1945, 6 août en ce minuit en plein midi … – Tôge Sankichi

* Flammes *

D’une poussée écartant les fumées
depuis la terre à demi obscurcie
par des nuages bas et lourds
suaire déployé
heurtant la voûte céleste
grinçant des dents
se soulevant dansant dans l’air
s’unifiant
noires rouges bleues les flammes
qui soufflent dispersent des étincelles brillantes
sur la ville entière maintenant
sont dressées.

Ondulant comme des algues
des rangs de flammes avancent.
Des troupeaux de vaches qu’on menait à l’abattoir
roulent en avalanche sur les pentes de la rivière ;
un pigeon couleur de cendres
ailes crispées tombe sur le pont.
Ceux qui sautillant
sortant de sous des jets de fumée rampent,
avalés dans les flammes,
sont d’innombrables humaines
à quatre pattes.

Sur un tas de braises effondrées
s’arrachant les cheveux
rigidifiée
la malédiction se consume

après ce temps condensé
explosé
rien que haine incandescente
se répandant palpitante.
Un silence sans rime
s’accumule dans l’espace

les chauds rayons d’uranium
qui ont repoussé le soleil
impriment sur la chair du dos des vierges
le motif fleuri d’une soie fine,
mettent instantanément en feu
la robe noire d’un prêtre
1945, Aug. 6
en ce minuit en plein midi
l’homme à coup sûr a livré Dieu
aux flammes.
Cette nuit
la lumière en flammes de Hiroshima
se reflète sur le lit de l’humanité ;
avant longtemps l’histoire
aura tendu une embuscade
à tout ce qui ressemble à Dieu.

Tôge Sankichi

« Poèmes de la bombe atomique »

Éditions Teper, 1951

« Né au Japon en 1917, Tôge Sankichi a commencé à écrire dès l’âge de dix-huit ans. Il était âgé de vingt-huit ans quand la bombe atomique a explosé à Hiroshima. Il mourut en 1953 à l’âge de trente-six ans d’une leucémie, conséquence de l’irradiation. Un de ses poèmes est gravé, en japonais et en anglais, sur une stèle qui lui est dédiée (depuis 1963) dans le Parc de la Paix de Hiroshima. […] Dans ses « Notes de Hiroshima » (Gallimard), le prix Nobel Kenzaburô Ôé écrit à propos de Tôge Sankichi :

«… cet écrivain qui a laissé, sur les drames causés par le bombardement atomique et la dignité de l’homme qui ne capitule pas devant eux, les poèmes les plus admirables. »

Bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki

 

Cordialement

 

A propos de Jean-Marc Thiabaud

Jean-Marc Thiabaud, 57 ans, marié, deux fils. La lecture de "La philosophie éternelle" d'Aldous Huxley m'oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d'abord la voie du yoga, puis celle de l'enseignement d'Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d'accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.
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