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4 - Méditation

2° Bonne résolution 2020 : méditer & militer !

Volte-espace propose de partager deux « expériences », aussi nécessaires que négligées et qui, en réalité, n’en font qu’une  :

Toutes deux suscitent au mieux une indifférence polie, mais parfois aussi une critique sévère :

« A quoi bon perdre ainsi son temps à se regarder le nombril, alors que notre époque déborde de problèmes variés, tous plus importants & urgents les uns que les autres ? »

Essayons de remettre les choses au point :

  • dans ces deux expériences l’attention est essentiellement portée sur sa Source, sur Ce qui regarde en nous et très accessoirement sur l’attelage corps & mental. (Notons donc que le nombril se retrouve disqualifié d’office, n’en déplaise aux hésychastes !) Rien à voir avec l’impasse d’un développement personnel si florissant, mais une démarche rigoureusement inverse et, soit dit en passant, on ne peut plus contraire à l’individualisme – apparemment – triomphant : méditer & être espace d’accueil illimité & inconditionnel est une expérience qui « embarque » l’ensemble des êtres vivants … (0) Essayez, vérifiez ! Qu’est-ce qui accueille & perçoit ces mots et dessins que vous êtes en train de voir sur votre écran ? Que voyez-vous dans la direction de l’index qui pointe vers vous ?

 

  • le retour & recours à cette Source – mystérieuse – permet de ne plus s’obstiner à vouloir résoudre les graves et bien réels problèmes¹ évoqués ci-dessus en restant dans le même paradigme (concepts, idées – moins que plus – préconçues, outils, …) qui les a créés. Ainsi vouloir limiter le dérèglement climatique par plus de croissance (économique, cela va sans dire) équivaut à « faire toujours plus de la même chose » ce qui conduit logiquement à « réussir à échouer ». Vouloir défendre liberté & égalité sans se soucier de fraternité est pareillement un non-sens².

 

  • est-ce que prendre le temps de se poser³ pour connaître notre véritable Identité, c’est-à-dire le SEUL fondement fiable sur lequel s’appuyer pour changer de cap, pour « faire aujourd’hui quelque chose d’autre », équivaut à « perdre son temps » ? Accorder quelque crédit à pareille ineptie confirme que l’homme moderne est très gravement malade de son temps. Vision du Soi et méditation remettent en quelque sorte les pendules à l’heure en permettant de réaliser que le temps est en nous, contenu dans l’espace d’accueil illimité & inconditionnel que nous sommes – tous – et pas l’inverse.

&

Je commence à entendre gronder les retours (4) alors que le billet est tout juste publié : « La Source, l’Identité, l’en-deçà du temps … tout cela est bien beau, oui mais … concrètement ? »

Je commencerai par vous dire que RIEN n’est plus concret que votre Identité. (Re)lisez « Vision » qui relate sa découverte par Douglas Harding : zéro métaphysique dans ce texte, seulement une observation fine de sa propre présence au monde. Toutes les expériences mises au point par la suite restent soigneusement dans le domaine du concret, et peuvent devenir autant d’outils pour vivre différemment au quotidien. La Vision du Soi ne vous entraîne pas vers un au-delà fumeux, elle vous ramène vers un en-deçà solide (5).

Je continuerai en vous disant que c’est à vous de vivre votre vie comme vous l’entendez (6). Ma seule valeur ajoutée consiste à vous montrer Qui la vit (100 % de réussite !) et à essayer de vous convaincre qu’elle sera beaucoup mieux vécue à partir de, et plus exactement en tant qu’espace d’accueil. (Là le pourcentage baisse parfois très sérieusement, mais c’est uniquement de votre fait …!)

Cependant, comme nous sommes entrés dans la dernière ligne droite avant les municipales des 15 et 22 mars 2020, il me semble utile de partager l’existence de trois initiatives … concrètes :

  • 2 – l’association SOS Maires considère que « à court et moyen terme la seule échelle géographique, administrative et humaine efficace pour devancer les effondrements en cours est celle des communes rurales ». Elle propose des réflexions et des « outils de résilience locale ». Elle met surtout à disposition une « lettre aux maires », à lire, éventuellement à adapter à la situation locale, à signer et à transmettre aux candidats, à diffuser aussi largement que possible si le coeur vous en dit. (8)

 

