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Anaphore … malheureuse (très !)

Pas d’inquiétude, je ne commence pas à introduire de la politique partisane dans volte-espace. Mais la récente intervention à mi-mandat de François Hollande  m’a donné envie de revenir un peu en arrière, au débat télévisé de l’entre deux-tours de l’élection présidentielle de 2012, pour faire le lien avec ce qui nous intéresse ici.

Ce débat est resté célèbre par l’anaphore prononcée à cette occasion¹, précédée de l’introduction suivante :

« Je veux être un président qui d’abord respecte les Français, qui les considère. Un président qui ne veut pas être président de tout, chef de tout et en définitive responsable de rien. »

Le contenu de toutes les phrases suivantes est soigneusement travaillé pour permettre de se démarquer de son adversaire et de s’imposer à l’issue du débat. Mais, est-ce que les communicants qui ont préparé cette figure de style et celui qui la prononce ont bien mesuré la signification profonde de cette rafale de quinze² « Moi … je » ?

« Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l’Élysée.
Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur.
Moi président de la République, je ne participerai pas à des collectes de fonds pour mon propre parti, dans un hôtel parisien.
Moi président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante, je ne nommerai pas les membres du parquet alors que l’avis du Conseil supérieur de la magistrature n’a pas été dans ce sens.
Moi président de la République, je n’aurai pas la prétention de nommer les directeurs des chaînes de télévision publique, je laisserai ça à des instances indépendantes.
Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire.
Moi président de la République, j’aurai aussi à cœur de ne pas avoir un statut pénal du chef de l’État ; je le ferai réformer, de façon à ce que si des actes antérieurs à ma prise de fonction venaient à être contestés, je puisse dans certaines conditions me rendre à la convocation de tel ou tel magistrat ou m’expliquer devant un certain nombre d’instances.
Moi président de la République, je constituerai un gouvernement qui sera paritaire, autant de femmes que d’hommes.
Moi président de la République, il y aura un code de déontologie pour les ministres, qui ne pourraient pas rentrer dans un conflit d’intérêts.
Moi président de la République, les ministres ne pourront pas cumuler leur fonction avec un mandat local, parce que je considère qu’ils devraient se consacrer pleinement à leur tâche.
Moi président de la République, je ferai un acte de décentralisation, parce que je pense que les collectivités locales ont besoin d’un nouveau souffle, de nouvelles compétences, de nouvelles libertés.
Moi président de la République, je ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés, aussi bien les organisations professionnelles que les syndicats, et que nous puissions avoir régulièrement une discussion pour savoir ce qui relève de la loi, ce qui relève de la négociation.peut-être
Moi président de la République, j’engagerai de grands débats, on a évoqué celui de l’énergie, et il est légitime qu’il puisse y avoir sur ces questions-là de grands débats citoyens.
Moi président de la République, j’introduirai la représentation proportionnelle pour les élections législatives, pour les élections non pas de 2012, mais celles de 2017, car je pense qu’il est bon que l’ensemble des sensibilités politiques soient représentées.
Moi président de la République, j’essaierai d’avoir de la hauteur de vue, pour fixer les grandes orientations, les grandes impulsions, mais en même temps je ne m’occuperai pas de tout, et j’aurai toujours le souci de la proximité avec les Français. »

Cette avalanche de « moi … je » ne donne-t-elle pas l’exemple d’un comportement contre-exemplaire, non seulement psychologiquement, ce qui s’avère déjà grave, mais surtout ontologiquement, sur le plan de l’Esprit, ce qui constitue une faute majeure, un fondement d’une grande … instabilité ?

Ce « moi … je » ne constitue-il pas le plus grand obstacle placé devant celui qui « veut être », sans complément, n’est-il pas en définitive une garantie d’irresponsabilité presque illimitée … ?

« Tout commence par la pensée : quand la pensée est fausse, l’affliction s’ensuit comme la roue de la charrette suit le pas du bœuf.³ »

Bouddha

En l’état actuel de désordre quasi-systémique, nos politiques et nous-mêmes ne devrions-nous pas tous commencer, enfin, par rétablir un ordre – intérieur & extérieur – juste, une vision juste de la Vie, travailler à recouvrer cette maturité individuelle, seule garante d’un fonctionnement collectif plus harmonieux ?  A-t-il jamais existé, existe-t-il, existera-t-il jamais une autre voie ?

La Vision du Soi selon Douglas Harding est disponible pour apporter une contribution décisive.

 

Cordialement

 

¹ – Comme bon nombre de français la chose politique m’intéresse, et ma très modeste expérience me laisse penser que la plupart de nos « grands » élus auraient pu ou pourraient revendiquer cette figure de style. Malgré toutes les précautions érigées par les communicants, un « animal politique » c’est d’abord un « Moi … je » porté à incandescence, malheureusement !

Serait-ce le résultat obligé de notre « désir » collectif d’un homme, ou d’une femme, « providentiel » ? Quand allons-nous enfin nous éveiller de cette illusion si peu démocratique, de cette tendance fâcheuse qui est presque une garantie d’inefficacité ? Malheureusement la majeure partie de notre histoire politique et notre système « éducatif » ne nous aident guère à sortir de cette erreur.

Je sais pertinemment qu’il faut quelqu’un pour décider, et qu’une absence de décision est souvent pire qu’une mauvaise décision, mais je sais tout aussi pertinemment qu’une incarnation du « moi … je » sera, toujours, la plus mal placée pour ce faire.

François Berléand a commenté avec humour et pertinence cette prestation télévisée :

« Petit, quand je disais moi je, ma grand-mère me reprenait. Le roi dit nous voulons, m’expliquait-elle! »

A défaut de sage et réactive grand-mère, l’ENA et les diverses assemblées politiques  pourraient faire appel avec grand profit à l’Université du Nous et à volte-espace pour organiser des ateliers. Au vu de l’actualité il commence à y avoir urgence …

² – A noter : il n’y a en fait que treize « Moi … je », et les deux occurrences formulées différemment concernent des domaines où bien des difficultés subsistent, et subsisteront vraisemblablement encore longtemps.

Il ne semble plus possible d’en suivre l’évolution sur : Lui Président, mais un livre a repris l’essentiel de ce travail.

³ – « Dhammapada » – Traduction Lanza del Vasto dans « Les quatre fléaux », aux Éditions Denoël 1959

 

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Par Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 65 ans, marié, deux fils, un petit-fils.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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