A logical song – Supertramp

Les lecteurs de volte-espace – s’ils existent … ! – ont certainement entendu, au moins une fois, il y a peut-être déjà longtemps, cette autre chanson du groupe Supertramp : « The logical song », la 2° de l’album « Breakfast in America ».

Roger Hodgson, fondateur et chanteur du groupe, propose de nombreuses vidéos solo de cette chanson, mais je préfère la version originale … plus poilue, plus pêchue ! La voici :

 

When I was young
It seemed that life was so wonderful
A miracle
Oh, it was beautiful, magical

And all the birds in the trees
Well, they’d be singing so happily
Oh, joyfully
Oh, playfully watching me

Effectivement, dans les premières années de notre vie nous avons tous connu le « miracle » de « vivre sans tête », « contenant ultime » ou espace d’accueil de tout l’univers. Nous n’étions pas encore un corps & mental bien séparé de tout le reste, nous jouions à être une montagne, un nuage, un arbre, … ou un oiseau. Leurs chants périphériques emplissaient la totalité de notre silence central. Et peu importait alors de ne pas être vraiment conscient d’un mode d’être au monde aussi privilégié, qui ne durerait pas très longtemps …

Douglas Harding utilise d’ailleurs ce mot, « miracle » dans « Vision » :

« Tout cela me coupait littéralement le souffle. Il me semblait d’ailleurs que j’avais cessé de respirer, absorbé par Ce-qui-m’était-donné : ce paysage superbe, intensément rayonnant dans la clarté de l’air, solitaire et sans soutien, mystérieusement suspendu dans le vide, et (en cela résidait le vrai miracle, la merveille et le ravissement) totalement exempt de « moi », indépendant de tout observateur. Sa présence totale était mon absence totale, de corps et d’esprit. Plus léger que l’air, plus translucide que le verre, entièrement détaché de moi-même, je n’étais nulle part à la ronde. »

Si vous avez la nostalgie de ce mode d’être au monde, vous avez le choix :

  • écouter « The logical song » ou d’autres tubes similaires, lire les nombreux poèmes ou textes spirituels qui l’évoquent plus ou moins habilement, vous contenter d’une expérience de seconde main, en renonçant définitivement à toute expérience directe du paradis perdu … ou en comptant sur l’intervention d’une éventuelle grâce divine. Est-ce vraiment digne de vous ?
  • participer d’abord à un atelier de Vision du Soi … et continuer ensuite à profiter de tout ce qui précède !

But then they sent me away
To teach me how to be sensible
Logical
Oh, responsible, practical

And then they showed me a world
Where I could be so dependable
Oh, clinical
Oh, intellectual, cynical

Ce processus d’exil – indispensable – c’est toute la phase d’éducation et de formation, d’acquisition du langage et autres connaissances nécessaires à l’insertion sociale. Difficile, sinon stupide, d’en vouloir à des parents et éducateurs qui sont motivés par notre bien et qui ne souhaitent généralement pas qu’in fine nous devenions « cynique ».  Il culmine lors de la période très délicate de l’adolescence qui, en gros, consiste à imposer à un être censé être enfin devenu « grand » l’idée qu’il doit définitivement oublier toute possibilité de retour en ce paradis perdu qui ouvre la chanson. Les initiations bien conçues & effectuées servaient à en garder la porte ouverte. Mais le progrès – « un élan vers le pire » – les a soit abolies, soit complètement dévoyées.

There are times when all the world’s asleep
The questions run too deep
For such a simple man
Won’t you please, please tell me what we’ve learned ?
I know it sounds absurd
Please tell me who I am

Ce couplet m’évoque une belle correspondance avec les mots de Christian Bobin dans « Le Très-Bas » :

« Le monde veut le sommeil. Le monde n’est que sommeil. Le monde veut la répétition ensommeillée du monde. Mais l’amour veut l’éveil. L’amour est l’éveil chaque fois réinventé, chaque fois une première fois. Le monde n’imagine pas d’autre fin que la mort, cette extase du sommeil, et il considère tout à partir de cette fin. … L’enfant va à l’adulte et l’adulte va à sa mort. Voilà la thèse du monde. Voilà sa pensée misérable du vivant : une lueur qui tremble en son aurore et ne sait plus que décliner. C’est cette thèse qu’il te faut renverser. »

Ce que Bobin appelle le « monde » nous dépossède du « miracle » de cette Grande Vie, notre droit de naissance et LA dignité d’un accomplissement offert à tous, repousse sans cesse  cet « éveil » qu’est la dissipation d’une vision totalement fausse, réductrice, étriquée, … de nous-même.

La Vision du Soi constitue un outil particulièrement puissant pour « renverser la thèse du monde ». N’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez … !

Cette question « qui suis-je ? » ou, plus pertinemment « que suis-je ? », est tout sauf « absurde ». Elle a accompagné la réflexion des hommes conscients de leur dignité d’hommes depuis toujours. Le fait qu’elle a quasiment disparu du paysage de nos (dis)sociétés modernes en dit long sur leur aveuglement, leur bassesse, leur déréliction. Ce sont elles qui sont devenues absurdes dans leur aliénation à l’économisme, leur addiction à la croissance, leur oubli du sens. Un désastre absolu … le « train » déraille de toute parts. Et la bonne vieille question résonne toujours avec les accents du désespoir … mais la Vision du Soi existe.

Mais ne sommes-nous vraiment qu’un « simple bonhomme », un « petit » isolé dans la zone « je suis humain » du dessin ci-dessous ? Ce composé corps & mental ne serait-il pas juste notre principale identification ?