  • 3 – il existe un site remarquable intitulé Regards Citoyens. Ce site propose une subdivision : NosFinancesLocales.fr qui œuvre « pour une meilleure transparence financière de nos communes. […] À l’heure des municipales, chaque citoyen devrait pouvoir faire le bilan du mandat de son maire avant de retourner aux urnes : évaluer les actions du conseil municipal, connaître les positions des élus, les derniers marchés publics conclus par la mairie, apprécier l’évolution de la situation financière depuis la dernière élection, la comparer aux mandats précédents et faire de même à propos des taxes locales, des effectifs de personnel, des subventions, etc … » D’autres subdivisions du site : NosDéputés.fr, NosSénateurs.fr, … sont tout autant dignes d’intérêt, puisque d’une part bien des députés & sénateurs seront candidats aux municipales. Et que d’autre part notre délégation de souveraineté à ces gens là n’exclut pas le contrôle. Il existe bien sûr différentes manières d’aider Regards Citoyens. (9)

Et voici le quatrième mousquetaire des trois initiatives annoncées !, parvenu très récemment dans ma boite de réception du courriel :

  • 4 – « On a gagné ?! : la Décroissance, en tant qu’utopie politique basée sur le partage et la solidarité, la sobriété et le “moins mais mieux”, devance l’imposture de l’impossible croissance verte et encore plus la dystopie mortifère du transhumanisme. Mais ce n’est pas suffisant, car même si nous avançons sur le front des idées, le rouleaux compresseurs néolibéral et médiatique, telle une mégamachine de destruction, continue à avancer, … oui il est temps de passer au projet politique de la Décroissance. » (10)

Vous vouliez du concret ? Vous en avez désormais une pleine besace : à vous de jouer dans les dix prochaines semaines !

 

Cordialement

 

0 – Il suffit d’être un tant soit peu conscient et informé pour comprendre que l’individualisme est une ineptie antiscientifique intenable : nous dépendons tellement de tout le reste, nous ne sommes que flux ! Si « je ne médite que pour moi », alors il ne s’agit clairement pas de méditation. Méditer c’est retourner en ce Centre où je Vois clairement que je suis « vide », c’est-à-dire espace d’accueil & contenant ultime de tout l’univers et donc de tous les êtres sensibles. Méditer c’est retrouver le « Visage originel » représenté ci-dessous, notre « autoportrait » :

Lorsque « Je Suis », je suis Rien & Tout et j’inclus notamment tous les humains de la zone périphérique « je suis humain ». Je médite en tant qu’eux tous et pour eux tous.  Quasi impossible à expliquer & si simple à partager dans un atelier de Vision du Soi. N’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez !

¹ – « Graves problèmes » : d’une part tout ce qu’il convient de ne plus appeler « crise écologique » (une crise est momentanée, on finit par en sortir) mais « anthropocène ». Quelques billets de volte-espace s’en font l’écho ; parmi les plus récents :

Et quand même ce plus ancien : « À fond de train (Unstoppable) … »

Et d’autre part aussi cette vieille lune de puissance nationale, incarnée par de trop nombreux « … gangsters jouvenceaux … » de part le monde – Trump largement en tête –  qui se réjouissent de voir perdurer « le règne de la violence ». Il serait sans doute légitime de la leur appliquer sans tarder, avant qu’ils ne nous conduisent à l’abîme …

² – Le lien logique entre « faire toujours plus de la même chose » et « réussir à échouer » a été établi & développé par l’école de Palo Alto. C’est la pente fatale de la facilité, de la bêtise et de l’inertie qui est décrite là, et elle est dans doute déjà présente dans les algorithmes d’une soit-disant « intelligence artificielle ».

Quant à la « fraternité », Marie Balmary n’hésite pas à poser les graves questions suivantes :

« La fraternité, seul devoir parmi nos droits, cette fraternité, dernier vœu de la devise française, en avons-nous les moyens ? Connaissons-nous les voies pour atteindre ce bonheur ? Et même, plus radicalement, notre culture n’a-t-elle pas construit une autre image de l’homme, image dans laquelle la fraternité n’a, en fait, plus sa place ? »

« Abel ou la traversée de l’Éden », Grasset 1999

La Vision du Soi selon Douglas Harding me semble constituer une « voie pour atteindre ce bonheur ». Essayez, vérifiez !

