À fond de train (Unstoppable) …

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Vittorio Hösle

C’est dans « Philosophie de la crise écologique » de Vittorio Hösle, paru dans la Petite Bibliothèque Payot, (une superbe collection de poche soit dit en passant), que j’ai relu récemment le passage ci-dessous.

Ce livre de 1991, qui transcrit des conférences données à Moscou en 1990, a été traduit en français en 2009 chez l’excellente maison d’édition Wildproject, dont je vous recommande également le journal en ligne.

L’édition de poche est intervenue en 2011, soit très exactement 20 ans après la parution … ce qui en dit déjà très long sur l’intérêt réel pour cette question … vitale.

 

« La raison pourra-t-elle atteindre à temps la locomotive du convoi ferroviaire à bord duquel nous sommes tous assis, et cela avant que nous n’atteignons le gouffre qui se creuse de plus en plus devant nous ? La surface de freinage qui s’offre à nous sera-t-elle seulement assez longue ?

Quelle est cette locomotive qui mène le monde moderne ? Sans conteste, l’économie. Or, l’économie a pour principe moteur les valeurs et les catégories popularisées par la philosophie moderne : le mythe de l’œuvre, l’aspiration au dépassement de toutes les limites quantitatives et l’absence de scrupule à l’égard de la nature.

La philosophie, pour laquelle l’idée de responsabilité n’est pas un concept vide, devra donc en un premier temps travailler à l’élaboration de nouvelles valeurs, lesquelles devront, en un second temps, faire l’objet d’une large diffusion au sein de la société dans son ensemble, de même qu’auprès des cadres dirigeants de l’économie, et ce le plus rapidement possible. Le temps file. »

Chapitre 2 – Les fondements de la crise écologique dans l’histoire des idées, page 93

 

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Unstoppable – Tony Scott

 

Lorsque l’on considère le retard tragique des pseudo-élites dirigeantes dans la simple compréhension de ce programme face aux immenses défis du changement climatique, de l’épuisement des ressources et des pollutions en tous genres, … on se dit que la situation actuelle doit être à peu près celle de l’image ci-dessus …

Le temps file, et il semble bien que le seul mot d’ordre soit : « toujours plus de la même chose », c’est-à-dire, selon l’école de Palo Alto, la meilleure des solutions pour « réussir à échouer ». Toujours plus de croissance pour prétendre réparer les dégâts de la croissance, toujours plus d’inégalités, toujours plus de mondialisation, toujours plus de violence, toujours plus d’ignorance et de mépris envers la nature et les mises en garde de ses spécialistes … Alors que faire ?

Une solution plus radicale et plus rapide que l’élaboration de nouvelles valeurs philosophiques s’impose. La Vision du Soi selon Douglas Harding permet, permettrait, de remettre clairement et simplement de l’ordre dans les trois catégories ci-dessus :

  • l’œuvre véritable, dans toutes les civilisations dignes de ce nom, consiste à ce que le « petit », la « troisième personne », le « singe en colère qui fait pleurer les anges » réintègre sa juste place dans la hiérarchie cosmique, et accepte que le « Grand », la « Source », … l’informe et le dirige à partir de valeurs qui sont rigoureusement inverses des siennes. Le « petit » est embourbé dans l’amour du pouvoir, alors que du « Grand » émane le pouvoir de l’Amour, de l’agapé …
  • l’éveil, le satori, la nouvelle naissance, … c’est reconnaître que notre réalité centrale est absolument illimitée, et qu’il n’y a donc plus aucune raison de poursuivre ce vain processus de dépassement des limites du « petit », de la « troisième personne », cette fuite en avant dans une consommation&compensation qui détruit et l’homme et la biosphère.
  • l’éveil, le satori, la nouvelle naissance, … c’est reconnaître également que la nature ne constitue aucunement un « environnement » extérieur à nous, mais que nous sommes la nature. Les Upanishads ont exprimé depuis fort longtemps cette idée ainsi : « Le sage a pour corps l’univers entier », mais nous sommes globalement en retard de plusieurs siècles sur cette vérité également éminemment scientifique. « Nous ne croyons pas ce que nous savons », selon la belle formule de Jean-Pierre Dupuy.

 

La citation de Bertolt Brecht qui ouvre le chapitre 2 de « Philosophie de la crise écologique » décrit assez bien notre situation :

« Ils sciaient les branches qui les portaient

Et se faisaient part à grands cris de leur expérience

Sur la manière de scier plus vite, et puis ils tombaient,

Au milieu des craquements, dans le vide, et ceux qui les regardaient

Hochaient la tête tout en sciant et

Continuaient de scier. »

 

Devant l’imminence de l’effondrement, il y a donc véritablement urgence à devenir sage, et la Vision du Soi selon Douglas Harding peut contribuer à ce changement de paradigme. N’en croyez pas un traître mot, essayez … !

« Mais dans le danger croît aussi ce qui sauve … »

 

Cordialement

 

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A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de « La philosophie éternelle » d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

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2 Responses to À fond de train (Unstoppable) …

  1. Didelle dit :

     » Mais dans le danger croît aussi ce qui sauve » merci Jean-Marc, je mets mon énergie et toute mon espérance dans ce qui sauve.

    • admin dit :

      Patricia,
      C’est parce que la situation est vraiment grave que nous avons besoin de solutions simples : simples à voir, simples à mettre en œuvre aussi continûment que possible dans notre vie quotidienne, simples à partager avec les autres … L’existence de la Vision du Soi constitue donc à elle seule une preuve que la « crise » est profonde, étendue, complexe …! Amitiés Jean-Marc

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