de ce mythe fondateur de notre Occident. Et alors s’enchaînent les surprises … Par exemple, saviez-vous qu’il n’y a dans le texte aucune trace de « faute » ou de « péché » ni de « châtiment » ? Mais alors, que s’est-il joué au Jardin d’Éden ? »

La presse

« Ces pages de l’Ancien Testament pourraient en intimider plus d’un ! Mais, dans ce dispositif ingénieux, leur décorticage est si vif, passionné, passionnant, et parfois même hilarant ! Les acteurs, il est vrai, rivalisent de malice. »

Télérama

« C’est toujours surprenant, clair, drôle aussi, et on ressort de ce spectacle en ayant l’impression d’être plus intelligent après qu’avant ! »

Le Progrès

« F. Rancillac a inventé une scénographie qui fait des spectateurs des participants et des complices. (…) Une heure très dense² avec, à la clé, un débat qui pourrait durer toute la nuit. Ce spectacle honore le métier. Et quant aux comédiens, ils sont d’une parfaite justesse. »

Figaroscope

« Le travail (remarquable) de Balmary fait déjà la nique à tous les intégrismes misogynes et autoritaires³. Cette étude biblique partagée sur scène nous renvoie en plus à notre responsabilité citoyenne devant les textes, tous les textes : alors lisons, interprétons, ouvrons les sens ! »

Libération

« Ligne après ligne, verset après verset, se construit une interprétation sociale qui ouvre le champ des possibles et ébranle l’unicité du dogme religieux. (…) L’analyse tient sur une ligne de crête laïque qui ne sombre ni dans le blasphème ni dans l’homélie. (…) A l’interprétation textuelle, le metteur en scène mêle le geste théâtral. (…) Sans jamais chercher à dénigrer ou à absorber les opinions de son contradicteur, chacun grimpe sur les épaules de l’autre pour aller plus loin. »

Vincent Bouquet, Les Échos, 14 décembre 2017

&

« Coupables ou non coupables

Le spectateur est invité à s’asseoir autour d’un carré de tables (trente places environ) ou parmi la trentaine de chaises qui forment un deuxième cercle. Sur les tables, des livres éparpillés et ouverts, des bouteilles d’eau minérale, des gobelets, des tasses de café à moitié bues, du papier, des stylos … : bref, le spectateur se retrouve à devoir participer en première ligne à une réunion de travail. À sa place, l’attend un dossier contenant les premiers chapitres de la Genèse biblique (le texte hébreu et différentes traductions), objet de l’étude du jour : il s’agirait donc d’un séminaire d’étude biblique …

Trois lecteurs, assis parmi les spectateurs, semblent mener l’étude. Avec pour ambition de travailler ce texte si ancien et si connu de la création d’Adam et Eve et du péché originel, texte que tout le monde croit connaître souvent sans même l’avoir jamais vraiment lu. D’emblée, le ton est donné … par une sérieuse engueulade ! Alors que « Daniel », un des lecteurs (les personnages portent les prénoms mêmes des comédiens), évoque en ouverture la question de la « faute originelle », les deux autres, « Danielle » et « Frédéric », lui tombent dessus : mais où trouve-t- il dans le texte la moindre allusion à une faute ou à un péché, un crime, une punition ? ! ! Force est de reconnaître (et Daniel avec nous tous …) que la non observance de l’interdit divin n’est jamais décrite ici sur le mode de la morale et de la culpabilisation …

Alors de quoi s’agit-il vraiment ? Qu’est-ce qui est en jeu dans ce texte fondateur de notre civilisation judéo-chrétienne, qui a déjà fait couler tant d’encre, nourrie tant d’œuvres littéraires et artistiques – suscité tant d’ironie aussi …

« Si nous lisions ? », demande, presque timide, le modérateur « François / Fatima » …

C’est ce qu’ils vont faire (et les « étudiants » avec eux), le plus humblement possible, comme si c’était la première fois qu’ils découvraient ce texte.

Et avec pour seules règles la rigueur de l’exégèse (ne rien rajouter au texte, éprouver toute hypothèse de lecture par l’étymologie hébraïque et les récurrences d’un même mot, …) et la liberté totale d’interprétation (pour autant qu’elle crée du sens et de la cohérence) : l’important n’est pas la prétendue « vérité » de ce texte, mais ce qu’il nous raconte à nous-autres, en ce début de XXIème siècle – tel un mythe fondateur (on n’attend pas que le mythe d’œdipe, par exemple, nous dise la vérité mais qu’il nous révèle quelque chose d’essentiel de notre humanité).

Cheminant ainsi, au fur et à mesure de la lecture, de la réflexion partagée, d’étonnements en circonspections, de désarrois en illuminations soudaines, nos trois lecteurs vont tenter de comprendre ce qui s’est passé à l’ombre de « l’arbre de la connaissance » : que signifie la « solitude » d’Adam ? Pourquoi la multitude des êtres vivants créés par le dieu ne la comble-t-il pas ?

Pourquoi Adam est-il d’abord décrit comme « mâle et femelle », puis comme « homme », une fois Eve apparue ? Si Adam est créé à partir de la terre (« adama »), Eve l’est à partir de sa côte (ou plutôt : de son côté !) : qu’indique cette différence de fabrication divine ? Pourquoi Adam ne se met-il à parler et dire « je » qu’une fois Eve à ses côtés ? Pourquoi, pour répondre enfin à la solitude d’Adam en lui proposant un alter-ego, le dieu lui fait-il don de l’entièreté du jardin d’Éden à la seule exception de « l’arbre de la connaissance » dont il ne devra pas goûter ? Etc. etc.