³ – Se poser, « s’asseoir tout simplement ». Ce n’est pas une lubie de bobos ou de bisounours plus ou moins perchés & fatigués qui cèdent à la mode … du développement personnel ! C’est au contraire un point central, certes fort négligé, de toutes les traditions y compris de la nôtre :

« Mais Jésus répondant lui dit : Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses ; mais une seule chose est nécessaire. Or, Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée. »

[Ἀποκριθεὶς δὲ εἶπεν αὐτῇ ὁ Ἰησοῦς, Μάρθα, Μάρθα, μεριμνᾷς καὶ τυρβάζῃ περὶ πολλά: ἑνὸς δέ ἐστιν χρεία: Μαρία δὲ τὴν ἀγαθὴν μερίδα ἐξελέξατο, ἥτις οὐκ ἀφαιρεθήσεται ἀπ’ αὐτῆς.]

Luc 10, 41/42

« Qui de vous, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout. »

[Τίς γὰρ ἐξ ὑμῶν, ὁ θέλων πύργον οἰκοδομῆσαι, οὐχὶ πρῶτον καθίσας ψηφίζει τὴν δαπάνην, εἰ ἔχει τὰ εἰς ἀπαρτισμόν]

Luc 14, 28

« Une seule chose est nécessaire » :  réaliser notre véritable Identité, et s’appuyer – enfin – sur le « terrain solide du Voir ». Je commence à radoter, mais il s’agit véritablement du « seul espoir ».

Attention danger : le mot « identité » est  terriblement galvaudé et généralement confondu avec l’une ou l’autre de nos principales identifications.

4 – Je profite de l’occasion pour rappeler aux « happy few » que tout volte-espace (page & billets) est ouvert aux commentaires. Ils n’apparaissent bien entendu qu’après validation par mes soins et, si nécessaire, je réponds. N’hésitez donc pas si le cœur vous en dit.

N’hésitez pas non plus à « exagérer », aussi bien vers le « bas », le petit fait ordinaire souvent si significatif, que vers le « haut », la métaphysique la plus vertigineuse. En fait, tout comme sur la terrasse du roman « Le moine et la psychanalyste », le verbe « exagérer » n’a pas cours sur volte-espace. Vous vous en êtes peut-être déjà rendu compte … !

5 – Ce retour – simple, concret, joyeux – au « terrain solide du Voir » ne convient pas à tout le monde. Pas assez grandiose, exotique, porteur de reconnaissance sonnante & trébuchante et de pouvoirs magiques … C’est vrai : « Satori c’est gris ». L’éveil – garanti – n’est que le début d’un chemin de « discipline assidue » : ce point crucial de la recherche spirituelle a été développé par Alain Bayod dans la quatrième partie de ses « Dix croyances du chercheur spirituel ». Les seuls pouvoirs accessibles sont ceux évoqués par Svâmi Prajnânpad : « une patience et un amour infinis ». Excusez du peu.

Au lieu de déclarer que la Vision du Soi (Vision Sans Tête) est « fumeuse », comme certains imbéciles dont je tairai le nom encore quelque temps, ayez donc l’audace d’essayer, de vérifier par vous-même.

6 – La « communauté » que Douglas appelait de ses vœux n’a rien à voir avec ces sinistres contrefaçons où tout le monde mange, chante, danse … vit de la même manière, c’est-à-dire en général en imitant un chef communément – et assez improprement – appelé « gourou ». C’est très exactement le contraire. Au soir d’un premier atelier vous êtes devenu un « expert » de la Vision, vous avez tous les outils en mains et vous êtes libre d’en faire ce que vous voulez. Vous pouvez commencer illico à vérifier si « les experts ont bien pigé le truc » ! Mais la liberté est rarement notre principale revendication … nous sommes globalement très attachés à notre servitude volontaire.

7 – Volte-espace avait relayé Les propositions d’Anticor pour les élections européennes 2019.

8 – Les « effondrements en cours » sont bien réels, quelle que soit notre volonté de ne pas les voir. Et leur rapidité est assez stupéfiante pour tout honnête observateur et pour tous les scientifiques. Une équipe communale informée et décidée à renforcer la résilience locale avec le soutien de la population constitue un atout majeur pour … survivre. Du moins dans les communes de taille raisonnable. Pour les grandes villes tout semble déjà perdu.

9 – Ce site permet notamment de constater que la transparence promise n’est pas si évidente que cela, et que ce n’est pas plus open data qu’open bar ! Puisqu’on nous assène des politiques « comptables », demandons donc ces comptes qui sont censés faire les bons amis !