La Vision nous montre, et surtout nous propose de faire l’expérience de la « grandeur », de la « joie spacieuse » du « Je Suis » central, de notre véritable identité. Elle ne se contente pas de la « dire », comme tant d’autres balbutiements spirituels en vogue. Comment se fait-il que si peu de personnes aient l’audace de tenter l’expérience … ? N’importe quel être humain « sensible », « logical », « responsible », « practical », etc … devrait normalement se ruer toutes affaires cessantes dans un atelier de Vision du Soi. Et bien non, la plupart des gens continuent d’être affairés … as usual, continuent « comme si de rien n’était ». !

« Assumer sa grandeur est tellement plus difficile que supporter ses petites misères ! »

Mais c’est pourtant « une loi inexorable » et « le seul espoir pour ce monde dément … ».

I say, now watch what you say
Or they’ll be calling you a radical
A liberal¹
Oh, fanatical, criminal

« Ils » vont même nous accuser de bien pire, d’être un « mystique » ! Tout au long de l’histoire ceux-ci ont effectivement été nombreux à avoir été traités comme des « criminels », des gens susceptibles de troubler le soi-disant ordre du monde … Douglas utilisait aussi le dessin ci-dessus, source inépuisable de significations dans son apparente simplicité, pour attirer l’attention sur l’inversion totale des valeurs entre le « petit » périphérique et le « Grand » central, le pôle « + » de l’un devenant le pôle « – » de l’autre. Le lien est direct, absolu, entre l’oubli du « Grand » et les désordres & injustices du monde. Il n’y a aucune amélioration à attendre sans « une transformation totale du sens de la grandeur ». La Vision du Soi pourrait y aider … grandement !

Oh, won’t you sign up your name² ?
We’d like to feel you’re acceptable
Respectable
Oh, presentable, a vegetable
Whoa
Take it, take it, take it, yeah

Se contenter de vivre dans la zone « je suis humain » du dessin ci-dessus ce n’est peut-être pas vivre tout à fait comme un « légume », mais pas loin ! Michel Fromaget décrit cet état « corps & âme », ou corps & mental si vous préférez, comme étant un état larvaire, néoténique, tout à fait indigne d’un être humain. Comment être réellement « presentable » sans assumer le fait, non seulement scientifiquement établi mais également vérifiable par expérience personnelle, que « mon, ton, son, notre autoportrait » est représenté dans le dessin ci-dessus ?

But at night when all the world’s asleep
The questions run so deep
For such a simple man
Won’t you please (Won’t you tell me, won’t you tell me what we’ve learned ?)
Please tell me what we’ve learned ? (Can you hear me ? I know it sounds absurd)
I know it sounds absurd (Won’t you help me ? Tell me who I am)
But please tell me who I am
Who I am
Who I am
Who I am, yeah

Vous qui lisez ces lignes, sachez que la Vision du Soi peut vous aider à « sortir du pétrin », mais certainement pas en vous « disant qui vous êtes ». Personne ne peut faire cela en se payant de mots : pas plus un maître du vedanta, qu’un roshi zen ou un directeur spirituel chrétien. La seule chose qui compte c’est de faire une expérience de première main de Ce que Vous Êtes, de Ce que Je Suis, de cet espace d’accueil inconditionnel illimité qui est la Seule (non-)chose dont nous pouvons tous avoir exactement la même expérience. Ne me croyez surtout pas sur parole, mais vous ne trouverez pas mieux que la Vision du Soi. « Unbelievable »… ? Essayez, vérifiez … !

Woo !
Hey !
‘Cause I’m feeling so logical
Hey !
D-d-d-d-d-d-d-digital
Yeah, one, two, three, five (0)
Ooh, uh, uh, uh, yeah
Ooh, it’s getting unbelievable
Yeah
Ooh

 

Cordialement

 

0 – Cf. ci-dessous, dernière ligne !

¹ – Aux USA un « liberal » est quelqu’un de progressiste et de bien plus à gauche que le parti démocrate. Pire qu’un « gremlin » !

Mais n’oubliez pas : « Le progrès est un élan vers le pire. » Emil Cioran

² – Signer pour s’engager à adopter la « normalité » de la société américaine et renoncer à penser par soi-même. « Triste Amérique, le vrai visage des États-Unis » propose quelques aspects de cette « normalité ».

A la suite de son unique séjour aux États-Unis, Sigmund Freud a eu cette réflexion, rapportée par Ernest Jones :

« L’Amérique est une erreur, une erreur gigantesque il est vrai, mais une erreur tout de même. »

Et vous connaissez sans doute cette autre citation, à la paternité incertaine. (Mais il faudrait sans doute chercher du coté des cousins anglais : « America is the only country that went from barbarism to decadence without civilisation in between. », Oscar Wilde, George Bernard Shaw, … ?)

« Les États-Unis sont le seul pays à être passé de la barbarie à la décadence sans connaître la civilisation. »

Vous faut-il vraiment plus que Trump pour vous en convaincre … ?

0 – Une bonne solution pour retrouver son « Visage Originel », sa vraie nature de « Première Personne du Singulier du Présent » consiste à toujours compter à partir de zéro (0).

« Love », one, two, three, five … Yeah !

On ne sort pas vraiment de l’enfer « digital », mais ça change à peu près tout. Essayez, vérifiez … !

NB : une chanson moins célèbre, malheureusement : « Douglas Traherne Harding Song » par The Incredible String Band.

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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