À partir de toutes ces questions, qui surgissent pas à pas de la lecture attentive du texte (dans la traduction régénérante car quasi littérale d’André Chouraqui), s’élabore en direct, sous les yeux et les oreilles des spectateurs complices, une interprétation originale (celle de Marie Balmary), à mille lieux des versions véhiculées ici et là depuis des siècles, à l’encontre d’un discours culpabilisant, moralisant, misogyne et autoritaire : Et si, au jardin d’Éden, nous était racontée l’expérience essentielle et si difficile, et si souvent ratée, et mille fois recommencée, de l’Altérité ?« 

François Rancillac

&

« Coup de théâtre pour Marie Balmary

Psychanalyste de profession dont les propositions de lectures de la Bible sont adoptées par des groupes fervents, Marie Balmary est entrée en scène en 2000. Plus exactement, c’est à l’occasion d’un travail sur les origines que l’actuel codirecteur de la Comédie de Saint-Étienne, François Rancillac, a obtenu alors l’autorisation d’adapter pour le théâtre un des essais de cet auteur à succès, « La Divine Origine ; Dieu n’a pas créé l’homme » (Éditions Grasset et Livre de poche). Depuis, ce vrai-faux séminaire d’études bibliques, mené sous la forme d’une joute verbale drôle et participative, a été représenté en divers lieux. La troupe de Cherchez la faute, le titre de la pièce, fait une halte de plusieurs semaines à Paris.

« Je n’aurais pas pu en rêver. Le choix d’un dialogue entre quatre comédiens rejoint l’esprit des recherches que je mène par d’autres moyens », se réjouit Marie Balmary dont c’est la première expérience au théâtre. Cette fidèle des pièces classiques existentielles façon Shakespeare et tragédies antiques, qui avait été jadis sollicitée pour un livret d’opéra à partir d’un autre de ses ouvrages, mesure le travail de François Rancillac, par ailleurs philosophe.

L’heure passe vite … Et chaque soir, après le spectacle, le débat se poursuit sur place, autour de la question du mal et de celle du bonheur. Une idée du bonheur perdu et retrouvé, sur laquelle travaille actuellement Marie Balmary. Après les jardins de l’Éden, elle s’intéresse aux miracles dans les Évangiles. De quoi, peut-être, écrire un second acte à ce premier coup de théâtre plutôt réussi. »

Migliorini Robert, le 26/03/2007

 

Cordialement

 

0 – J’ai retenue cette superbe affiche, belle synthèse graphique entre la pomme & le mal – parenté étymologique et approximation de la traduction de la Vulgate – et le serpent. De quoi s’amuser avec un Opinel la prochaine fois que l’on épluchera une pomme ! – mais j’irai voir ce spectacle au plus près … vers Thonon.

Nernier : Salle des fêtes vendredi 2 février de 20 h 00 à 22 h 00

Draillant : Salle polyvalente samedi 3 février de 20 h 00 à 22 h 00

Programmation complète :

Théâtre de l’Aquarium
Du 12 au 23 décembre 2017, puis du 9 au 21 janvier 2018
du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h

Puis, en tournée :

Le Granit, Scène nationale de Belfort – 15 janvier 2018
Théâtre de la Madeleine (Troyes) – 23 & 24 janvier
Théâtre Francis-Planté (Orthez) – 30 janvier
Maison des Arts du Léman (Thonon-les-Bains) – 2 & 3 février
Panta théâtre (Caen) – 8 & 9 février
La Filature (Mulhouse) – 15, 16, 17 février
Théâtre de Lisieux – 22 février
Olympia – CDN de Tours – 13 au 17 mars
Le Quai, CDN Angers – Pays de la Loire – du 22 au 25 mai
Théâtre Victor Hugo à Bagneux – 13 juin

Rappel : la Première Personne compte toujours à partir de 0, moyen habile (upaya) de, notamment, transformer les groupes de quatre personnes en groupe de trois … Et également de réduire à néant le concept erroné d’« environnement ». Essayez, vérifiez … n’en croyez pas un traître mot !

¹ – volte-espace propose une étiquette Marie Balmary

Je suis heureux que son œuvre ait pu inspirer un metteur en scène de théâtre. J’ai aussi évoqué sur volte-espace la possibilité d’un film à partir de son livre « Le moine et la psychanalyste », sans succès pour l’instant mais je ne désespère pas … Mais, bien au-delà de l’espace de l’imaginaire, il serait tellement important & urgent que ses réflexions inspirent et nos comportements individuels et nos politiques publiques …

² – Rien qu’une heure … ? Ça me paraît si peu pour un livre si dense, une question si essentielle … Heureusement je sais, pour fréquenter l’œuvre de Marie Balmary depuis fort longtemps que …

« Tout est bon chez elle, y a rien à jeter,

Sur l’île déserte il faut tout emporter. »

… et que cette adaptation ne me décevra pas.

Mais n’en croyez bien sûr pas un traître mot, vérifiez en lisant (et relisant) les livres de Marie Balmary et en allant voir cette pièce de théâtre !

³ – Merci à Libération de relever cette évidence … Mais alors, pourquoi les médias ne nous abreuvent-ils pas plus régulièrement de morceaux choisis de l’œuvre de Marie Balmary, fondement oh combien solide, sinon le seul, pour réduire efficacement « tous les intégrismes misogynes et autoritaires » ?

Et dans le prolongement de cette proposition, pourquoi une telle chape de plomb sur la méthode de la Vision du Soi selon Douglas Harding ? A ma connaissance seul un journaliste du Guardian, Oliver Burkeman, a eu le courage de s’y intéresser dans un article de 2010 …

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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