Vous vous souvenez peut-être de ce bon mot de Coluche :

« Pourquoi des mecs élus par nous pour faire ce qu’on veut, au lendemain des élections, font ce qu’ils veulent ? »

Rien n’a vraiment changé, sauf un peu plus de parité. La seule solution consiste à conserver notre part de souveraineté en nous inscrivant aux comptes rendus d’activité de nos députés et sénateurs, et en n’hésitant pas à leur écrire lorsque nous estimons qu’ils dérapent.

Les élus municipaux n’étant pas les seuls responsables, il est possible d’agir plus largement. Cf. « A qui s’adresser pour faire « bouger les choses » ? »

10 – Je suis extrêmement réservé sur la pertinence et l’utilité de tous sondages, et celui concernant l’accueil de la décroissance par la population française m’incite à persévérer. Je me permets de vous renvoyer à ce beau texte de C. G. Jung : « Un caillou de 145 grammes … ». Il me semble que le seul grain de sable (quel que soit son poids …!) susceptible d’enrayer « la mégamachine de destruction » sera, ou plutôt est spirituel. « Le seul espoir ». Réfléchissez, essayez, vérifiez !

 

 

 

Par Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils.
La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi.
Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

Une réponse sur « 2° Bonne résolution 2020 : méditer & militer ! »

Le commentaire qui suit relève de Bruno Delorme – bd.bibliotheque@gmail.com
Mais comme il ne me plaisait guère de le laisser là où il l’avait initialement déposé, je l’ai replacé à la suite de ce billet. J’ai également essayé de découper en quelques paragraphes ce texte un peu trop compact …

&

Cher Jean-Marc, voici une réflexion sur un sujet qui me tient à cœur depuis longtemps et dont je ne doute pas qu’elle vous intéressera… Comme je n’ai pas su où la mettre sur votre site, je la dépose ici, vous laissant toute liberté pour la déplacer ou même la refuser … Bien cordialement. Bruno

Les contradictions ne manquent pas dans les courants mystiques et les expériences spirituelles. J’en relève une, apte à faire réfléchir, par ce temps de pandémie. Elle consiste dans une double position spirituelle dont chacune dément ou réfute l’autre : d’une part, celle de l’idéalisation d’un état de perfection dans lequel rien ne doit être modifié au risque de perdre celui-ci et qui incite à la passivité la plus totale, dont le quiétisme est un exemple; de l’autre, une exigence de transformation du monde et de la société dans le sens d’un Bien ultime, voire d’une utopie. Les deux tendances se retrouvent au sein de beaucoup de religions ou de spiritualités qui ont commencé par se présenter comme des courants subversifs, voire révolutionnaires, avent de devenir paradoxalement les agents les plus zélés et les plus sûrs du conformisme social et du conservatisme. Et cela au nom des mêmes principes spirituels qui peuvent s’interpréter différemment pour conforter aussi bien une vision que l’autre. Comment expliquer une telle contradiction ?

La découverte d’un état limite qui est d’une perfection inimaginable – vision mystique, non-duelle, « sans tête », du Soi, de l‘absolu, de Dieu… – s’accompagne ainsi d’une volonté de transformation totale de l’individu et de la société, jugés corrompus ou dénaturés. Toutefois, l’état mystique ou la vision pure de la voie spirituelle, et que celle-ci érige en un absolu, un idéal parfait et réalisable ici même, implique une acceptation totale et sans réserve, inconditionnelle, de la situation dans laquelle la personne se trouve. Quitte pour ce faire, à lui faire entendre que plus elle acceptera son sort de façon inconditionnelle, en résistant même à le tentation, jugée trop égoïque, d’intervenir, plus sa situation sera susceptible d’évoluer vers un mieux, de manière quasi miraculeuse ou paradoxale. Ce qui sous-entend que cette personne ne doit surtout pas chercher à transformer son sort ou son mode de vie, surtout par des moyens violents qui risqueraient de l’aggraver. En se contentant de méditer, d’accueillir le monde tel qu’il est, de ne pas intervenir dans le cours des choses et des événements, ou le moins possible, c’est-à-dire en ne changeant surtout rien, il serait possible de tout changer, selon l’adage aristocratique que Lampedusa a formulé dans son chef-d’œuvre (je songe à la célèbre réplique: « il faut que tout change pour que rien ne change ». Toute voie mystique se retrouve un jour ou l’autre confrontée à cette contradiction, qui ne peut que miner ses convictions et réfuter ses principes spirituels, ou les grandes intuitions mystiques dont elle se prévaut. La foi chrétienne, le bouddhisme et l’hindouisme, toutes les sagesses orientales et les sagesses antiques, comme le stoïcisme et l’épicurisme, mais aussi les psychothérapies nées de la contre-culture et du New Age, comme les voies spirituelles hétérodoxes n’y échappent pas. Car toutes ont annoncé d’une manière ou d’une autre un changement radical, individuel et social, né de leur sagesse ou de la révélation dont elles se sont inspirées. Et toutes ont fini par contredire le principe réformateur ou subversif dont elles se sont prévalues, et à le renverser en un ensemble d’exigences exactement opposées, et qui visent à maintenir l’ordre social qu’elles avaient originellement critiqué. Comment passe-t-on ainsi d’une vision révolutionnaire de la vie à une demande de soumission totale ? Voilà un mystère auquel chaque voie spirituelle se trouve un jour confronté. Mais jusqu’à présent, aucune de ces voies ou de ces religions n’a trouvé de réponse satisfaisante à cette question.

En reprenant ou en s’inspirant du principe leibnizien, nous serions ainsi dans le meilleur des mondes possibles, et chaque chose comme chaque personne y trouverait finalement sa place ou sa raison d’être. En pratiquant la méditation, en ayant recours à la foi et à la prière, chacun trouverait sa place en ce monde sans rien avoir à changer, et les expériences spirituelles accordées et vécues seraient les garantes de cet ordre divin. En pratiquant une voie spirituelle, en s’adonnant à une ascèse ou à des exercices religieux, en s’intégrant dans une communauté ou dans une église, le croyant ou le pratiquant dévitalise en lui toute velléité de changement politique et toute critique sociale. Le monde qu’il perçoit, grâce à son regard de converti et à ses expériences spirituelles, conforté par les enseignements de la religion à laquelle il adhère, devient un monde pur et parfait auquel il ne manque rien et qui détient en lui-même, ou grâce à une volonté transcendante et divine, sa propre raison d’être, c’est-à-dire sa nécessité comme sa perfection, aussi impur qu’il puisse encore paraître à des yeux profanes. Et les moyens spirituels proposés – comme la foi, la prière, les charismes, la méditation, les extases mystiques … -, deviennent ainsi des instruments d’adaptation à la vie sociale et d’intégration de ses normes, aussi arbitraires et injustes que celles-ci puissent être. Ces moyens ou ces facteurs spirituels sont d’autant plus efficaces qu’ils ne peuvent être remis en cause sans que le croyant ou le pratiquant se remette aussitôt en cause lui-même, avec sa nouvelle foi ou sa propre pratique. Le système des castes en Inde, parfaitement justifié par la religion brahmanique et par l’hindouisme depuis des siècles, en est un exemple remarquable.

Il n’est sans doute pas de meilleur recours pour justifier les inégalités sociales que d’en appeler à la religion qui assigne chacun une place qui est en fait déjà la sienne pour des raisons transcendantes, c’est-à-dire injustifiables et irrationnelles. Toutefois, en affirmant ce qui, en vérité, n’est qu’un dogme de la religion conformiste, c’est le sort de chacun qui se trouve définitivement scellé dans une vision du monde qui ressemble à une théodicée, où les événements, les choses et les êtres ont été ainsi voulus par la volonté divine de toute éternité. De sorte qu’il suffirait à chacun de s’efforcer toujours plus de s’adapter à sa propre existence et d’accepter inconditionnellement son sort, aussi misérable ou absurde soit-il, pour trouver soudain le sens qui lui aurait échapperait jusque-là. C’est ainsi que les voies mystiques et les spiritualités, qui étaient à l’origine des mouvements subversifs, révolutionnaires voire séditieux, et capables de répandre autour d’elles une espérance inédite, sont devenues, souvent malgré elles, les meilleurs agents de l’ordre social et de l’injustice, c’est-à-dire du désespoir.

Dès lors, pourquoi s’investir dans des mouvements politiquement engagés, vouloir transformer le monde et le révolutionner, si celui-ci est parfait ou simplement voué à disparaître, et que la place que chacun y occupe est a priori la meilleure? Et quel sens aurait une militance politique si chacun doit accepter son sort sans broncher pour trouver le sens ultime de sa propre existence ? C’est cette édifiante leçon que la foi et la sagesse rappellent régulièrement à tout croyant ou tout pratiquant, de même que les expériences intérieures qu’ils éprouvent au sein de leurs communautés ou dans leur for interne sont là pour les en convaincre dès que le moindre doute s’élève en eux…

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